Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 18:00

RITOURNELLES # 12 : L’INCARNATION DU VERBE

24 novembre 2011

 

 

Rencontre avec Valère Novarina, auteur et metteur en scène et Cyrille Habert, fondateur des Éditions de la Transparence ; librairie Mollat.

Valere_Novarina.jpg

Réflexion autour de la langue


Pourquoi aller au théâtre ? Plutôt que pour se distraire, Valère Novarina préfère répondre que c’est pour l’émotion, « pour ce qui nous happe » ; en sortant d’une représentation, le spectateur doit être joyeux, « plus vaillant ». Le spectacle doit donc « produire du nouveau », mais surtout créer un espace de vie aux antipodes du « sentiment obligatoire », dans un siècle où toutes nos façons d’être au monde nous sont de plus en plus dictées, par les médias, les politiques ...


Aller à l’encontre de ce « sentiment obligatoire » que nous impose la société, c’est donc protester contre une transparence permanente qui s’impose comme la ligne de conduite actuelle. Or Valère Novarina trouve qu’une certaine obscurité subsiste dans le langage, et qu’elle est à préserver.


L’auteur et metteur en scène parle du langage comme de « l’émission de quelque chose dans l’air entre nous », qui a donc une matérialité. Il croit qu’il est également nécessaire parfois de savoir « saisir les pensées comme un organisme, un animal vivant ». Cette vision animale du langage et des pensées leur confère un aspect concret, physique ; et pour Valère Novarina, tout le travail du théâtre est de donner « une leçon de concret et d’humilité devant la matière et les sons ».


Ainsi, il faut laisser le corps révéler le sens des paroles ; dans ses oeuvres théâtrales, Valère Novarina insère délibérément des phrases dénuées de sens apparent, dans lesquelles l’acteur se retrouve en « terra incognita », sans clés de compréhension du texte ni indications d’expression. Mais si la fluidité émane de cet incompréhensible, alors c’est bien le corps qui apporte la raison au mental ; la richesse du théâtre permet de découvrir la matérialité du langage.

« L’incarnation du verbe pour ‘œuvres de chair et de mots’ », dira dans son éditorial Marie-Laure Picot, directrice et programmatrice du festival.


Mais si le langage est animal, il a donc son indépendance. Dans son écriture, Valère Novarina se laisse donc porter par la langue, qu’il est bon de ne pas trop brider : s’efforcer de retrouver un mot, un nom … est souvent peine perdue ; alors que beaucoup d’idées très fortes apparaissent lorsqu’on n’y pense pas… L’écriture résulte donc de cette synthèse entre le laisser-être et la maîtrise des mots, qui reste un minimum nécessaire.


De même, dans son travail de metteur en scène, Valère Novarina souhaite que toute l’histoire, qu’il a pourtant écrite, « lui revienne par la bouche de l’acteur », et désire ainsi « comprendre enfin cette scène ». Il se positionne en spectateur naïf, regarde sa propre pièce comme celui qui ne sait pas, pour être dans l’aventure mais surtout pour voir émerger de nouvelles choses dont lui-même n’avait pas conscience.


La pièce en tant que telle est aussi envisagée comme un organisme : Valère Novarina parle d’un « spectacle vivant » pourtant éphémère dans sa temporalité et dans sa mise en espace. Le spectacle vit concrètement le temps de la représentation. Pourtant, c’est à la longue que les choses apparaissent, s’affirment, que les acteurs dépassent le parfait (lisse) pour atteindre quelque chose de plus sensible, et de plus précieux. Le spectateur quitte la représentation comme un rêve : en se souvenant précisément de la pièce, mais incapable de la remettre dans l’ordre.


Et si Valère Novarina prend le soin de fixer ses thèses dans ses ouvrages, c’est pour lui une façon de faire le point, d’écrire « sur le travail de l’atelier », déroulé en amont.


Livre d’entretiens et journal de voyage, portfolio et carnet de notes, Paysage parlé rassemble six conversations menées in situ à Paris, Lausanne, Debrecen, Champigny-sur-Marne, Varallo et Trécoux de janvier 2009 à août 2010. Au fil d’un dialogue itinérant, faisant étape dans ces multiples lieux où l’écrivain vient s’affronter à la matière, Valère Novarina évoque avec Olivier Dubouclez les circonstances concrètes de son travail. C’est lorsque tout est encore à l’état natif, vacillant, que débute chaque entretien : on y découvre alors comment l’écriture et la mise en scène croissent dans un lieu donné, intime ou inconnu, qui résonne à travers tout le corps du langage.
http://editionsdelatransparence.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=19


- Valère Novarina est né en 1947 à Chêne-Bougeries (Suisse). Il passe son enfance et son adolescence à Thonon, sur la rive française du Léman.  À Paris, il étudie à la Sorbonne, la philosophie et la philologie.  En 1974, sa première pièce, L'Atelier volant est mise en scène par Jean-Pierre Sarrazac. En 1976, pour La Criée théâtre national de Marseille, il réalise Falstafe, une libre adaptation des deux Henry IV de William Shakespeare. Il a mis en scène plusieurs de ses pièces : Le Drame de la vie, Vous qui habitez le temps, Je suis, La Chair de l'homme, Le Jardin de reconnaissance, L'Origine rouge, La Scène, L'Acte inconnu et Le Vrai sang. Il a reçu en 2011 le Prix de littérature francophone Jean Arp pour l'ensemble de son œuvre.
http://www.novarina.com/spip.php?article8


Bérengère A-B., A.S. Bib.

 


Partager cet article

Repost 0
Published by littexpress - dans EVENEMENTS
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives