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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 07:00

 pour le hors-série du Festin,  

Au coeur des vins de Bordeaux et du Sud-Ouest,
et pour Ivresse des rimes de Laurent Bourdelas (Stock)

Escale du livre, le 31 mars 2012 à 11 heures

 

Festin.jpgLaurent-bourdelas-L-Ivresse-des-rimes.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Deux invités, deux professions. Deux points de vue différents sur la viticulture. Laurent Bourdelas est l’auteur de L’Ivresse des rimes, un livre dans lequel il évoque les poètes du XIXe siècle et leur rapport à l’alcool ou, plus précisément, au vin. Valérie Kociemba, professeure à l’IUT Michel de Montaigne, nous offre une perspective moins littéraire dans le numéro spécial du Festin, Au cœur des vins de Bordeaux et du Sud-Ouest, qui retrace les secrets des vignobles de la région.

Au départ, lorsque M. Bourdelas a voulu écrire son livre, il avait pour objectif de couvrir une période bien plus vaste que le XIXe siècle. Mais il choisit de ne prendre en compte que ce siècle qui était, selon lui, très important à cause des changements qu’il a apportés à la France. À ce moment-là, la nation était « à la recherche d’elle-même », explique Laurent Bourdelas. C’était le temps des poètes maudits qui fréquentaient la bouteille, en quête de toutes sortes d’absolus (absinthe, poésie). Rimbaud résume très bien la pensée de l’époque en disant que la poésie est un « vin de vigueur ».

Pour les vins de Bordeaux, le XIXe siècle est synonyme de naissance. Naissance d’une renommée et d’un rayonnement mondial, naissance des grands crus, des notions de classification et de hiérarchie. « On passe des vins de vignerons aux vins de consommateurs », déclare Mme Kociemba. « C’est le début de l’œnologie moderne et contemporaine. »

Il faut savoir que le vignoble bordelais est une construction sociale dont le but est de satisfaire les besoins des consommateurs (français comme hollandais ou anglais…). Il a été édifié par les Anglais, les Hollandais, et surtout les Corréziens. « La présence des Hollandais et des Anglais n’était pas dans la vigne, mais dans le négoce, précise Mme Kociemba. Au départ ils étaient importateurs et se sont installés sur des propriétés de proximité, car la terre était moins chère dans le Médoc. »

Aujourd’hui, pour les regards extérieurs, le vin de Bordeaux est une entité synonyme de qualité. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Cette notoriété, il la doit en partie à ces peuples qui l’ont influencé.

Bien que déjà connus, les grandscrus bordelais restent tout de même peu abordés dans la poésie du XIXe. On sait que Baudelaire en a bu devant Maxime du Camp, quelques grands auteurs l’évoquent, mais il y a relativement peu de références. Les poètes buvaient du vin pour se donner de l’inspiration, certes, mais ce fruit de la vigne provenait de tous les coins de la France. Victor Hugo aimait beaucoup celui du Rhin. Sa célébrité était déjà grande, au point qu’elle effaçait celle des vins d’Aquitaine.

Ces derniers, d’ailleurs, las de subir cette suprématie, se sont décidés à réagir. Désormais, ils cherchent à s’affirmer et aujourd’hui, on les reconnaît enfin comme bons (« buvables, d’après les Bordelais, ce qui est tout aussi bien » ajoute Mme Kociemba avec une pointe d’humour). Mais, plus que la qualité de leurs produits, ils ont également développé un réseau et cherchent désormais à se donner une image.

Cependant, l’important rayonnement du vin bordelais n’aurait pas été aussi grand sans la présence de la Garonne. Celle-ci a offert un accès plus aisé aux terres et a favorisé le négoce. Le port de Bordeaux était une plaque tournante, c’était de là que tous les produits partaient pour l’Angleterre et les autres pays. Cependant, une cassure s’est produite lorsque le vin bordelais a pris le monopole.



Mais d’où vient la qualité des crus de la Gironde ? La vigne étant une plante capable de pousser dans tous types de sols, c’est donc aussi une question de microclimat. Par exemple, pour le Sauternes, la présence de l’eau est essentielle pour donner sa saveur au vin. Il était même de coutume d’inonder les vignes en hiver, ce qui a favorisé le vignoble des basses terres. De nos jours, il est même devenu impensable de planter de la vigne en hauteur, mais ce n’était pas le cas au XIXe siècle.
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C’est d’ailleurs à cette période que l’opposition entre rive droite et rive gauche apparaît. « Finalement, on parle plus du territoire et du fonctionnement du territoire que du vin, dans ce hors-série ! plaisante Mme Kociemba. En écrivant ces lignes, nous n’avons pas du tout voulu mettre en évidence l’opposition rive droite/rive gauche. Par contre, dans le manga Les Gouttes de Dieu, ils la mettent beaucoup en valeur. »

Ainsi, le vin s’introduit aussi dans les mangas… Il s’approprie tous types de littératures, de la poésie française du XIXe à la bande dessinée japonaise contemporaine. « Ce manga étant récent, on ne peut pas vraiment le comparer aux poètes du XIXe,contredit M. Bourdelas. Depuis que la vigne existe, on a cherché à définir le vin, notamment dans la Bible. Il y a le vin à boire, mais il y a aussi le vin de messe, qui est sacré et qui représente le sang du Christ. Les poètes ont d’ailleurs tenté de reprendre cette sacralisation. »

Ce à quoi Mme Kociemba répond : « Mais il faut noter que la culture européenne est très mise en avant dans Les Gouttes de Dieu. Il y a douze vins idéaux qui représentent les apôtres, et un treizième, le vin parfait, qui est caché et qui représente le Christ. »



Si le XIXe siècle est un tournant dans l’histoire du vin bordelais, c’est aussi parce qu’une nouvelle notion est apparue : celle des châteaux. Elle est utilisée comme le lieu emblématique de la propriété. « À l’origine, ce ne sont que de simples maisons de campagne reconstruites pour faire étalage de fortune », précise Mme Kociemba. Le Bordeaux viticole s’est construit autour de cette expression qui montre bien l’image qu’il veut donner au monde. Une image un peu bourgeoise, un esprit BCBG. Quelques décennies plus tard, on se met à parler de « mise en bouteille au château », et cette nouvelle notion conforte la première.

Par ailleurs, on utilise le château pour développer le tourisme mais on est en retard par rapport aux vignobles du Nouveau Monde. Pour devenir un pilier touristique, le Bordeaux viticole fait appel à des grands noms de l’architecture et s’ouvre enfin au public. Cette démocratisation du château viticole est fédérée par le Centre Culturel de la Vigne et du Vin (CCVV).

Aujourd’hui, avec la concurrence internationale, garder la première place ne suffit plus. Bordeaux doit miser sur la notoriété des châteaux pour faire du marketing. La ville cherche à se réapproprier son patrimoine viticole et son vignoble car ils représentent sa construction identitaire. De plus, chercher de nouveaux consommateurs semble nécessaire. Les domaines se tournent donc vers… les femmes ! En effet, jusqu’à une date toute récente, la dégustation de grands vins était réservée à « l’élite » (« homme distingué, d’une quarantaine d’années », décrit Mme Kociemba) et rares étaient les femmes habilitées à savourer un bon cru. Désormais, on veut casser cette image assez réductrice pour inciter le grand public à s’y essayer lui aussi.

Pour clore cette rencontre des plus enrichissantes, M. Bourdelas conclut avec humour que L’Ivresse des rimes est un ouvrage à lire absolument avec un verre à la main. « Un vin d’Alsace, si possible, voire un Jurançon. »


Clémence de Ginestet, 2e année BIB

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Published by Clémence - dans EVENEMENTS
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