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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 07:00

« 30 ans d'édition »,
salon Albert Mollat,
Bordeaux.

 

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Jeudi 11 avril 2013, à 18 heures, dans l'ambiance feutrée du salon Albert Mollat, une quinzaine de personnes patientent assises en face d'une petite estrade. Quatre verres et autant de micros annoncent les invités à venir. On remarque très peu de jeunes tout de même dans cette assemblée. Dans l'attente de l'apparition des protagonistes de cette soirée, on observe ce qui nous entoure. La tapisserie orange laisse un peu dubitatif. Elle détonne (comme un reste des années 1970, une vieille lampe ou un meuble en formica qu'on garde sans s'en rendre compte) dans un « salon » élégant où se déroulent les rencontres les plus importantes de la librairie bordelaise. 

Paul Otchakovsky-Laurens et deux de ses auteurs, Frédéric Boyer et Olivier Cadiot, s'installent avec Jean-Michel Devésa, l'animateur, à la table. On décapsule avec une cérémonie des bouteilles d'eau, tous un peu gênés dans ce moment de latence où une réunion va commencer. On laisse encore une chance aux retardataires de gravir les trois étages qui mènent à la salle.

La rencontre se propose de retracer les trente années d'éditions de la maison POL (« 30ans et deux mois », nous précise-t-on) et de présenter deux auteurs du catalogue ayant publié récemment. Figure de proue de l'édition de littérature française de qualité, P.O.L est une maison d'édition que les familiers du milieu du livre reconnaissent pour sa qualité et quelquefois ses partis pris audacieux. Littérature élitiste ? Pourtant, la maison fondée par Paul Otchakovsky-Laurens a connu de beaux succès auprès du grand public avec des œuvres telles que L'Amant de Marguerite Duras, La Moustache d'Emmanuel Carrère ou Truismes de Marie Darrieussecq. Alors qu'en est-il de ce projet d'édition ? Jean-Michel Devésa amène l'éditeur à nous retracer son parcours pour mieux comprendre ce que trente ans d'éditions peuvent vouloir dire. Comme tout anniversaire, cette rencontre est l'opportunité de revenir sur les débuts d'un projet et de démêler les volontés de l'éditeur. 

 POL-3.JPG

« C'est une histoire de rencontres »

Jeune homme, Paul Otchakovsky-Laurens a suivi des études juridiques, il place deux rencontres à l'origine de son parcours d'éditeur. Celle de Jean Frémon, ancien directeur d'une petite revue, Strophes, maintenant directeur de la galerie Lelong, à Paris, et des textes qu'il publiait. En découvrant Beckett, Eugène Guillevic, Paul Chaulot et des poètes contemporains, l'éditeur en devenir découvre que « les livres […] pouvaient aller au-delà de la lecture ». Cette rencontre a été « un vecteur de lecture », qui a prolongé et approfondi un goût naturel. Puis, un peu plus tard, celle de Christian Bourgois, autre grand nom de l'édition française, chez qui il effectua un stage et resta en tant qu'éditeur.

Dans le milieu de l'édition, peut-être plus assurément que dans n'importe quel autre domaine, les rencontres que l'on fait orientent les projets à venir. Si chaque maison d'édition peut être reconnue pour son catalogue, si ce catalogue signifie quelque chose, y travailler signifie tout autant. Ainsi Paul Otchakovsky-Laurens affirme : « Je ne ferais peut-être pas le même métier si je n'avais pas travaillé chez Christian Bourgois. »

Une fois le pied à l'étrier, le parcours personnel de l'éditeur et l'évolution de sa maison d'édition seront marqués par « une accumulation de rencontres » qui ont contribué à ce qu'est P.O.L aujourd'hui. Marguerite Duras et George Perec sont les deux noms que l'animateur se plaît à mettre en avant. Ces deux grands auteurs ont beaucoup aidé à la reconnaissance de la maison d'édition débutante en amenant avec leurs manuscrits leur crédit littéraire et leur public. Ces deux rencontres sont plus que des anecdotes car elles ont permis à Paul Otchakovsky-Laurens à prendre son envol. Il travaillait alors chez Hachette quand George Perec cherchait un éditeur et Marguerite Duras remarquait son travail (à l'occasion de la publication de L'Excès-L'Usine de Leslie Kaplan, auteur clé de P.O.L depuis les débuts de la maison). Cependant, les deux auteurs se refusent à lui confier leurs œuvres tant qu'il resterait chez la « pieuvre verte » de l'édition. Il est donc temps de partir pour fonder une maison qui lui sera propre et où les auteurs pourront travailler en confiance avec leur éditeur. « [La mort de George Perec] est une des raisons de [son] départ d'Hachette » et précipite son projet. 

Les plus désabusés ne verront dans ce mot de « rencontre » qu'un poncif du discours des éditeurs indépendants. Cependant, quand on lui pose une question sur l'absence de ligne esthétique précise, Paul Otchakovsky-Laurens répond que « comme la vie, la littérature est trop diverse […] pour qu'une seule ligne soit présentée ». Le choix est toujours une affaire de rencontres, d'un lien entre un texte et un lecteur. Elles ponctuent le quotidien de l'éditeur qui dit en attendre chaque matin quand il ouvre le courrier des manuscrits.



Un éditeur, une maison.

Trente ans n'ont pas éloigné le fondateur de ses publications. L'ouverture du courrier, la lecture des manuscrits, les rencontres avec les auteurs : tout passe encore par cet homme, plus de soixante-dix ans et toujours la volonté de mener sa maison. Olivier Cadiot a l'honnêteté de rappeler que si « maintenant il y a trop d'auteurs pour être une famille », il y a tout de même « quelque chose » qui les lie les uns aux autres.

L'auditeur attentif aura retenu deux choses essentielles à propos des relations que Paul Otchakovsky-Laurens noue avec ses auteurs : la fidélité et la confiance. L'éditeur montre une belle fidélité à ses auteurs, qui les incite en retour à rester. Avec un sourire un peu grave, il précise que « l'auteur doit partir s'il se sent mal ». Et pourtant, un départ, même légal, même pour le meilleur déplairait à l'éditeur, qui l'avoue à demi-mot, les bras croisés. Si les auteurs restent aussi longtemps c'est aussi que leur bibliographie peut s'épanouir sans peine. Une fois passé le pas de la porte du 33, rue Saint-André-des-Arts, toute œuvre assez bonne pour la publication intégrera le catalogue blanc et bleu. « Il n'y a pas de frontière de genre. Quand un éditeur publie un auteur, il doit tout publier ». Une belle marque de foi en ses auteurs, donc !



On ne déplorera de cette rencontre que des questions posées très formellement, sans que soit créée une véritable interaction souple et agréable entre les acteurs. Heureusement, le malicieux (et très bordelais) Olivier Cadiot et le court voyage à l'époque médiévale que nous a offert Frédéric Boyer ont su égayer ce moment de rencontre très riche. 

 

Clotilde, 2ème année édition-librairie


Les deux ouvrages présentés lors de la conférence étaient

 

Olivier-Cadiot-Un-mage-en-ete.gif

 

 

Un mage en été, Oliver Cadiot, 2010 19,8€.
(Quelques pages pour vous mettre l'eau à la bouche ici :  http://www.pol-editeur.com/pdf/6358.pdf

Et même lu par l'auteur ! Ici :
 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=BdapV8Qeqb8 )

 

 

 

 

 

Frederic-Boyer-Rappeler-Roland.jpg

 

 

 

Rappeler Roland, Frédéric Boyer, 2013, 20€.
(Les premières pages du livre disponibles ici :  

 http://www.pol-editeur.com/pdf/6539.pdf
Mais surtout je vous conseille la lecture par l'auteur, ici :
 http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=Bmv4cVt3zmk)

 

 

 

 

 

Pour juger par vous même de cette rencontre, podcastez :
 http://www.mollat.com/rendez-vous/paul_otchakovsky_laurens_olivier_cadiot_et_frederic_boyer-65155037.html

 

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Published by Clotilde - dans EVENEMENTS
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