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René BARJAVEL,
La Nuit des temps

Presses de la cité, 1968

Pocket, 2007

 

 

 

 

«Nous savons au moins déjà une chose, c'est que l'homme est merveilleux, et que les hommes sont pitoyables.»
    René Barjavel, La Nuit des temps

 

 

 

L’auteur


René Barjavel est né à Nyons le 24 janvier 1911. Lorsque la guerre éclate en 1914, son père boulanger est mobilisé. Sa mère s’occupe alors de lui et de sa cousine Nini mais n’a que peu de temps à lui consacrer. Il garde de cette période un amour pour la nature qui ne cesse de l’émerveiller. Il se plonge dans la lecture. Lorsque sa mère meurt en 1922, elle laissera en lui un grand vide. Médiocre écolier, il est voué à suivre le chemin de son père rentré de la guerre. Mais son professeur de français remarque ses qualités littéraires et l’exhorte à poursuivre ses études. Il les poursuit jusqu’au baccalauréat, après quoi il vit d’une multitude de petits boulots. À dix-huit ans, il est embauché au quotidien Le Progrès de l'Allier et commence sa carrière de journaliste. Il rencontre l'éditeur Robert Denoël au cours d’une interview et celui-ci l’embauche. Il arrive donc à Paris en 1935 et travaille comme emballeur chez Denoël. Il gravira les échelons de la hiérarchie de la maison d'édition pour finir directeur littéraire. Il y fréquente de nombreuses personnalités du monde littéraire dont Lanza delVasto et Jean Anouilh, avec qui il fonde la revue littéraire La Nouvelle saison en 1936. Il meurt à Paris le 24 novembre 1985.

 

 

Résumé


Dans l’Antarctique, des chercheurs des Expéditions Polaires françaises font un relevé du relief sous-glaciaire. Tout paraît normal lorsqu’un signal d’émetteur se fait entendre, des kilomètres sous eux. Cela paraît impossible, car la couche du sol où il émet date de plus de 900 000 ans. Pourtant, cela est vrai. Il y a de la vie sous la glace. Des savants et techniciens du monde entier accourent alors afin de découvrir quelle civilisation perdue est enfouie sous le continent gelé. C’est une véritable alliance qui se créée dans le monde, chaque pays aidant à cette expédition incroyable. Sous un dôme d’or, le monde entier découvre alors avec stupéfaction deux être vivants, humains, d’une beauté inégalable. L’une d’entre eux est Éléa, la plus belle femme que la Terre ait jamais portée, et va leur conter son histoire, celle de son amour et de son peuple disparu.

 

 

Le roman


La Nuit des temps est avant tout une histoire d’amour, de passions, de présent, de futur, de mémoire et d’humanité. L’auteur traite de ces sujets avec beaucoup de simplicité et une vision claire des hommes. Publié en 1968 aux éditions Denoël, le roman n’a pas pris une ride ; l’écriture reste très fluide, intuitive, et l’histoire garde son intemporalité. Les clichés de science-fiction des années soixante restent bien entendu très présents (diodes qui clignotent sur les ordinateurs, machines surdimensionnées, etc.) mais donnent une touche subtile en lien avec l’époque de l’auteur.

Le lecteur est tout au long de l’histoire conduit par le personnage principal, Simon, dont le narrateur nous fait partager le point de vue. Il est décrit comme un homme âgé de trente-deux ans ; il est grand, mince, porte une courte chevelure brune et une barbe bouclée. C’est le premier homme de notre temps à voir Éléa dont il tombe immédiatement amoureux. Voici ce qu’il dit à sa vue dans un passage à la première personne :


« Je suis entré, et je t'ai vue. Et j'ai été saisi aussitôt par l'envie furieuse, mortelle, de chasser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi, derrière la porte, dans la sphère, sur la glace, devant leurs écrans du monde entier, attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais. 
Et pourtant, je voulais aussi qu'ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais merveilleusement, incroyablement, inimaginablement belle. Te montrer à l'univers, le temps d'un éclair, puis m'enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l'éternité. »


Il est déterminant dans le récit car c’est lui qui va savoir appréhender la nouvelle venue ainsi qu’influencer le lecteur dans sa manière de penser. C’est un homme sensible, attentionné, et qui sait que la science ne permet pas de tout résoudre. Il fait le lien entre le passé et le présent, l’amour et l’indifférence, le peuple perdu et la nouvelle civilisation. Son nom, ordinaire, est à son image. Barjavel a souvent tenu à donner à ses personnages des caractères communs afin que chacun puisse s’identifier à eux. Simon n’est ainsi pas le plus intelligent, ni le plus fort, mais sa passion et sa vision des choses sont déterminantsdans la trame dramatique du roman.


L’autre grand personnage est Éléa, beauté presque divine revenue à la vie par la grâce de la science et de la volonté des hommes. C’est une héroïne sans pudeur, au caractère farouche, qui reste enfermée dans un silence mélancolique après la perte de Païkan, le seul amour qu’elle ne savourera plus jamais. C’est la seule personne détentrice des coutumes et traditions de son pays détruit, Gondawa. Voici comment la décrit l’auteur :


« Ses seins étaient l'image même de la perfection de l'espace occupé par la courbe et la chair. Les pentes de ses hanches étaient comme celles de la dune la plus aimée du vent de sable qui a mis un siècle à la construire de sa caresse. Ses cuisses étaient rondes et longues, et le soupir d'une mouche n'aurait pu trouver la place de se glisser entre elles. Le nid discret du sexe était fait de boucles dorées, courtes et frisées. De ses épaules à ses pieds pareils à des fleurs, son corps était une harmonie dont chaque note, miraculeusement juste, se trouvait en accord exact avec chacune des autres et avec toutes. »


A l’image de Juliette et de son Roméo, Éléa est l’amante, désespérée d’avoir perdu l’amour de sa vie. Tout le reste lui paraît peu de choses à côté ; elle n’a que faire du désir insatiable de savoir des hommes, tout comme des querelles mondiales qu’il entraîne. Elle représente le savoir perdu et l’image d’un peuple à jamais disparu.

Le roman de Barjavel aborde de nombreuses thématiques comme celle de la découverte. De son début avec le signal ou à la fin avec la dénouement, la recherche est constante pour tous les personnages. Cette promesse d’un monde nouveau instaure une paix entre les peuples du monde entier où chacun donne de lui afin de faire un pas de plus vers la découverte et la connaissance universelle, représentée ici par l’équation de Zoran. Les barrières linguistiques sont alors soulevées, tout comme les rancunes anciennes. Tout converge afin de créer un nouveau monde, un paradis terrestre, où la recherche serait le lien unissant tous les hommes.


L’amour est le grand thème du roman et apparaît de différentes manières, que soit à travers celui d’Éléa et de Païkan, de Simon pour Éléa ou de Hoover et de Léonova. L’amour représenté par Éléa et Païkan semble être le plus sincère et surtout le plus fort, ces deux êtres sont, de par leur coutume, inséparables. L’un ne peut vivre sans l’autre. Simon, pour sa part, ressent ainsi une immense jalousie lorsqu’il découvre que le cœur d’Éléa est à quelqu’un d’autre :


« Alors j'ai voulu te séparer de lui, tout de suite, brutalement, que tu saches que c'était fini, depuis le fond des temps, qu'il ne restait rien de lui, pas même un grain de poussière quelque part mille fois emporté par les marées et les vents, plus rien de lui et plus rien du reste, plus rien de rien... Que tes souvenirs étaient tirés du vide. Du néant. Que derrière toi il n'y avait plus que le noir, et que la lumière, l'espoir, la vie étaient ici dans notre présent, avec nous. J'ai tranché derrière toi avec une hache. Je t'ai fait mal. Mais toi, la première, en prononçant son nom, tu m'avais broyé le cœur. »


Le lecteur se sent ainsi exclu, tout comme Simon, de l’amour d’Éléa et de Païkan. Ce même amour se révélera déterminant dans la suite des événements et l’évolution des relations entre les personnages du roman.

Barjavel utilise ici un style très parlé mais qui ne casse pas le rythme de la narration. Le texte regorge d'interjections, ou de scènes sonores descriptives, comme ce passage où le lecteur entend le cœur de l'endormie revenir à la vie. Les dialogues sont nombreux et très vivants, ils nous renseignent sur le caractère des personnages. Ils ne sacrifient pas le texte, et l'un déborde parfois sur l'autre sans les transitions d'usage. Barjavel dose aventure et suspens avec narrations épiques et épopée fantastique. Les dialogues sont encore l'occasion pour son œil perçant et satirique d'épingler les travers de l'Homme et de ses institutions.

René Barjavel nous offre ici un roman plein d’humanité qui soulève de nombreuses interrogations chez le lecteur. Les thèmes universels qu’il aborde permettent à chacun de se reconnaître dans les personnages simples et vivants. La science-fiction laisse ainsi place à un certain réalisme humain où les émotions sont plus fortes que les actions. On se laisse emporter dans un univers cohérent, rythmé par une narration juste et des dialogues forts. Une fois le livre clos, on ne peut que se dire qu’il n’y a rien à ajouter. Tout est écrit.

Pierre-Yann, 1ère année Éd.-Lib.

Par Pierre-Yann - Publié dans : science-fiction
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