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8 septembre 2010 3 08 /09 /septembre /2010 07:00

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Richard David PRECHT
Qui suis-je et, si je suis, combien ?

Voyage en philosophie.
Belfond

Coll. L'esprit d'ouverture, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ou comment aborder la philosophie dans un récit de vulgarisation

 

 

 

Richard David Precht est la nouvelle coqueluche des Allemands en matière de philosophie. Ce philosophe contemporain, âgé de quarante-six ans, a étudié la philosophie, les lettres et l'histoire de l'art ; il enseigne aujourd'hui à l'université de Cologne.

Son texte connaît un franc succès en Allemagne, où il s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires, est encore et toujours contesté par les critiques du fait d'une vulgarisation à outrance de la philosophie. L'auteur utilise en fait la philosophie comme un outil familier, qui s'adapte à tous, dans un texte épuré de toutes notions purement philosophiques. Les thèmes abordés sont des classiques de la philosophie : le langage, la mémoire, la Vérité et sa quête, la religion, etc. Or, l'auteur tente de mêler à cela l'actualité du XXème et du XXIème siècle, et démontre que philosophie et contemporain ne sont pas nécessairement dissociables. Son récit est en quelque sorte l'outil du penseur débutant, est-ce un mal ?

La vulgarisation est pour beaucoup le fruit de la matérialisation et de la simplification de la pensée. Ramener à l'essentiel est un projet difficile à mener à bien, car l'écueil de la dénaturalisation est trop souvent présent.

À mon sens, et dans le cas particulier de Precht, la vulgarisation semble être utilisée avec des pincettes. L'auteur ne fait pas s'évaporer l'essence de la philosophie et des penseurs : c'est un nouvel souffle de vie qui ranime la Pensée, qui la rend accessible à un grand nombre, qui la modernise.

Les nombreuses anecdotes, la vie romancée des philosophes, les différents points historiques et scientifiques abordés sont de vraies gourmandises pour les non-initiés et les amateurs de lecture tranquille. Les grands penseurs allemands et leur réputation sont conviés dans cet ouvrage à faire le point sur leur pensées, rendues le plus claires possible, illustrées par des exemples et appliquées à des thèmes contemporains tels que l'avortement, le clonage, la vague végétarienne, ou encore l'euthanasie.


Un texte à découvrir sur sa serviette, qui situe les notions fondamentales de notre société et des siècles passés, tout en prenant du plaisir en tant que lecteur-plagiste face à une lecture fluide et peu contraignante.

 

 

 

Chloé, 1ère année Éd.-Lib.

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commentaires

Jacques RAVENEL 27/05/2012 15:33

À propos de l’Art de ne pas être égoïste, j’ai apprécié qu’il soit enfin reconnu que la langue n’est pas un instrument de vérité. C’est même le principal instrument du mensonge et de l’ambiguïté.
C’est ainsi d’ailleurs qu’il est utilisé par les spécialistes de la communication (politiciens, religieux, penseurs, avocats, publicistes, camelots...). Le mot, c’est aussi un facteur limitant, un
goulot d’étranglement par lequel il faut bien passer, mais si je veux décrire le visage de mon amie Xi à ma voisine qui part en Chine, afin qu’elle puisse la reconnaitre place Tien An Men, ça n’est
pas gagné d’avance. Pourtant je suis certain de pouvoir reconnaître facilement Xi entre cent mille chinoises.
Lorsque derrière chaque mot concret se cachent une infinité d’objets possibles (table, livre...) qui demandent d’être précisés, que dire des concepts (gentillesse, égoïsme...) et de leur relativité
? Après la grande bataille de la Guerre du Golf, un reporter demandait à un jeune officier US, beau comme Apollon, si cette guerre était finie, il répondit aimablement : « Oh non ! La guerre
n’est pas finie, il y a des GI’s qui n’ont pas encore tué un seul Irakien ! ». J’imaginais ce gentil garçon, grassement payé, écrire le soir à ses enfants : « Soyez bien sages et
obéissants avec maman. Papa reviendra bientôt, c’est dur, mais il faut savoir se sacrifier pour combattre l’égoïsme, sauver notre civilisation démocratique, construite sur l’amour et de
bonheur ». L’altruisme n’a donc pas de limite ?
– Par ailleurs, le primate humain, toujours emprunt d’auto-satisfaction, voit la confirmation de son incomparable supériorité dans le volume de son cerveau. On s’en étonne, cependant la masse
cérébrale n’est pas un critère pertinent puisque les éléphants et les baleines en sont largement mieux pourvus. Et l’on sait aussi que le cerveau des plus grands dinosaures ne dépassait pas 100g,
ce qui était suffisant pour eux aurait pu l’être aussi pour les éléphants. Il faut alors croire qu’il existe, dans le patrimoine génétique commun aux mammifères, une capacité à former des boîtes
crâniennes volumineuses, lesquelles se remplissent de cellules cérébrales au cours de la croissance. Je ne voudrais vexer aucun éléphant, mais un gros cerveau c’est très bien, encore faut-il s’en
servir. On mentionne en général, à ce propos, le faible volume du cerveau d’Einstein. Il se trouve que chez les humains, des capacités inédites ont pu se développer avec la communication, la
culture, l’éducation, l’organisation des sociétés... mais ces capacités se sont développées grâce aussi à la souplesse des membres, à l’agilité des doigts, à la complexité du langage, à la
puissance du raisonnement, aux capacités de la mémoire, etc., encore faut-il y mettre individuellement beaucoup de travail, de volonté, d’effort, de motivation, d’intérêt.
– Une petite précision en ce qui concerne l’altruisme du cercopithèque qui donne l’alerte au péril de sa vie. Je sais bien que vous n’êtes pour rien dans ces observations scientifiques, mais je me
permets de douter de leur pertinence, car sur le plan de la sélection naturelle, après quelques centaines de générations le modèle du cercopithèque-alarme devrait avoir disparu des groupes, s’il
est plus souvent dévoré, car c’est le cercopithèque-discret, lui survivant, qui aura plus de descendants. Si les cercopithèques crient lorsqu’ils perçoivent un danger, réflexe de terreur, ce
comportement a dû favoriser l’ensemble de l’espèce. Le cercopithèque-alarme, s’il a vu le prédateur en premier, est aussi le premier à se sauver, il n’est d’ailleurs pas forcément le plus proche du
danger. Ce comportement pourrait être considéré comme altruiste s’il affrontait le danger pour protéger sa horde, s’il se sacrifiait comme le font les fourmis. Je crains que le chercheur qui passe
des mois dans la brousse à observer de loin le comportement des cercopithèques ne note un peu rapidement les comportements altruistes parce qu’il cherche des comportements altruistes. Il lui
faudrait le recul de centaines de générations pour avoir une vision évolutionniste du résultat. À remarquer par ailleurs, que d’une façon générale, le prédateur, lui, sait qu’il gagnera son repas
grâce à l’effet de surprise. Lorsqu’il est découvert, il abandonne presque toujours, il ne tient à s’épuiser en vain, il ira chasser plus loin ce jour là.
– L’observation en temps réel est presque impossible à extrapoler à l’échelle de l’évolution biologique, qui reste imprévisible, pleine de surprises et que l’on ne peut vraiment certifier qu’a
posteriori. C’est pourquoi Frans de Wall, lorsqu’il observe un chimpanzé adulte venir en aide à un petit en difficulté et veut faire entrer son observation altruiste dans le cadre de l’évolution
biologique, est tout aussi imprudent que Richard Dawkins (N.B. membre de la Royal Society, professeur de l’Université d’Oxford ; il a passé son doctorat en zoologie avec pour tuteur le Nobel de
médecine N. Tubingen) qui voudra peut-être y voir l’expression de quelques gènes. Le chimpanzé ne l’aura pas dit, mais s’il a fait un geste amical, irréfléchi, c’est qu’il n’était pas qu’une brute
épaisse au fond de lui-même. Staline jouait au ballon avec les enfants dans la cour du Kremlin. Et nous n’avons pas la même vision du monde, nous occidentaux bien au chaud, bien nourris, bien
protégés, que les habitants du Zaïre, de Bolivie, de Sumatra, qui sont dans la survie au jour le jour.
Les recherches en sciences sont faits de travaux besogneux, ingrats, ultra-spécialisés dans des domaines étroits, on peut comprendre qu’un chercheur ait envie de voir le résultat de ses patients
travaux s’intégrer un jour, ou contribuer à un domaine plus vaste comme la théorie de l’évolution. J’aime beaucoup Frans de Wall, j’apprécie ses travaux et ses livres, mais il me laisse perplexe
lorsqu’il veut extrapoler les indices d’altruisme de ses primates à l’ensemble des primates humains (lui qui vit aux USA !!!). Autant vouloir étudier la météo mondiale en observant les nuages au
dessus d’Atlanta.

Alexandre A 08/09/2010 19:25


On entre pas en philosophie sans difficulté ni par hasard. Même si PRECHT nous permet de contourner certaines difficultés, cela reste un immense plaisir que de le lire.

Alexandre


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