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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 07:00

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Rick MOODY,

L’Étrange Horloge du désastre
Titre original 
The Ring Of Brightest Angels Around Heaven
Traduction Française : Michel Lederer
Rivages, 2004


 

 

 

 

 

 

 

 

L’Étrange Horloge du désastre est le deuxième recueil de nouvelles publié par Rick Moody. Son œuvre comporte une large part autobiographique dans laquelle Rick Moody peut nous faire part de certaines de ses expériences personnelles violentes : sexe, drogue, désamour jusqu’à l’internement en hôpital psychiatrique. Ces expériences lui permettent de révéler de manière percutante les dérives de son époque et plus encore « la lente décomposition de New York » où se situent les dix nouvelles du recueil. Ses personnages border line vivent exclus ou en marge  de la société, ce sont des êtres abandonnés, livrés à un désespoir qui les pousse dans une profonde solitude, à la folie ou même parfois jusqu’à la mort.


Moody s’intéresse dans un premier temps à l’uniformité des New-Yorkais, ces
« corps noirs qui nous font de l’ombre » puis nous découvrons au fur et à mesure des nouvelles les liens potentiels qui existent entre ces gens a priori inconnus. New York est une grille : un croisement perpétuel de personnes qui s’ignorent alors qu’ils sont liés par des coïncidences comme le fait d’habiter le même immeuble. Pour Jorge, personnage décalé qui recherche ce qui peut faire du lien dans cette masse, il y a deux produits vitaux dans un quartier : l’industrie du sexe qui représente le don de soi, la fusion des corps pour donner du bonheur puis la drogue et ses réseaux.


La deuxième nouvelle : « La Grille » reprend cette idée : à partir d’un cambriolage, l’auteur nous entraîne dans un enchaînement de points de vue des témoins présents ou des personnages liés à la scène, conscients ou non du délit.


Les personnages de Rick Moody sont des êtres abandonnés qui vont jusqu’au bout de leurs limites physiques et psychiques. Ainsi, Lucy qui est droguée doit partir en asile psychiatrique après avoir pris une dose d’acide trop forte. Elle nous livre alors trois versions de sa vie entre la confusion de son esprit et sa recherche d’identité. L’auteur explore la psyché américaine : il décrit avec violence toute la profondeur de la psychologie humaine, les maux d’une époque. Il puise et épuise ses personnages jusqu’au fond de leurs mécanismes psychologiques qui les amènent souvent à se mettre en marge. Il décrit les désirs de comprendre, inconscients, qui les mettent dans des situations violentes sans qu’eux-mêmes et leur entourage ne puissent les comprendre. Le petit frère de Lucy par exemple, se travestit un jour puis se masturbe avec cette robe sans en comprendre les raisons ; Rick Moody écrit : « il ignorait qu’il avait des raisons » de faire cela.


L’œuvre de Moody peut être également humoristique malgré la tonalité sombre du recueil. En effet, celui-ci multiplie les références à des romanciers américains fondateurs comme Melville. La nouvelle « Pip à la mer » est clairement un pastiche de Moby Dick. Cet exercice de style n’est pas étonnant car le recueil a une forme très originale et ludique.


L’auteur s’abandonne à un style presque expérimental en multipliant les formes d’écritures : notes, texte de six pages sans ponctuation, synopsis. Son imagination est débordante et entraîne le lecteur dans de nombreuses digressions parfois farfelues.  La vitesse de son style d’écriture est parfois difficile à suivre puisqu’il multiplie les points de vue, ses phrases sont intenses : le flux de paroles est dense, ininterrompu  sauf pour écrire :
« un instant, permettez moi de revenir en arrière ». L’écriture de Rick Moody est un jaillissement brut de la pensée.


De ce fait, le besoin de parler de l’auteur est très présent. Il a besoin de partager ses expériences, de tout explorer. Il écrit à la fin de la nouvelle « James Dean garage band » :
« Voilà toute l’histoire, et si vous avez encore des nuits à perdre, j’en ai un millier de pareilles, parce que je suis un type désespéré et que j’ai besoin de parler ». Il donne quelques clés, comme ce passage, au lecteur pour l’amener à comprendre une partie de ce recueil de son point de vue. Il dit également : «  la transmission de la souffrance provoquée par ces rencontres, la souffrance, à savoir la construction de bonnes histoires ».


Je conseille vivement la lecture de l’Etrange horloge du désastre, non pour ce beau titre révélateur, mais pour l’intensité que provoque ce moment de lecture unique : surprenant, ludique et violent.


Emmanuelle, 1ère année Éd.-Lib.












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Published by lEmmanuelle - dans Nouvelle
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