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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 07:00

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Robert MERLE
La mort est mon métier
Gallimard, 1962.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert Merle (1908-2004)

Il naît en Algérie car son père y est officier. Il est titulaire d’une licence de philosophie et d’un doctorat de lettres, agrégé d’anglais, auteur d’une thèse sur Oscar Wilde, et pratique l’enseignement en lycée (Bordeaux puis Neuilly). En 1939, il est mobilisé et fait prisonnier pendant trois ans. A la suite de cela, il écrit Week-end à Zuydcoote où il retrace la retraite de Dunkerque. En 1949, il remporte le prix Goncourt pour ce livre.

Parmi ses œuvres, on trouve des romans d’anticipation (Malevil par exemple, en 1972, raconte l’histoire d’une communauté retranchée dans un château après une guerre atomique), et des récits-reportages (ou historiques), mais aussi des pièces de théâtre, des essais critiques, des traductions de classiques anglais… En 1970 ,il publie Derrière la vitre, où il s’inspire de son expérience dans l’enseignement.

Robert Merle devient célèbre avec sa saga Fortune de France commencée en 1977 dont le treizième volume Le Glaive et les amours reçoit le prix Jean Giono en 2003.



Bibliographie

1949 : Week-end à Zuydcoote (prix Goncourt). (adaptation cinématographique d’Henri Verneuil en 1964).
1952 : La mort est mon métier (adaptation cinématographique : Aus Einem deutschen Leben de Theodor Kotulla en 1977). Cette œuvre est inspirée de la biographie de Rudolf Höß, commandant du camp de concentration d’Auschwitz.
1962 : L’île (prix de la Fraternité).
1970 : Derrière la vitre.
1972 : Malevil (adaptation cinématographique de Christian de Chalonge en 1981).
1974 : Les hommes protégés.
1976 : Madrapour.
1986 : Le jour ne se lève pas pour nous (un récit-reportage).
1987 : L’Idole.
1989 : Le propre de l’Homme.

 

 

L’œuvre

Je dois avouer que, même passionnée d’histoire, je n’aime pas vraiment la période des deux guerres, beaucoup trop sanglante, où le carnage passait avant l’honneur comme au temps des rois. Vous l’aurez compris, La mort est mon métier est une œuvre qui retrace la vie d’un Allemand qui participe aux deux guerres (14-18 et 39-45). L’auteur nous laisse entrevoir plusieurs périodes de la vie du héros pour qu’on comprenne ses actions dans l’avenir et son indifférence. En effet, Rudolf Lang est un homme insensible qui obéit aux ordres, sans vraiment réfléchir, même si cela doit nuire, à lui-même ou aux autres. Extrêmement patriote, il agit avec une froideur sans nom et n’a pas un seul instant l’impression de mal faire ; pour lui, seul compte le devoir.

L’histoire rappelle celle d’Himmler, ce « bras droit », pour faire simple, d’Hitler, qui, lors de son procès, avait révélé qu’il n’accomplissait que son devoir. On lui donnait des ordres administratifs, il les exécutait ; tant pis si des êtres humains se trouvaient dans les wagons pour être envoyés à la mort. On se retrouve ainsi dans un contexte historique.

Vers la fin du livre, on donne à Rudolf Lang la gestion du camp d’Auschwitz et il doit trouver le meilleur moyen d’exterminer un maximum de personnes, sans laisser trop de traces et dans des délais très brefs. Le texte étant à la première personne, on assiste à ses monologues intérieurs et à ses réflexions. Il réfléchit à tout cela avec un calme inouï comme si la mort de milliers de gens n’était pas en cause ; voici un exemple :

« En en prévoyant 32 pour l’ensemble des quatre grands établissements que je devais construire, je pouvais arriver à un rendement global de 8000 corps par 24 heures, chiffre qui n’était inférieur que de 2000 unités au « rendement de pointe » prévu par le Reichsführer.  […] En creusant davantage cette idée, je vis qu’il fallait, comme dans une usine, mettre en place une chaîne continue qui conduirait les personnes à traiter du vestiaire à la chambre à gaz, et de la chambre à gaz aux fours, dans un minimum de temps. Comme la chambre à gaz était souterraine, et que la chambre des fours devait être située à l’étage supérieur, je conclus que le transport des corps, de celle-là à celle-ci, n’était concevable que par des moyens mécaniques. On imaginait mal, en effet, les hommes du Sonderkommando [commando spécial] traînant plusieurs centaines de corps par un escalier […]. La perte de temps serait énorme. […] Je décidai d’y ménager […] quatre puissants ascenseurs, chacun d’une contenance de 25 corps environ. Je calculai que de cette façon, il faudrait seulement 20 voyages pour évacuer les 2.000 corps de la chambre à gaz. »

Il est si froid, si distant avec la douleur humaine que cela déroute. Pourtant à la fin on a beaucoup de mal à lui en vouloir car, et ce durant tout le long, l’auteur lui a construit une « excuse ».

 

Nous voyons ainsi sept périodes de la vie du héros : 1913, 1916, 1918, 1922, 1929, 1934, 1945. Le caractère du personnage central est expliqué par son éducation avec un père qui, nous pouvons le dire, était fou. Le héros lui-même n’est pas totalement sain d’esprit. Il est touché par des crises pendant lesquelles il hallucine. Mais ces dernières se calment ou s’arrêtent quand il trouve une vie où chaque minute est programmée, où tout est carré, droit… comme la vie d’un militaire.

Très jeune, il entre dans le parti d’Hitler, et voici sa réaction quand il le découvre et que les hommes crient « Heil Hitler ! » : « J’éprouvai un profond sentiment de paix. J’avais trouvé ma route. Elle s’étendait devant moi, droite et claire. Le devoir, à chaque minute de ma vie, m’attendait. »

C’est à partir de cette époque qu’il se met à détester le peuple juif. Mais ce n’est pas de la haine humaine, elle reste elle aussi indifférente. Il ne prend pas un malin plaisir à tuer les « juifs », il ne fait que ce qu’on lui demande. Le führer veut un rendement efficace, il fait tout pour le lui donner. Les êtres humains ne sont rien pour lui, il n’arrive même pas à aimer une femme et n’aime pas les choses de l’amour.

Alors qu’il part en guerre, il est le seul à vouloir continuer le combat malgré le danger. On lui a donné un ordre et il le suit, même si beaucoup le supplient d’arrêter et de partir en arrière.

Un peu plus tard, un ami lui fait lire un journal et voici sa réaction à la suite de la lecture (outre le fait qu’il entre dans le Parti, et ce en 1922) :

« Je détaillais presque distraitement la physionomie du juif, et tout d’un coup, ce fut comme un choc d’une violence inouïe : Je la reconnus. Je reconnus ces yeux bulbeux, ce long nez crochu, ces joues molles, ces traits haïs et repoussants. Je les avais assez souvent contemplés, jadis, sur la gravure que Père avait fixée à la porte des cabinets [il y avait gravé une tête de diable, ce qui effrayait le petit à chaque fois qu’il allait aux toilettes]. […] Je compris tout : C’était lui. L’instinct de mon enfance ne m’avait pas trompé [sauf qu’à l’époque il comparait ce diable aux Français.] J’avais eu raison de haïr. Ma seule erreur avait été de croire, sur la foi des prêtres, que c’était un fantôme invisible, et qu’on ne pouvait le vaincre que par des prières, des jérémiades ou par l’impôt du culte. Mais je le comprenais maintenant, il était bien réel, bien vivant, on le croisait dans la rue. Le diable, ce n’était pas le diable. C’était le juif. »

On ressent de la colère mais c’est le seul moment où il nous dévoile des sentiments. Par la suite, il n’agit pas par colère, mais par devoir et obéissance aveugle.

 

Toute la magie de l’auteur se situe dans le fait qu’il arrive à tout faire pour que les relations humaines entre le héros et les autres ne soient qu’indifférence totale (la clé de ce roman. On peut dire que la fin est une chute). En résumé, on peut en conclure qu’il se moque de tout, même des autres. Ils n’existent pas vraiment, même quand ses amis meurent : il ne ressent rien (même pas pour sa mère).

C’est un livre très psychologique. Durant toute la lecture nous sommes comme le héros, un peu détaché. Ayant commencé cette fiche avant la fin du livre j’avais même noté : « Roman qui ne touche pas vraiment, le personnage est détaché et nous aussi. On devient comme lui, on oublie qu’il parle d’humains, on ne voit que les « unités » dont il parle tout le temps. Lecture qui peut se faire par tous ». Mais à la fin, quand il se met à douter, toute l’horreur du livre nous revient en bloc et nous marque. Lui si fort, si sûr de lui doute. Les dernières lignes sont comme une énorme gifle car on se rend compte de notre propre détachement.

(Pour l’histoire, le résumé de la quatrième de couverture est assez complet. Il retrace chaque période, de l’enfance jusqu’au procès.) 

 
Marion, 2e année Bib.-Méd.Pat.

 

 

 


 

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