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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 07:00

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Robert WALSER
Retour dans la neige
Titre original
Sämtliche Werke in Eizelausgaben
traduit de l'allemand
par Golnaz Houchidar
préface de Bernhard Echte

 Éditions Zoé, 1999

Points Seuil, 2006




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Robert Walser, écrivain suisse d'expression allemande naît à Bienne, en Suisse le 15 avril 1878. Il vivra essentiellement de petits métiers, à Berlin, puis en Suisse où il publie son premier roman, Les Enfants Tanner (1907), puis Le Commis (1908) et L'Institut Benjamenta (1909). Il se lance ensuite dans l'écriture de proses brèves publiés dans la presse. Suivront un court récit, La Promenade (1917), et un petit recueil, La Rose (1925). Il écrit également de nombreux poèmes ainsi que les célèbres Microgrammes, déchiffrés depuis peu. Ce sont « des chroniques, nouvelles ou scènes dialoguées que, de 1920 à 1933, il a griffonnées dans le plus grand secret, sur des bouts de papier, en caractères de tout juste un millimètre de hauteur » (Le Magazine Littéraire, n°419, 04/2003). En 1929, il entre dans une clinique qu'il ne quittera plus jusqu'au jour de Noël 1956, où il meurt lors d'une promenade dans la neige.

Nous pouvons citer parmi les admirateurs de Walser, des auteurs tels que Kafka, Herman Hesse ou encore Stefan Zweig.

 

 



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Quelques mots sur Retour dans la neige

Le recueil sur lequel porte mon étude est composé de vingt-cinq courts récits, dont le titre original est « Sämtliche Werke in Eizelausgaben » (qui signifie littéralement « Œuvres complètes en édition unique ») Trois récits : « En tramway », « Quelques lignes sur le chemin de fer » et « L'Incendie » sont quant à eux extraits des Nachgelassene Schriften (littéralement : « Écritures posthumes »). Ce recueil est traduit de l'allemand par Golnaz Hauchidar. Nous avons ici une sélection de textes, extraits de feuilletons parus dans la presse de 1899 à 1920. Notons que Walser était un grand feuilletoniste ; son œuvre principale est constituée de plus de 1500 petites proses parues dans des publications diverses.



Bref résumé

Il est assez difficile de résumer tous ces récits. Néanmoins, Robert Walser « flâneur d'exception »1 nous emmène avec lui dans ses promenades, que ce soit une escapade à la campagne, un voyage en tramway, un hall de gare ou une rêverie dans les rues d'une grande ville. Chacun de ces textes raconte et décrit une balade mais également des anecdotes sur lui-même.



Analyse

À la lecture des vingt-cinq récits de Retour dans la neige, nous avons l'impression qu'ils résonnent tous comme un hymne à la beauté des villes que Robert Walser traverse.

Qu'est-ce qui rassemble ces courtes proses ? Quelle est leur trame commune ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous nous attarderons sur trois thèmes récurrents. En nous appuyant sur quelques récits : « En Tramway », « Quelques lignes sur le chemin de fer », « Retour dans la neige » et « Le Greifensee », nous étudierons dans un premier temps la promenade, puis dans un deuxième temps la beauté et l'harmonie, pour finir sur le besoin de liberté.

 

 

 

La promenade


Dans « En Tramway », l'auteur nous dépeint un de ses voyages en tramway et laisse libre cours à ses pensées. Le choix de cette histoire n'est pas anodin, nous pouvons trouver un écho à nos propres déplacements en tramway :

« Et voilà encore de nouveaux arrêts, de nouvelles rues et on passe des places, des ponts, devant le Ministère de la Guerre et le grand magasin, et il pleut toujours et on fait encore comme si on s'ennuyait un brin et on continue à penser que c'est ce qu'il faut faire. Mais en voyageant ainsi, on a peut être entendu ou vu quelque chose de beau, de gai ou de triste qu'on n'oublie pas. » (p.60)

Ce passage est représentatif de ce qui se trouve dans tout le recueil, ses impressions en regardant défiler les rues, les ponts, etc. nous sont données à l'instant T, et nous ne pouvons nous empêcher de nous projeter nous-même au cours d'un trajet en tramway ; cela en devient communicatif. La dernière phrase sur ce qui nous reste d'un voyage reflète l'importance que l'auteur attache à l'après, ce « qu'on n'oublie pas » qui laisse son empreinte dans nos mémoires et fait qu'on y repense encore. Un autre récit « Quelques lignes sur le chemin de fer », illustre la promenade, il commence ainsi :

« Qu'il est joli de flâner dans une gare et de pouvoir observer à son aise les voyageurs qui arrivent et ceux qui partent. […] Le flâneur a beaucoup de temps, c'est pourquoi il observe presque tout, déambule lentement, d'un pas mesuré, élégant et distingué sur le quai bien propre, en portant son regard de tous côtés. » (p.61)

L'auteur se décrit comme un « flâneur », attitude qui le définit si bien au cours de ces récits. Selon Marie-Louise Audiberti dans Le vagabond immobile : « Ce grand promeneur invite à la promenade »  première de couverture) ; nous nous laissons prendre à son jeu et lisons ces récits avec plaisir. Walser nous donne sa propre définition du flâneur. Au fil de la lecture, nous remarquons de plus en plus de retenue dans ses écrits, comme l'intériorisation par la contemplation de la beauté et de sa simplicité. Ce qui nous amène à parler de la beauté et de l'harmonie.



La beauté et l'harmonie

Dans Retour dans la neige, le récit commence par un retour de l'auteur sur lui-même, sur ses insuccès, ses limites et il s'imagine le retour dans son pays natal (la Suisse). En attendant ce moment il se promène et remarque :

« Sur le chemin du retour, qui me parut splendide, il neigeait à gros flocons, denses et chauds. Il me sembla presque entendre résonner quelque part un air de mon pays. »

Et quelques lignes plus tard : « Il me sembla presque que la terre entonnait un chant de Noël et presque aussitôt déjà un chant de printemps» (p.82). La beauté de la neige apporte un regain de confiance et de joie à l'auteur. Ce « chant de printemps » renvoie à un double bonheur : le chant est souvent associé à la bonne humeur, et le printemps représente la fin de l'hiver, le moment où tout commence à refleurir, donc à aller mieux peut-être aussi dans l'esprit de l'auteur ? Dans « le Greifensee », Robert Walser s'extasie sur la beauté d'un lac :

« De quelle manière il m'attire et pourquoi je suis attiré, le bienveillant lecteur le saura s'il continue à s'intéresser à ma description qui se permet de sauter par-dessus les sentiers, les prés, la forêt, le ruisseau et les champs jusqu'au petit lac lui-même où elle s'arrête avec moi et ne peut s'étonner assez de sa beauté inattendue, pressentie en secret.» (p.77)

L'auteur dialogue avec le lecteur et l'invite dans sa contemplation, la beauté du lac était « pressentie » mais malgré cela il ne peut s'empêcher d'être « étonné » par celle-ci. Il écrit même plus loin dans le texte au sujet de sa description : « Je ne trouve pas de mots et pourtant il me semble que j'emploie déjà trop de mots. » Toujours dans ce texte, le ciel et l'eau ne font qu'un : « […] c'est de l'eau, de l'eau si semblable au ciel qu'elle ne peut être que le ciel, et le ciel de l'eau bleue.» La nature est en véritable harmonie, peut être pouvons-nous supposer qu'il en est de même dans les pensées de Walser qui voit dans ce paysage un « monde matinal enchanté, enchanteur. » (p.77) Notons ici la résonance de ses mots, qui fait penser à une allitération, et surtout le choix de ces mots qui nous emmènent dans « un univers poétique et nostalgique, à la lisière du merveilleux. »2

La beauté et l'harmonie sont chères à l'auteur ; cependant nous entrevoyons un désir de liberté, un besoin même, entre les lignes, sous une apparente naïveté. Philippe Delerm dit d'ailleurs de Walser que c'est un « faux naïf et un grand écrivain » (préface de Vie de Poète de Robert Walser).



La liberté

« J'étais là, seul dans la beauté de la nuit, seul dans la belle obscurité. » (« La Nuit », p.91). En dépit de la solitude, la nuit et l'obscurité sont belles. Cette phrase clôt ce très court récit d'une page, il y en a plusieurs autres semblables comme « L'aube » ou « Nuit d'été ». L'écriture se fait de plus en plus épurée, simple et généreuse en même temps parce qu'il partage ces impressions avec le lecteur.


Nous savons que Robert Walser a beaucoup voyagé entre l'Allemagne et la Suisse, qu'il a vécu dans différents endroits et exercé plusieurs métiers. Entre temps, il a écrit, essentiellement de la prose. Pourquoi ce besoin d'écrire sous cette forme ? Cette forme qui n'impose pas d'écrire à l'aide de vers et permet ainsi une plus grande liberté dans la composition des textes. Charles Baudelaire y a aussi réfléchi ; il s'adresse à Arsène Houssaye en ces termes :

« Quel est celui d'entre nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? » 3

Nous pouvons réfléchir sur la liberté que s'octroie Walser pour trouver son inspiration, sur sa vie qui peut être perçue comme oisive, puisqu'elle consiste à se promener, observer et écrire. Dans Le vagabond immobile, Marie-
Louise Audiberti décrit l'oisiveté de Walser, qui lui a d'ailleurs été reprochée :


« Walser n'a t-il pas honte de se promener pendant que les autres travaillent ! Tel « Le chanteur des rues », il se fait invectiver. Pour Walser, la promenade est pourtant un travail. « Sans promenade, affirme t-il, il aurait depuis longtemps abandonné l'écriture. […] Tout au long de son écriture, Walser accepte, revendique cette oisiveté qui permet aux sensations d'arriver. » (p. 118-119)

C'est ainsi que l'auteur puise son inspiration dans la promenade. Ce qu'il écrira dépendra de ce qu'il aura vu et senti. C'est une manière qu'on peut trouver originale, et c'est en cela que Walser est un auteur à part, qui n'écrit pas comme on l'attend, mais comme lui le ressent.

Pour conclure, nous dirons que la promenade, la beauté, l'harmonie et le besoin de liberté ponctuent les récits de Robert Walser et leur donnent ainsi toute leur originalité.

Entrer dans Retour dans la neige, c'est commencer une promenade et la terminer à la dernière page...On est touché ou on ne l'est pas, je l'ai été et je ne peux que vous recommander cette lecture vibrante où la beauté affleure à chaque page.


Magali Lauret, A.S. Bib.-Méd.


Notes

1 Retour dans la neige : quatrième de couverture
2 Retour dans la neige : quatrième de couverture
3  http://elisabeth.kennel.perso.neuf.fr/une_ecriture_poetique_originale.htm

 

 

 

Sources

Audiberti, Marie-Louise. Le Vagabond immobile, Robert Walser. Paris : Gallimard, 1996 (Collection L'un et L'autre).
Walser, Robert. Retour dans la neige. Éditions Zoé, 1999.

Sources Internet
 http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article693
 http://www.francopolis.net/francosemailles/RobertWalser2.htm#2
 http://www.magazine-litteraire.com/content/recherche/article?id=9465
 http://www.bielersee.ch/fr/region-excursions/excursions.152/bienne-vue-par-robert walser-
promenades-litteraires.531.html (pour l'image de Robert Walser)

 

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