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16 mars 2013 6 16 /03 /mars /2013 21:02

Roberto-Bolano-Un-petit-roman-lumpen.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roberto BOLAÑO
Un petit roman lumpen
Una novelita lumpen
Mondadori, 2002
Anagrama, 2009
traduit de l'espagnol
par Roberto AMUTIO
Christian Bourgois, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roberto Bolaño

Poète et romancier chilien (1953-2003), un des écrivains latino-américain les plus admirés de sa génération.
 
« Héritier hétérodoxe de Borges, de Cortázar, de Artl, d’Onetti, à la fois poète et romancier, il saisit à bras le corps la littérature et l’histoire de sa génération, et est passé maître du brassage des registres, situations et personnages. » (Christian Bourgois)
 

 
Analyse personnelle
 
Ce roman qui est le dernier de Bolaño n'est autre que le récit d'un deuil. Bianca, la narratrice, et son petit frère perdent leurs parents dans un accident de voiture alors qu'ils sont adolescents. La narratrice revient sur cette période de sa vie en tant qu'adulte. La difficulté de rappel des souvenirs, l'idée de mémoire sélective sont des enjeux de ce récit.

Cette œuvre m'a semblé pertinente car elle répond aux critères de la poétique d'une fiction courte moderne. En effet, d'un point de vue quantitatif, elle fait tout juste moins de cent pages. Cela facilite la lecture en une seule séance et permet « l'unité d'impression » (cf. E. Poe; The Philosophy of Composition).
 
Ensuite, l'histoire nous plonge dans le réel, les personnages voient leurs vies bouleversées par l'accident de leurs parents, ce qui rappelle une phrase de Goethe : « une nouvelle est-elle autre chose qu'un événement inouï qui a eu lieu ? »

Enfin, d'un point de vue narratif, il me semble qu'on peut qualifier ce récit de nouvelle-instant par son rythme et sa concentration temporelle. Il répond  à ce critère énoncé par René Godenne : « ce qui compte d'abord, c'est la substance émotionnelle de l'instant qui vit en lui pendant un temps ».
 


Dès le début, lorsque Bianca relate la mort de ses parents, on perçoit à travers l'écriture un calme fataliste : « on s'était retrouvés orphelins. D'une certaine manière ça justifiait tout. » C'est l'énonciation d'un fait, ni plus ni moins. Et de tout le récit émane cette (fausse) impression de distance. Toute l'émotion du récit est sous-jacente, comme dans l'inconscient de la narration (et donc de la narratrice). Elle est comme effacée d’elle-même et la distinction des temps d’écriture et d’action semble la rendre spectatrice bien que narratrice. Les événements percutants sont sur le même plan que l'anecdotique car c'est comme cela que Bianca les reçoit. Les choses de la vie semblent la traverser sans la toucher, elle est diaphane. À l'image des jours et des nuits qu'elle passe, ou plutôt qui passent pour elle.

D'ailleurs, la lumière a une place importante dans cette nouvelle, le noir de la nuit n'existe plus pour Bianca et son frère. Ce qui donne une autre dimension à la cécité de Maciste (p. 62). Sa réponse résume son état d'esprit à cette époque : « je ne sais pas si c'est nerveux ou surnaturel, et je m'en fiche. » Cette cécité est importante au niveau du rapport aux corps, puisque Maciste achète les services de Bianca, il est en quelque sorte la victime consentante de leur  délinquance.

En effet, dès les premières lignes du récit, l'accent est mis sur le fait que Bianca a été délinquante. Cela apparaît comme un élément essentiel au deuil. Déjà bien avant l'idée du plan avec Maciste, Bianca se sent hors-cadre. Se définir comme délinquante lui permet de cristalliser ce sentiment de marginalité, de rejet des autres et des normes, voire de le justifier. Justifier, nommer cette période indescriptible, ce statut inexistant. Cela donne une profondeur à ce sentiment qui lui échappe. On peut rapprocher cette idée du terme lumpen, qui vient du marxisme et désigne une personne prolétaire qui n'a pas conscience de sa classe sociale par désintérêt de tout cela.

 L'inconscience et le désintérêt font partie de Bianca. L'écriture à la première personne lui confère une fausse simplicité d'esprit (p.62), contrebalancée par une lucidité aiguë (p. 32 et sq.). Ce qui en fait un personnage complet attachant, humain, en somme.

 
 
Conclusion personnelle
 
J'ai lu ce récit d'une traite, et dès le début j'ai commencé à annoter, car avant même de penser à une fiche de lecture j'ai été touchée par la narration. Mais au fur et à  mesure de ma lecture, j'ai été happée par l'histoire, oubliant de faire attention aux détails de l'écriture. Et c'est en reprenant le livre que je me suis aperçue du foisonnement de fils conducteurs transparents (la folie, l’onirisme, la temporalité, le chapitrage…), l’œuvre est tellement complète que j’ai passé trop de temps sur l’analyse. Je ne voulais pas faire l’impasse sur tout ce que j’ai perçu et donc, quelque part, amoindrir la beauté de l'œuvre telle que je l'ai reçue ; mal retranscrire tout ce qu'elle m'a transmis. Mais le temps m’a fait défaut et je prends ce risque en espérant que d’autres prendront celui de se lancer dans cette lecture malgré ou grâce à cet article.


Louise Barillot, 1ère année bib.

 

 

 

Roberto BOLAÑO sur LITTEXPRESS



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Article d'Annabelle sur Des putains meurtrières

 

 

 

 

 

 

 

Roberto Bolano Le Secter du mal

 

 

 Article de Florian sur Le Secret du mal.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert Amutio

 

 

Entretien avec Roberto Amutio, traducteur de Bolaño.

 

 

 

 

 

 

 


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