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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 19:00
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Roland Barthes par Roland Barthes

 publié en 1975,
rééd. Points, janvier 2010









Roland Barthes par Roland Barthes est une autobiographie assez originale. Avant cela, parlons de l’auteur.


Roland Barthes est né le 12 novembre 1915 à Cherbourg. Son père meurt alors qu’il a à peine un an, et sa famille emménage à Bayonne, où il grandit. Il entre ensuite au lycée à Paris, à Louis Le Grand. Sa vie est marquée par une maladie des poumons : en 1934, juste après son baccalauréat, il a une hémoptysie (lésion du poumon gauche). Il reprend ses études l’année d’après, à la Sorbonne, où il passe une licence de lettres et crée le Groupe de théâtre antique de la Sorbonne, avec Jacques Veil. Il fait la découverte de textes fondamentaux (Marx, Michelet, Sartre) et publie ses premiers textes. Il contribue à plusieurs revues : Esprit, Combat (notamment les premiers textes qui constitueront Le Degré zéro de l’écriture). Il est réformé du service militaire et arrête ses études, il devient alors délégué rectoral au lycée de Biarritz après avoir été lecteur pendant l’été dans une université hongroise. Il a une rechute de tuberculose pulmonaire en 1941, puis une autre au poumon droit en 1943. Il suit plusieurs cures, mais a un pneumothorax pleural droit en 1945. Deux années de convalescence à Paris plus tard, il travaille en tant qu’aide-bibliothécaire puis professeur et lecteur à l’Institut français de Bucarest. Il sera ensuite professeur pendant un an à Alexandrie avant de revenir à Paris à la Direction générale des Relations culturelles, au service de l’Enseignement. Il est ensuite stagiaire de recherche au CNRS en lexicologie puis attaché de recherche en sociologie. Son premier essai, Le Degré zéro de l'écriture, paru en 1953, est rapidement considéré comme le manifeste d'une nouvelle critique soucieuse de la logique immanente du texte. À cette époque, le théâtre l'intéresse particulièrement : il participe à la création de Communications et collabore à Tel Quel, deux nouvelles revues.  En 1962, il entre avec Michel Foucault et Michel Deguy, deux écrivains et philosophes français, au premier « Conseil de rédaction » de la revue Critique
auprès de Jean Piel qui reprend la direction de la revue après la mort de Georges Bataille. Il entre en 1960 à l’Ecole pratique des hautes études, dont il est chef de la VIe section (Sciences économiques et sociales) puis directeur d’études en 1962. Il sera ensuite professeur au Collège de France en 1976, à la chaire de Sémiologie littéraire. Certains de ses disciples et admirateurs le critiqueront vers la fin des années 1970, l’accusant de « faire du Barthes ». Michel-Antoine Burnier et Patrick Rambaud publient alors Le Barthes sans peine en 1978, décryptant tous les tics de Barthes : en somme, ils ont démythifié le démythifieur, et le livre remporte un succès en librairie. Roland Barthes meurt en mars 1980 des suites d’un accident de voiture.

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L’ouvrage

Roland Barthes par Roland Barthes est une autobiographie par fragments. Lorsque Denis Roche prend la direction, au Seuil, des Écrivains de toujours, vénérable collection riche de près d'une centaine d'ouvrages présentant les grandes figures littéraires du passé, son objectif est de l'ouvrir à la création contemporaine. C'est dans cet esprit qu'il propose à Barthes (1915-1980), auteur d'un Michelet (1954) dans cette même collection, d'y écrire un volume consacré... à lui-même. À sa sortie, le livre est vu comme un exercice ludique et une sorte de gag. Ce qui frappe d'abord le lecteur, c'est son aspect de pastiche. Des Écrivains de toujours, en effet, il copie la présentation, le format et surtout la forte présence de l'iconographie, dotée d'une valeur informative égale à celle du texte. C'est sur un petit album de photographies, assorties de commentaires, que s'ouvre l'ouvrage. Cette introduction en images peut laisser penser que le livre sera tout entier voué à l'évocation nostalgique du passé. En fait, dès que le texte commence, cette dimension exclusivement rétrospective disparaît. Roland Barthes par Roland Barthes, en effet, n'est pas une autobiographie, c'est un roman, mais un roman dont on aurait supprimé l'intrigue, le décor et les personnages — à l'exception du narrateur – pour n'en garder que l’essence : ce que Barthes nomme le « romanesque », soit « un mode de notation, d'investissement, d'intérêt au réel quotidien, aux personnes, à tout ce qui se passe dans la vie ». Celui qui dit « je » n'est pas Barthes ou du moins ne l'est qu'en partie (l'auteur se désigne d'ailleurs par d'autres pronoms, le « il » ou le « vous », ou par ses initiales R.B.). C'est un personnage de fiction qui s'étonne, s'interroge, commente, critique, définit, se souvient, analyse ou juge, tout au long d'un monologue intérieur ou d'un journal intime traversé de rêveries et d'obsessions. « L'effort vital de ce livre est de mettre en scène un imaginaire », dit Barthes. L'imaginaire de l'intellect qui fait l'objet de ses investigations au gré de quelques thèmes dominants : le langage, l'écriture, l'idéologie, le politique, l'inconscient mais aussi le corps, le désir, la sensualité ou la répulsion.

Pour rendre compte de tout cela, Barthes opte pour le fragment, procédé qu’il affectionne particulièrement. Le livre s’organise en séquences brèves précédées d’un titre, ce qui permet de les ranger par ordre alphabétique, comme un dictionnaire : le premier terme est « Actif/réactif » et le dernier « Le monstre de la totalité ». Le discours est intéressant : le « Je » n’étant pas Roland Barthes dont c’est pourtant l’autobiographie, le lecteur peut être perdu dans les différents pronoms utilisés. Il lui arrive de se citer lui-même sans le dire très clairement, on trouvera cependant les références à la fin de l’ouvrage pour éventuellement les lire à la source.

En conclusion, je pense que l’ouvrage est intéressant pour apprendre à connaître Barthes. On n’est pas obligé de le lire d’une traite, on peut l’ouvrir et le lire passage par passage. Je n’avais jamais rien lu de Barthes mais je suis maintenant curieuse de le découvrir, même si je crains la complexité de son écriture.


Extrait

Le fragment comme illusion :

« J’ai l’illusion de croire qu’en brisant mon discours, je cesse de discourir imaginairement sur moi-même, j’atténue le risque de transcendance ; mais comme le fragment (le haïku, la maxime, la pensée, le bout de journal) est finalement un genre rhétorique et que la rhétorique est cette couche-là du langage qui s’offre le mieux à l’interprétation, en croyant me disperser, je ne fais que regagner sagement le lit de l’imaginaire. » (p.90)


Stéphanie Khoury, 2A Ed/Lib



Pour aller plus loin


Anne Herschberg Pierrot, «Les manuscrits de Roland Barthes par Roland Barthes, style et genèse» :
http://www.item.ens.fr/index.php?id=13992.

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commentaires

André Convers 24/01/2012 22:47

Pour Jacques VEIL, j'ai fait une erreur, il a été abattu par
la Gestapo à Marseille en janvier 1944 et non en juillet 1944.

Littexpress 24/01/2012 19:09

Merci ! L'erreur est rectifiée.

André Convers 24/01/2012 12:05

Jacques VEIL cofondateur avec Roland Barthes du Groupe Théâtrale Antique de la Sorbonne en janvier 1936 n'est pas l'avocat de Jacques CHIRAC, fils de Simone et Antoine Veil. Jacques VEIL est né à
Paris le 04 juillet 1917, résistant, abattu par la Gestapo "au cours d'une tentative d'évasion" dans la nuit du 10 au 11 juillet 1944 à Marseille.

ZETEIN 04/01/2012 00:44

ZETEIN (http://zetein.blogspot.com/) : blog inspiré d’une citation de ce très beau livre : « les fragments sont alors des pierres sur le pourtour du cercle : je m’étale en rond : tout mon petit
univers en miettes ; au centre, quoi ? » (Roland Barthes par Roland Barthes)

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