Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 07:00

Roland-Dubillard-Les-Diablogues.gif

 

 

 

 

 

 

 

Les Diablogues
Comédie de Roland DUBILLARD (1h30)
Mise en scène de Jean MOURIERE
Avec Frédéric BOUCHET
et Jean MOURIERE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dubillard-diablogues-01.jpgMercredi 6 décembre 2012, j’ai assisté à une représentation des Diablogues, fameuse pièce de Rolland Dubillard, au théâtre des Salinières, situé rue Buhan à Bordeaux.

C’était la première fois que je me rendais dans ce théâtre et j’ai été très surprise de l’accueil qui m’a été réservé. En effet, c’est dans une ambiance très chaleureuse que nous avons été invités à nous installer. L’atmosphère confinée de la petite salle nous a toute suite transportés dans l’univers intimiste du texte de Dubillard.

Nous n’étions qu’une vingtaine dans la salle, ce qui a renforcé l’impression d’être vraiment réunis en petit comité privé. L’ouvreur est entré et a nous annoncé le début de la pièce puis nous a invités ensuite à partager un cocktail au bar du théâtre, en compagnie des comédiens. J’ai alors eu le sentiment de partager un bon moment, en toute simplicité avec quelques amis, et les frontières encore existantes entre le personnel du théâtre, les comédiens et le public sont tombées.

Dubillard-Diablogues-02.jpg

Rideaux fermés, une musique retentit annonçant le début de la pièce et remplaçant par la même occasion les fameux trois coups que j’attendais tant. La dernière fois que j’ai vu une représentation des Diablogues, pièce que j’affectionne particulièrement, c’était au théâtre municipal de Cahors (46), avec en tête d’affiche Jacques Gamblin et François Morel. Je sais, quand le rideau s’ouvre, que je ne pourrai pas m’empêcher de comparer les deux prestations et cela me fait un peu peur. Cependant, la surprise est encore une fois totale. Les comédiens me transportent dès leurs entrée sur scène dans un monde parallèle, celui des jeux de mots, des incompréhensions, du théâtre dans le théâtre, des incohérences et autres dialectes inconnus, le monde de Dubillard.

C’est avec une mise en scène plutôt épurée que la pièce défile. Un décor fixe, où seuls les comédiens, accessoires et jeux de lumières divers font que le spectateur passe sans mal d’une scène à une autre.

 

dubillard-diablogues-03.jpg

 

Ce qui fait le charme de cette pièce de théâtre en plus du texte est l’interprétation des comédiens. Ils ont ce jour-là été parfaits, leurs nombreuses mimiques et déplacements comiques ont épousé à merveille le texte de Dubillard.

La pièce se divise en douze saynètes séparées ici par un noir. C’est-à-dire par la technique utilisée au théâtre qui consiste à éteindre toutes les lumières pour créer une rupture dans l’action.Les saynètes sont plus ou moins liées par des morceaux de brèves se faisant écho. Chaque réplique est lourde de sens et chaque saynète possède un fort potentiel comique, cela marche, le public rit aux larmes.

Voici la structure de la pièce (à ne pas lire si on ne souhaite pas connaître l’histoire des Diablogues en détail) :

La scène un commence.  Les personnages entrent, sous une pluie battante. Il s’agit d’un débat entre les deux personnages sur la peur de la pluie. De fil en aiguille, le décor de l’absurde se construit. Un des deux amis trouve très étrange que l’autre n’aime pas la pluie et en ait peur. En le poussant à parler, il se rend compte que c’est être mouillé qu’il déteste. Il déteste être mouillé quand il est habillé puisque nu sous la douche cela ne le gêne pas. Il ne se met pas nu dans la rue parce qu’il a peur de la police. Donc, selon un raisonnement plus que logique, ce n’est pas de la pluie qu’il a peur mais de la police.

Noir.

Début de la scène deux. Les personnages sont assis autour d’une table. L’un deux est malade, il veut prendre des gouttes. Il saisit alors son compte-gouttes (de très bonne qualité, qui lui vient de sa mère de Besançon) et commence à compter les gouttes qui tombent dans le verre. Il en compte dix mais son ami en compte douze. Il recommence mais se pose le problème de savoir comment recompter les gouttes lorsqu’elles remontent dans le compte-gouttes. Les personnages ne se comprennent pas, un dialogue de sourds s’ensuit sur la nécessité de penser que les gouttes sont des billes, quelque chose de matériel et de physiquement saisissable. Les personnages s’intéressent au sens du mot compte-gouttes dans la mesure où celui-ci ne compte pas les gouttes puisque c’est celui qui verse les gouttes qui les compte…

Noir.

Un personnage est assis, l’autre debout. Cette scène parle d’une représentation de Bérénice. On parle du talent d’une actrice que les personnages encensent mais qui semble être complétement dépassée. Il y’a de nombreux jeux de mots entre poux et bout par exemple, c’est le début de la création d’un vocabulaire propre à l’univers de Dubillard puisque nous apprenons que la représentation de Bérénice fut « fourmidiable », un mélange entre des fourmis et la queue du diable... Allez comprendre !

Noir.

Un des personnages se souvient d’une pièce qu’il est allé voir et qui lui a beaucoup plu. Il reproduit une tragédie qu’il a vu jouer. Il ne se souvient plus si elle était de Corneille ou de Racine. Il se lance, se remémore le texte, fait jouer sa mémoire et c’est son visage qui fait tout le comique de la situation. Les mimiques faciales et variations d’intensité dans le langage sont à se tordre de rire.

Noir.

Retentissent les trois coups. C’est le début d’une belle mise en abyme. Nous assistons à une répétition de nos comédiens qui travaillent sur un texte de la tante Paulette. C’est un texte très pauvre, sans aucun sens et c’est le comique de répétition qui fait son effet ici. Bonjour, Bonjour, Bonjour.

Noir.

Après s’être remis de leurs émotions théâtrales, les amis se rendent dans un restaurant. Ils appellent le garçon qui ne vient jamais. Une scène hilarante se déroule alors quand les deux personnages pensent être épiés par des Turcs alors qu’ils sont seuls face à leurs reflets dans le miroir.

Noir.

Les personnages montent l’escalier mais l’un des deux a le pied et la chaussette qui craquent, il se fait remonter les bretelles par son camarade qui lui explique qu’il a besoin de silence car il est à la recherche de l’oiseau gobe-douille qui se situe en haut de l’escalier. C’est un oiseau très rare qui se nourrit d’électricité et qui a la capacité de se transformer en une douille d’ampoule électrique vide lorsqu’il a peur. Lorsque le gobe-douille va mourir, il fait un drôle de bruit semblable à celui d’une ampoule qui grésille. C’est véridique (et touchant), puisque c’est la grand-mère d’un des personnages qui lui a raconté cette histoire pendant toute son enfance…

Noir.

Changement d’atmosphère. Après l’enfance, c’est face à deux personnes âgées handicapées que nous sommes. Scène assez dérangeante après l’émotion du petit oiseau mais cela est surement dû à une volonté de mise en scène. Les vieux messieurs se disputent pour savoir qui a le meilleur des papas ; cependant, vu leur âge avancé, on se doute bien que leur papa n’est plus de ce monde, ce qui renforce la mélancolie face à ces deux personnages frisant la folie et s’accrochant désespérément à leurs déambulateurs.

Noir.

Les personnages vont plonger. Seulement, il faut trouver la bonne façon de dire « hop » et savoir sur quelle lettre on doit se lancer. Si quelqu’un se lance sur le H et quelqu’un sur le O, ils ne seront pas synchronisés.

Noir.

Drôle de partie de ping-pong ponctuée par des « ta ping, ta pong », onomatopées plus que réalistes. Un discours incohérent survient alors, les personnages se demandent si la tante Paulette qu’ils ont tous les deux ne serait pas par hasard la même tante Paulette puisqu’ils n’ont jamais vu leurs tantes respectives ensemble.

Noir.

Nouveau témoignage touchant. Un des personnages est malade, le diagnostic est sévère, c’est la première fois qu’il existe. Quelle drôle de sensation.

Noir.

Scène finale, les personnages sont dos à dos et discutent en formant des phrases issues de fragments des saynètes précédentes. C’est une belle conclusion à cette histoire que de compiler les moments les plus drôles de la pièce dans une seule et belle réplique.

Au final, on ne connaît presque rien des personnages, ils n’ont pas de noms, on ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils font. On sait juste qu’ils ont une tante qui s’appelle Paulette, se demandent si ce n’est pas la même mais nous n’avons jamais la réponse. On sait aussi qu’un des personnages à une mère qui habite Besançon puisque c’est de là que vient le fameux « pousse-goutte » de la saynète numéro 2.

Dans cette pièce, chaque mot a un sens ou plusieurs, les protagonistes se jouent du langage (et jouent avec lui), mots étranges, non-sens. Pourquoi appeler un compte-gouttes un appareil qui ne permet que de faire sortir un liquide sous forme de gouttes. Ne serait-il pas judicieux de plutôt l’appeler un pousse-gouttes ?… C’est la quête de ces deux drôles de personnages, une quête pour trouver le mot juste. C’est un témoignage touchant, une histoire simple de deux amis puisque nous supposons qu’ils se connaissent depuis toujours. C’est presque une histoire faite avec des mots d’enfants qui s’émerveillent de toutes choses et qui ne comprennent pas pourquoi le monde est si compliqué, une histoire où on voit le temps qui passe et où on comprend que le langage n’a de sens que si on est deux pour pouvoir en discuter.


Aurélie S, 2A Bib.

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Aurélie - dans théâtre
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives