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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 20:00








Russell BANKS
American Darling

Titre original : The Darling
Traduit de l’anglais (Etats-Unis)
par  Pierre Furlan
Actes Sud, 2005
Babel, 2007
















L’auteur

L'œuvre de Russell Banks, né à Newton (Massachusetts) en 1940, s'inscrit dans la tradition du grand roman américain. Dans le sillage de Herman Melville, de Mark Twain, ou encore de Jack Kerouac, l'écrivain met en scène des personnages
issus de l'Amérique profonde, survivant à force de combines et de petits boulots.

Aîné de quatre enfants, Russell Banks vient lui-même d’une famille ouvrière du New Hampshire. En 1958, il entre à l'université mais n’y restera que quelques semaines. Il s’y sent en effet mal à l’aise en raison de son origine modeste. Il décide alors de partir pour Cuba rejoindre Fidel Castro. Ses ressources ne lui permettent pas d'aller plus loin que la Floride, où il vit quelque temps de petits boulots. Il voyage : dans le Yucatán, à la Jamaïque. Il se marie, a un fils. Il revient dans le New Hampshire où il travaille un temps comme aide-plombier auprès de son père. Puis il décide de reprendre ses études.





Russell Banks (au centre), Eddy Harris et Jake Lamar à Lire en poche.

En 1967, il obtient à l'université de Caroline du Nord un diplôme de littérature anglaise qui va lui ouvrir une carrière universitaire, à Sarah Lawrence puis à Princeton. Ses récits éclatés où se multiplient les voix narratives, s'inspirant des recherches expérimentales des années 1930 (William Faulkner, Dos Passos), accordent une large place aux confrontations raciales. De 2000 à 2003, il a succédé à Wole Soyinka et à Salman Rushdie à la présidence du Parlement international des écrivains, chargé de défendre les écrivains victimes de persécution. Au cinéma, Russell Banks a collaboré à l’adaptation de ses propres livres comme The Sweet Hereafter (De beaux lendemains, 1997), réalisé par Atom Egoyan, ou Affliction (1997), par Paul Schrader. Il a travaillé aussi avec Francis Ford Coppola, qui souhaitait depuis longtemps porter à l'écran Sur la route, le roman légendaire de Jack Kerouac.
D’après l’article de Pierre-Yves PÉTILLON, professeur de littérature américaine à l'université de Paris-IV-Sorbonne et à l'École normale supérieure, Encyclopédie Universalis.

Prix Laure Bataillon 2006 de la meilleure œuvre traduite

Créé en 1986 par les villes portuaires de Nantes et de Saint-Nazaire, ce prix récompense la meilleure œuvre de fiction traduite en français dans l'année. Le Prix Laure-Bataillon est attribué conjointement à l'écrivain étranger et à son traducteur en langue française. Il est doté de 15 000 €, remis pour moitié à l'auteur et pour moitié au traducteur. Le jury du Prix Laure-Bataillon est constitué d'écrivains, de traducteurs et de critiques littéraires.

Thèmes abordés

  •  L’engagement révolutionnaire d’une jeune génération issue de la bourgeoisie progressiste du nord-est des Etats-Unis,
  •  la guerre civile au Libéria
  •  les liens familiaux.

L’histoire

Par réaction contre son environnement progressiste- son père, issu d’une lignée puritaine de Nouvelle Angleterre, est un pédiatre de renom engagé dans  un combat médiatique contre la guerre du Vietnam - Hannah Musgrave a laissé tomber ses études de médecine pour s’enrôler dans le mouvement contestataire et révolutionnaire des Weathermen*. Après plusieurs années dans la clandestinité, elle se voit contrainte à prendre la fuite et se retrouve un peu par hasard en Afrique. Elle s’établit finalement au Libéria où elle est embauchée par un laboratoire pharmaceutique américain qui utilise des chimpanzés comme cobayes. Elle y épouse rapidement Woodrow Sundiata,  le ministre de la Santé qui supervise le programme. Elle aura de lui trois enfants. Après huit années où elle joue un peu malgré elle, son rôle de mère de famille, elle se voit contrainte par le président du Libéria (Tolbert) à quitter le pays, seule. Celui-ci soupçonne en effet son ministre de la Santé d’être complice de l’un de ses autres ministres, Charles Taylor dans le vol d’un milliard de dollars. Charles Taylor réussit à s’enfuir et se réfugie aux Etats-Unis, où il est arrêté suite à la dénonciation du président libérien.

Une fois aux Etats-Unis, Hannah reprend contact avec ses parents qu’elle n’a plus revus depuis ses 20 ans. Elle a tout juste le temps de faire ses adieux à son père hospitalisé, avant que celui-ci ne décède d’un accident cérébral. A nouveau animée par son combat pour la justice, elle participe à l’évasion de Charles Taylor, en qui elle met tous ses espoirs pour libérer le Libéria de la corruption. Au bout de 6 mois, le président Tolbert, convaincu par les Américains, l’autorise à rentrer au Libéria. Décidée à unir à tout jamais sa destinée à celle de Monrovia et des siens, elle y crée un sanctuaire pour protéger les chimpanzés en voie de disparition. Hannah devient alors « la dame aux singes ». Pendant quelques années, elle se trouve enfin à peu près satisfaite de la vie qu’elle mène. Tout bascule avec l’offensive de Charles Taylor, parti entre-temps en Libye, pour reconquérir le pouvoir. La guerre civile fait rage. Hannah va perdre ses chimpanzés auxquels elle s’était attachée outre-mesure, son époux libérien et ses enfants, devenus enfants-soldats.

Quand débute  le roman, Hannah a 59 ans. Elle est rentrée aux Etats-Unis depuis plus de 10 ans et vit de sa ferme «écologique». Mais l’heure est venue pour elle d’apurer les comptes avec son passé libérien : elle décide de partir à la recherche des siens.

Construction et précision

Complexité de la construction


La force de ce roman repose non seulement sur sa construction, mais également sur la précision des faits relatés.

Ainsi, éléments du passé, du présent et du futur sont mêlés en des allers-retours permanents. L’auteur éveille ainsi la curiosité du lecteur en donnant des indices sur les événements à venir, mais sans les dévoiler complètement : Par exemple, on apprend dès les premières pages qu’Hannah va perdre son mari mais on ne sait pas quand, ni dans quelles circonstances. C’est ce procédé qui, à plusieurs reprises, accroît l’intensité dramatique, sans nuire à la fluidité du récit: « Les rêveurs  ne savaient pas qu’au lieu de les sauver nous étions en train de les abandonner. Nous non plus ».

Le retour à une certaine chronologie dans les deux dernières parties (le roman est construit en cinq parties) contribue à accélérer le rythme narratif et par conséquent la violence du récit. Les passages psychologiques d’introspection assez nombreux dans la première partie du texte ont laissé la place à la description des faits et aux dialogues, plus nombreux.

Précision de la documentation

L’intérêt du roman passe aussi par sa précision. Qu’il s’agisse de décrire les affres d’une génération de jeunes Américains engagés dans une contestation violente contre la guerre du Vietnam, ou la violence d’une guerre civile complexe, au cœur d’un lointain pays d’Afrique, le roman est extrêmement bien documenté. Ce conflit complexe s’en trouve éclairé, et ses enjeux explicités, même si le point de vue adopté reste résolument américain.
Dans une interview réalisée en 2008 sur le site Bliblioblog,  Russel Banks déclare :


« Les réalités sociales, historiques et géographiques jouent un rôle important dans la fiction, à différents niveaux. Tout d’abord, elles offrent à mes personnages un contexte historique. Tout le monde en a un, c’est notre toile de fond. Si j’écrivais mon autobiographie aujourd’hui, il faudrait que je mentionne la guerre en Irak, les élections américaines… parce que ce sont des événements très importants qui font partie de ma vie, même si je n’en ferais pas le sujet principal du livre.

Ensuite, ces réalités offrent la possibilité de donner des détails concrets, de créer une réalité palpable. Pour cela, il me faut mener des recherches, trouver des informations. Par exemple quand j’écris un livre sur le Libéria, si je dis qu’ils prennent leur petit déjeuner, il faut que je sache ce que les Libériens mangent au petit déjeuner afin que la scène soit plausible.

Enfin, j’aime utiliser des personnages historiques dans mes œuvres, des gens qui ont vraiment existé. Dans La Réserve apparaissent Hemingway, John Dos Passos et dans American Darling, Charles Taylor qui est aujourd’hui en prison à La Haye. Je ne fais pas un travail de journaliste ou d’historien. Dans mes romans, j’en fais des icônes. Je n’écris pas des biographies sur eux mais je sais que si je les mentionne, une certaine image va apparaître dans l’esprit du le
cteur et lui permettre de pénétrer dans la fiction. Par exemple, dans American Darling je mêle personnages fictifs et historiques. J’aurais pu inventer un pays, un dictateur appelé John Smith mais quel intérêt ? C’est plus pratique de se servir de la réalité. »
(http://www.biblioblog.fr/index.php/post/2008/04/16/Interview-de-Russell-Banks)

Ce roman dense et intense couvre près de 30 ans de la vie d’une femme et à travers elle, non seulement l’histoire des guerres tribales du Libéria mais les mouvements politiques qui ont agité les Etats-Unis dans les années 70. D’après les libraires, beaucoup de lecteurs ont découvert Russel Banks grâce à American Darling. Parce qu’il est l’un de ses romans les plus romanesques, il est peut-être le moins représentatif de son œuvre. Mais la puissance narrative de Russel Banks nous le rend captivant du début à la fin, sans essoufflement, ni temps mort.

* The Weather Underground Organisation ou The Weathermen
Il s’agit d’une organisation d'extrême gauche pratiquant la guérilla urbaine qui a sévi aux Etats-Unis dans les années 1970. Créée à Ann Arbor, Michigan, en 1969, elle est basée sur l'idée d'un communisme mondial émergeant du tiers-monde, plutôt que de l'Union soviétique. Le groupe prônait la solidarité inter-ethnique, et était lié avec les Black Panthers. Il s'est manifesté par de nombreux attentats à la bombe aux États-Unis au cours des années 1970. Trois membres du Weather Underground Organisation (Diana Oughton, Ted Gold et Terry Robbins)  périrent dans une explosion lors de la confection d'une bombe destinée à un bal donné en l'honneur des soldats se battant au Viêt Nam à Fort Dix. La  guerre du Viêt Nam était ce qui cimentait les Weathermen entre eux et ce qui les poussait à lutter contre l'administration américaine. Leur slogan était Bring the war home ! (« Importez la guerre à la maison ! »), et leurs actes visaient justement à faire vivre aux citoyens américains la guerre menée par les États-Unis au Viêt Nam. Cette organisation a également aidé à s'évader de prison l'écrivain et psychologue Timothy Leary en 1970 ; ce dernier, après avoir été arrêté en Afghanistan et extradé vers les États-Unis, collaborera avec le FBI pour les enquêtes menées sur le Weather Underground. Le mouvement est considéré comme éteint.
Source : Wikipédia  http://fr.wikipedia.org/wiki/Weathermen 


P. Marini, AS EDLIB 2009-2010



Russell Banks sur Littexpress.





Article d'Aurélie sur La Réserve.

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