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26 septembre 2013 4 26 /09 /septembre /2013 07:00

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Sam MILLAR
On the Brinks
traducteur
Patrick Raynal
Seuil, 2013


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sam Millar est un ancien activiste de l'IRA devenu écrivain. Né en 1958 à Belfast, en Irlande du Nord, il a grandi dans l'atmosphère de conflits opposant catholiques nationalistes et protestants unionistes.

Plus tard, il se servira de son immersion dans cet épisode sanglant de l'histoire de l'Europe pour alimenter sa plume et vivre de ses romans. Mais il va vivre auparavant une vie difficile et dangereuse, faite d'engagement moral et de travail illégal. C'est cette vie qu'il nous livre dans le récit autobiographique On the Brinks.



Les débuts de la vie de Millar sont malheureusement assez courants dans le contexte de l'époque. Issu d'une famille catholique pauvre, il voit peu à peu sa mère devenir folle de mélancolie due aux absences répétées d'un époux marin qui peine à faire vivre les siens. Alors qu'il est encore enfant, une tentative de suicide va la conduire dans une institution spécialisée, ce que son père ne se pardonnera jamais vraiment. Rentré pour assurer l'éducation de Sam et de son grand frère, ses humeurs et son irritabilité permanente vont constituer un quotidien douloureux pour les deux garçons. Ce quotidien douloureux va être à l'origine d'un des traits les plus caractéristiques de Millar : son attitude rebelle. En effet, un jour que son père l'envoie effectuer une course, il refuse. Cependant, alors qu'il s'attend à recevoir une correction ou au moins un sermon, son père semble au contraire apprécier sa force de caractère. Cet épisode, passant inaperçu dans le récit de son enfance, est pourtant une ligne directrice dans la vie future du jeune homme. Car dès lors le ton du récit est posé, et les événements se précipitent au fur et à mesure que progresse l'antagonisme entre nationalistes et unionistes.

C'est durant son adolescence que tout dégénère. Accusé de faire partie d'une organisation illégale à la suite d'une marche contestataire, jugé par un magistrat connu pour sa sévérité à l'égard des nationalistes, Millar va écoper d'une peine de prison de trois ans dans la tristement célèbre « Long Kesh ». Il a alors 17 ans.

 

The Maze, surnommée « Long Kesh », va être le théâtre d'une rébellion désormais passée à la postérité, les « Blanket Men ». À son arrivée dans les lieux, Millar exprime d'emblée sa position : considérant qu'il est un prisonnier politique et non criminel, il refuse d'effectuer le travail forcé imposé à ces derniers, et par conséquent de porter leur uniforme. Qu'à cela ne tienne, il sera donc nu et confiné en isolement avec les autres rebelles. En guise de vêtement, ils ne pourront compter que sur la maigre protection d'une petite couverture (blanket en anglais).

Cela marque pour l'auteur le début d'une lutte morale menée contre l'autorité pénitentiaire, et à travers elle contre l'autorité britannique. Car cette contestation morale va devenir un des emblèmes de la lutte nationaliste et va alimenter les conflits entre l'IRA et le gouvernement, rapidement incarné par Margaret Thatcher.


Afin de durcir leurs revendications, les prisonniers vont par la suite ajouter à leur désobéissance et leur nudité le refus de se laver puis, pour certains, celui de s'alimenter. Sam Millar nous fait vivre ici de l'intérieur un douloureux épisode de l'histoire du Royaume-Uni qui va voir s'opposer la cruauté de l'administration carcérale à la détermination des prisonniers politiques. Rien ne leur sera épargné, humiliations, privations, torture physique et psychologique, et la promesse que tout peut s'arrêter dès lors qu'ils rentreront dans le rang en convaincra certains. Mais les plus déterminés ne céderont pas et poursuivront leurs efforts pour manifester leur insoumission, comme en témoignent une évasion camouflée en violente émeute ou les grèves de la faim dont la mort de Bobby Sands, récemment élu député malgré son emprisonnement, est le triste emblème.

C'est alors que, huit ans après sa condamnation, Millar est libéré de prison.



La deuxième partie nous transporte brusquement à New York, où Millar est arrivé clandestinement et exerce le métier de croupier dans un casino clandestin tenu par un ancien dirigeant de la mafia irlandaise. Bien vite, il va grimper les échelons et devenir le trésorier de tous les casinos de son patron. C'est alors qu'une idée va germer en lui. Celle de braquer un dépôt de la Brinks. Il va dérober avec l'aide d'un seul complice, armés de pistolets factices, la somme de sept millions quatre cent mille dollars.

Mais une telle somme devient un fardeau dès lors qu'on doit la cacher sans l'utiliser, même si la police et le FBI ne parviennent pas à en retrouver la trace. Chaque instant a des accents de menace et la récompense de la Brinks, faramineuse, alimente la paranoïa.

Pourtant, les choses se tassent peu à peu malgré la présence obsédante de l'argent, et Millar ouvre une boutique consacrée aux comics. C'est alors que tout dégénère. Le FBI est prévenu par un indicateur, et les recherches reprennent pour finalement aboutir à l'arrestation des voleurs.

S'ensuit un procès où la stratégie est plus importante que les faits, lors duquel les preuves de la culpabilité de Millar et ses complices sont écartées pour vice de procédure. Ne reste pour l'auteur que la condamnation pour clandestinité, qu'il va purger dans son pays natal.



Ce roman se termine sur une ambiguïté qui résume à elle seule l'histoire. À sa sortie de prison, l'argent a disparu, prétendument dilapidé par la personne qui en avait la garde. Mais on ne peut s'empêcher de se demander si c'est bien la vérité ou si au contraire Millar est désormais secrètement riche. Et il en est de même pour tout le récit.

En effet, une des caractéristiques de ce texte est d'être exempt de tout manichéisme, au point qu'on en vient à soupçonner l'auteur d'avoir voulu relativiser ses fautes. Quoi qu'il en soit, tout semble s'organiser de façon logique et naturelle. Une marche protestataire mène en prison, la clandestinité conduit au vol, puis de nouveau en prison. Mais jamais l'auteur ne se décrit comme une victime ni comme une personne au comportement maléfique.

Dès lors, la question demeure. Millar nous livre-t-il une version officielle expurgée de sa vie, ou est il réellement un homme élevé par un contexte historique aux valeurs biaisées, attachant, sympathique, parfois naïf mais toujours rebelle ?


Julien, AS édition-librairie 2012-2013

 

 


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