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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 07:00

oh-les-beaux-jours-Marc-Paquien-aff.jpg

Samuel BECKETT
Oh les beaux jours
Mise en scène de Marc Paquien
avec Catherine Frot et Pierre Banderet
Théâtre de la Madeleine
19 rue de Surène, Paris
du 20 janvier au 29 mars


Tout ce que je vais vous raconter à propos des Beaux Jours – le peu que je vais vous raconter – je l’ai appris après la représentation. On est arrivés un peu en retard à la Madeleine, un quart d’heure, l’ouvreuse nous a placés sur les strapontins de punition. Ensuite, j’ai perdu la notion du temps. Un peu abrutie par les vapeurs de marc de gewurztraminer  de chez Lipp, j’ai vu Catherine Frot – je pensais que je la détestais – s’enfoncer peu à peu dans une sorte d’huître géante qui faisait corps avec la scène, jusqu’à disparaître complètement  sous les couches noires et ondulantes du monstrueux monticule. Derrière cette installation, en « fond d’écran », la photographie non moins désolée d’une plage déserte, éclairée par un soleil déclinant et que l’on imaginait volontiers mazoutée. Plaquée sur ce décor terrifiant, la voix de Winnie, plainte quasi monologuée qui a bercé mon hypnose de bout en bout, ininterrompue. Je n’ai rien gardé du texte, et ça ne me frustre pas. Le metteur en scène parle de cette musique de la pièce, et j’ai la certitude de l’avoir entendue. J’ai quand même récupéré le livret : c’est une femme, Winnie, et un homme qui pourrait être son mari, Willie. Willie est presque catatonique et Winnie tente de nourrir la conversation, mais elle s’enlise, délire, et perd la faculté de se projeter dans l’univers de l’autre, la seule façon de communiquer. Elle abreuve donc Willie de paroles décousues et vides de sens qui ne tirent au pauvre homme que quelques grognements, et c’est le chant de cette angoisse qui appelle à l’aide que Beckett a réussi à composer avec les mots les plus triviaux. C’est une sorte de poésie qui parvient à montrer sans dire, la forme d’écriture la plus aboutie – n’est-ce pas ? Cette pièce qui devrait remporter l’adhésion générale est tout de même controversée sur un point : Winnie est-elle une héroïne tragique ou comique ? Les nietzschéens diront : « l’homme social rit de tout, surtout du pire », et ils prendront cela pour une forme d’empathie dont il faudrait se féliciter. D’autres, la majorité, pencheront pour un mélange. Je pense que ça ne peut pas exister. La pièce est douloureuse au dernier degré, comme seuls peuvent l’être ces chefs-d’œuvre.

Oh_les_beaux_jours_marc-paquien.jpg

 

 

Cyrielle, 2e année Éd-Lib.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Cyrielle - dans théâtre
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