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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 07:00

Sei Shonagon Notes de chevet 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sei Shōnagon

清少納言
Notes de chevet

枕草子
Traduction et commentaires
par André Beaujard
Gallimard/Unesco
Connaissance de l’Orient, 1960.

 

 

 

 

 

 

 

 




Quelques éléments historiques, culturels

Sei Shōnagon était une dame d'honneur de la cour impériale japonaise au début du XIe siècle, c'est-à-dire sous la Dynastie Heian (794-1183). Cette période est caractérisée par le nombre très réduit de conflits internes et externes.

Autour des différents empereurs de la cour de Kyoto, des impératrices et de leurs concubines se trouvait une foule de courtisans et de dames qui avaient des préoccupations d'ordre plus esthétique que politique. L'une des activités favorites de ces gentilshommes et dames était l'apprentissage, la création et la copie, sous forme de missives, de petits poèmes. Chaque poème ayant plusieurs significations, il a été inventé tout un système de jeux sur les doubles sens, les sous-entendus. Il était cependant nécessaire d'avoir reçu les différentes clés de compréhension pour en saisir le sens désiré par l’émetteur. Une grande importance était également portée à la nature, à la musique et aux arts, ainsi qu'aux raffinements vestimentaires (chaque vêtement devant parfaitement s'accorder avec les autres et suivre les couleurs des différentes saisons par exemple).

De nombreux historiens se sont questionnés sur la place de la femme au sein de la cour sous la dynastie Heian. La réponse ne semble pas être simple que cela. Cependant, parmi tous les avis émis, quelques points se recoupent. Tout d'abord, la femme avait sûrement un rôle important mais pas au point de briser l'image que l'on a de l'ancien Japon, c'est-à-dire du noble chevalier adorant sa dame. Enfin, les femmes de la cour étaient plus courtisées pour leur beauté et leurs différents talents artistiques que pour leur capacité à faciliter une ascension sociale.

Il est également important de noter que la littérature de la fin du Xe siècle et du début du XIe siècle est essentiellement une littérature féminine. Les hommes écrivant essentiellement en chinois, les femmes s’essayèrent à écrire en japonais, ce qui leur laissait donc un champ d'expression plus large.

Les femmes écrivaient leur journal (nikki) où elles racontaient leur vie de femme, d'amante, de mère... ou des anecdotes de voyage.




Sei ShonagonSei Shōnagon

Sei Shōnagon était une des dames de l'impératrice Sadako, épouse de l'empereur Ichijo, qu'elle suivit de 990 environ jusqu'à la mort de l'impératrice vers l'an 1000.

Le nom de Sei Shōnagon est en réalité un surnom. Il s'agissait d'une tradition de la cour de Kyoto d'attribuer un nouveau nom aux dames arrivant au palais. Sei pourrait se rapprocher d'un idéogramme chinois signifiant la pureté.

La famille de Sei Shōnagon était une des très nombreuses branches de la famille impériale dont de nombreux membres ont participé à l'élaboration de grands textes comme le Nihongi (Annales du Japon) qui se présente sous la forme d'un recueil de chroniques. Le père et le grand-père de Sei Shōnagon étaient eux-mêmes poètes. Elle fut donc instruite dans une famille où la littérature avait une très grande importance.

Cependant, à part les éléments que l'on peut trouver dans Notes de chevet, nous avons peu de renseignements sur la vie de Sei Shōnagon. On ignore ce qu'elle est devenue après la mort de l'impératrice et l'on ignore également la date de sa mort. Sa mort, telle que relatée par plusieurs auteurs, relève plus de la légende que d'une potentielle réalité.



L’œuvre

Le choix du titre originel de Notes de chevet, Makura no Soshi, est expliqué à la fin de l'ouvrage. L'impératrice donna à Sei Shōnagon une grosse liasse de papier en lui demandant ce qu'elle pourrait bien y écrire. Sei Shonagon lui répondit qu'elle en ferait un « makura », c'est à dire un petit support qui soutient la nuque des femmes quand elles dorment pour ne pas abîmer leur coiffure. Cette réponse est en fait une allusion au fait que Sei Shōnagon utilisera ces papiers pour y écrire ses impressions et y faire ses listes. C'est pour cela qu'il est souvent traduit par Notes de l'oreiller.

Le terme soshi a été traduit en français par « notes » mais il s'agit au Japon d'un genre littéraire à part entière. Les soshi sont des écrits intimes, tout comme les nikki mais à la différence que la temporalité n'y est pas respectée et qu'il n'y a pas de structure définie. Les réflexions et anecdotes y sont écrites suivant le fil des idées de l'auteur. C'est le cas des Notes de chevet : des sujets très divers se succèdent sans aucun point les liant.

   Tsurezure Gusa première page
Cependant, même si les sujets abordés sont très variés, on peut repérer trois formes différentes :

  • les listes : insectes, fleuves, montagnes, fleurs... ainsi que de nombreuses listes concernant les choses plaisantes, les choses déplaisantes, les choses qui éveillent un sentiment particulier...
  •  les anecdotes, souvenirs et historiettes : il peut s'agir d’événements dont elle entend parler ou qu'elle a vécus, mais également de contes et légendes taoïstes ou bouddhistes.
  • des tableaux de la vie japonaise de l'époque : le cortège de l'empereur ou de l’impératrice, les cérémonies religieuses, les enfants qui jouent, les paysans travaillant aux champs, un oiseau posé dans le jardin...


Chacune de ces catégories peut contenir des avis personnels sur les différents sujets abordés. Ces réflexions nous permettent de mieux connaître la personnalité de Sei Shōnagon qui a pratiquement un avis sur tout et ne se laisse pas abuser. Les développements sont de longueur très variable, de quelques lignes à deux pages. Chaque liste a un nom lui correspondant.

Sei Shōnagon fait également de nombreux portraits physiques et moraux. De nombreuses catégories de personnes sont décriées, notamment les femmes jalouses, les mauvais amants, les personnes de haut rang sans répartie et les exorcistes. Elle n'hésite pas à citer des noms de ses contemporains ; c'est l'impératrice qu'elle cite le plus souvent. On sent un véritable attachement entre ces deux personnes, notamment via les anecdotes et les petits poèmes qu'elles s'envoient l'une l'autre et dont Sei Shōnagon s'applique à recopier certains.

De plus, Sei Shōnagon accorde une très grande importance à décrire les tenues vestimentaires en détail, les tissus, leur superposition et le choix de ceux-ci.

Cependant, en ce qui concerne sa propre vie sentimentale, Sei Shōnagon ne raconte que très peu de choses. Elle reste très prudente et déplore à plusieurs reprises que cet ouvrage ne soit pas destiné à être lu par d'autres personnes qu'elle. Malgré cela, elle mentionne le fait que certains étaient au courant de l'existence de ses « notes ».



Sei Shōnagon nous parle de ses notes grâce à une association d'idées lorsqu'elle dresse la liste des « choses qui ne sont bonnes à rien » :

« Je dis là des choses bien mauvaises, mais je ne dois pas m’arrêter en pensant que les gens sont d'accord pour trouver cela désagréable. Pourquoi encore, ne parlerais-je pas ici des bâtonnets dont on se sert pour attiser les feux qu'on allume après la fête des âmes ? Ce ne sont pas des choses qui n'existent point, et tout le monde les connaît sans doute.

A la vérité, tout cela ne devrait être ni écrit ni montré ; mais je ne pensais pas que personne dût voir ces notes, et je les ai rédigées en me proposant d'y mette absolument tout ce qui me viendrait à l'esprit, même les choses étranges, même les choses déplaisantes. »



Dans le dernier paragraphe de l'ouvrage, Sei Shōnagon nous raconte comment ses écrits ont été découverts :

« À l'époque où le Capitaine de la garde du corps, de gauche, était encore gouverneur d'Ise, il vint me voir à la campagne. Je voulus lui offrir une natte que j’aperçus près du bord de la véranda ; mais mon cahier se trouvait justement posé sur cette natte, et je l'attirai avec elle. Hors de moi, j'eus beau me précipiter pour le saisir ; Tsunefusa le prit et l'emporta sur-le-champ ; il me le rendit seulement beaucoup plus tard. C'est , je pense, à la suite de cet accident que débuta la carrière de mon livre. »



Mon avis personnel

J'ai beaucoup aimé lire cet ouvrage. Il me semble très intéressant pour découvrir la culture et le mode de pensée de la haute aristocratie du Japon ancien, et encore plus lorsqu'il s'agit du point de vue d'une femme.

J'ai été surprise par cette importance accordée aux jeux sur les mots et les conséquences qu'ils pouvaient avoir. Je n'ai pas pu m’empêcher de faire un parallèle avec l'aristocratie française du XVIIe siècle. Penser que ces ressemblances sont si frappantes dans deux continents différents à sept siècles d’écart m’amuse quelque peu.

Je conseille cependant à ceux qui souhaitent lire cet ouvrage de ne pas le lire de façon « classique », c'est-à-dire du début jusqu'à la fin. Mieux vaut peut être le lire de façon plus fragmentaire : choisir une page au hasard puis lire celles qui suivent, s’arrêter et recommencer l'opération !


Pour approfondir : Sei Shonagon, son temps et son œuvre publié par G.-P. Maisonneuve en 1934.


Margot, 2e année Bib.

 

 

Sei Shōnagon sur Littexpress

 

Sei Shonagon Notes de chevet

 

 

 

Article de Fanny sur Notes de chevet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voir également l'article de Lise sur les Petits Traités de Pascal Quignard.

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