Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 07:00

Seoul-vite-vite.gif





 

 

 

 

 

Séoul, vite, vite !
Anthologie de nouvelles coréennes contemporaines
traduites par Kim Jeong-yeon
et Suzanne Salinas
Philippe Picquier, 2012



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le recueil de nouvelles Séoul, vite, vite ! a été publié en 2012 aux Éditions Philippe Picquier. La maison d'édition, créée en 1986, est spécialisée dans les livres d'Extrême-Orient. Au début, elle ne publiait que des ouvrages venant de Chine, Japon et Inde, mais avec le temps et l'expérience elle s'est ouverte à d’autres pays comme le Vietnam ou la Corée. La politique de la maison est que « l'Asie est suffisamment vaste pour qu'on ne s'occupe que d'elle.» Elle ne publie pas seulement les romans des grands écrivains de ces pays mais aussi des livres d'art, des livres jeunesse, des essais, des mangas, des contes et légendes d'Asie. Elle a pour ambition de faire découvrir toutes ces cultures qu'on connaît peu.



L'optique du recueil

Le recueil regroupe huit nouvelles d'auteurs coréens contemporains nés entre 1963 et 1980 . Tous sont très connus en Corée car ils ont obtenu des prix littéraires pour leurs œuvres. La littérature coréenne et le style de sa nouvelle génération d'auteurs sont marqués par un fort changement de mentalité qui a eu lieu dans les années 1990. En effet, la décennie précédente a été marquée par le post-colonialisme, la guerre, la dictature. Suite à la croissance économique, la Corée a connu la démocratie, la consommation, l'information, tout cela favorisant l'individualisme. Ce sont ces événements qui ont inspiré une nouvelle vision du monde. C'est un moment où la société s'est transformée et qui, par conséquent, a entraîné la disparition de la société précédente, laissant derrière elle des fantômes. C'est ce que le titre Séoul, vite, vite ! tente de refléter : une ville-tourbillon détruisant tout sur son passage et entraînant des changements, symboles de réussite ou de désorganisation. Face à ces changements, un sentiment nouveau s'impose aux Coréens, la peur de la perte des anciens repères. Cette angoisse est suivie de moult questions même si l'unique finalité est l'acceptation de cette réalité. On retrouve donc tout au long de l'oeuvre cette peur, ce questionnement et le mélange entre imagination, passé et présent.



Présentation des différentes nouvelles

« Cours, papa ! », Kim Ae-ran. Cette nouvelle relate l'histoire d'une jeune fille réduite à imaginer le père qu'elle n'a jamais connu. Dans un quartier pauvre de la capitale, son père avait accueilli dans son logement sa mère qui venait de quitter le domicile familial. Après plusieurs jours, elle finit par céder à son compagnon à la condition qu'il se procure sur le champ un moyen de contraception. C'est toujours en fuite que l'imagine plus tard sa propre fille abandonnée, la course pour trouver un contraceptif puis pour échapper à la grossesse. L'auteur mêle ton dérisoire et humour noir pour épargner toute souffrance à son personnage. Elle adopte le point de vue narratif d'une enfant et d'une génération qui a donné naissance à une autre sans être capable de se prendre elle-même en charge. La venue d'enfants confère le statut d'adulte et l'entrée dans la société alors même que ces individus ne sont pas prêts. L'auteur met en avant tous les Coréens nés à la fin du XXe siècle et qui sont en train de se chercher.


La seconde nouvelle, « Le déménagement », de Kim Young-ha raconte les événements survenus le jour du déménagement d'un jeune couple et notamment toutes les mésaventures qui s'ensuivent. Le déménagement repose en principe sur des relations contractuelles rationnelles mais ici donne lieu à des actes violents, des menaces inquiétantes et à des comportements irrationnels. Cette nouvelle est l'idée pessimiste que les sociétés d'aujourd'hui sont incapables de surmonter les catastrophes naturelles imprévues. L'homme est réduit au statut de spectateur passif.


« Quand viendra l'heure ? » de Shin Kyung-sook relate la rencontre de deux personnes qui se retrouvent au bord d'un ruisseau où remontent les saumons, là où ont été dispersées les cendres d'une ancienne comédienne de théâtre qui s'était suicidée. Nous sommes face à trois récits différents, l'action réelle, les pensées de la narratrice – soeur de la défunte – et la lecture d'un journal intime qui décrit les dernières pensées de la comédienne. On se retrouve face à des individus solitaires broyés par la société. Une multitude d'interrogations s'impose à nous, celle des deux individus sur leurs erreurs, leurs responsabilités, qui tentent de trouver une réponse face à la perte d'un être cher.


Dans « Au grand magasin Sampung » de Jeong Yi-hyun, les désastres sont le produit d'une croissance trop rapide et qui a laissé des failles derrière elle. Une jeune femme se rend au magasin de Sampung lorsque se produit, en 1995, l'effondrement de ce magasin. Cette femme est représentative de la société de consommation puisqu'elle pense que la valeur de l'être se mesure à ses biens. L'auteur critique les désirs de l'homme contemporain. Elle montre également que les ravages sont graves mais leur issue est encore plus désastreuse puisque les individus reprennent leur vie sans s'en soucier.


« Une bibliothèque d'instruments » de Kim Jung-hyuk démarre sur une phrase : il ne serait pas juste de mourir sans avoir rien été. C'est la révélation d'un homme qui a un accident de la route. Il décide alors de tout quitter pour faire quelque chose de sa vie. C'est par la musique qu'il va se chercher. Il se découvre une vie en s'isolant de la société. L'auteur met en avant une nouvelle philosophie, celle de se construire soi-même et pour ne pas s'exposer aux souffrances, de ne faire subir aucune contrainte à l'autre. Cependant, cette philosophie est uniquement applicable hors de la société, seul l'art nous permet de créer nos propres règles.


« J'ai acheté des ballons », Jo Kyung-ran. Dans la nouvelle, la narratrice âgée de 37 ans semble vivre une vie par procuration où la philosophie de Nietzsche est une boîte à réponses à toutes les questions qu’elle peut se poser. Du moins, jusqu’à sa rencontre avec J. pour qui la philosophie de Nietzsche semble faire défaut. L'auteur montre que le plus important c'est d'être en vie et qu'il faut se battre pour rester en vie. La nouvelle génération de Coréens est perdue dans la quête d'une identité sociale. Le style de Jo Kyung-ran est très philosophique et élégant, la lecture reste cependant fluide et poétique.


La nouvelle « La forêt de l'existence » de Jeon Seong-tae est la plus représentative de cette peur de la disparition. C'est l'histoire d'un humoriste raté qui s'en va vivre dans un village perdu au fond d'une vallée pour y glaner les histoires entendues et les contes de vieilles femmes. Ce retour au sources nous laisse perplexe car la frontière entre imaginaire et réalité semble imperceptible. L'auteur nous perd dans un monde qui a existé et, qui existe encore si on désire l'écouter comme on écoute le bruit du vent.


« Une autobiographie féminine » de Kim In-sook décrit l'isolement auquel se condamne la rédactrice de l'autobiographie d'un brillant homme d'affaires. Nous sommes de nouveau face à des questionnements. Le travail de nègre nous apparaît dans tout son ampleur et avec toutes ses ambiguïtés, comme être objectif et en même temps mettre en valeur la personnalité, ou encore s'affirmer dans un style d'écriture propre tout en sachant qu'il faut s'adapter à la façon de s'exprimer de la personnalité pour qui on travaille. Cependant, l'auteur montre que cette écriture est aussi un moyen de se protéger du monde extérieur, puisque l'auteur ne sera jamais reconnu comme tel. Kim In-sook évoque les vies écrasées par la société ; l'individu cherche donc tous les moyens possibles pour s'en protéger, et montre que s'affirmer en tant qu'individu relève d'un combat acharné.


Chloé, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Chloé - dans Nouvelle
commenter cet article

commentaires

Recherche

Archives