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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 07:00

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Sergi PÀMIES
On ne peut pas s’étouffer avec des vermicelles
Nouvelles traduites du catalan
par Edmond Raillard
J acqueline Chambon/Le Rouergue
collection « Nouvelles du monde », 2003

 

 

 

 

 

 

Première publication, en catalan, sous le titre Infecció en 1986.

Première publication en français aux éditions Jacqueline Chambon sous le titre Infection, en 1989.

Ce recueil de nouvelles est le quatrième ouvrage de la collection Nouvelles du Monde, coéditée par Jacqueline Chambon et Le Rouergue.

 
 
Biographie
 
Ses parents, une écrivain et un homme politique, sont d’origine catalane. Très engagés politiquement au sein du parti communiste espagnol, ils s’exilent à la fin de la guerre d'Espagne (1936 - 1939) lorsque Franco prend le pouvoir. Sergi Pàmies naît le 26 janvier 1960, à Paris. Il grandit à Gennevilliers, en région parisienne, jusqu’à ses 11 ans. En juillet 1971, il suit ses parents qui vont s’installer à Barcelone.
 
Francophone de naissance, il choisit pourtant le catalan comme langue de prédilection. Pour expliquer cela, il raconte que lorsqu’il est arrivé à Barcelone en 1971, des complications administratives l’ont obligé à aller dans une école où l’enseignement se faisait en catalan. En fait, la directrice était une amie de sa mère. Il a donc dû très vite s’adapter à cette nouvelle langue. À l’adolescence, alors qu’il souhaite écrire des poèmes pour une des filles de sa classe, il se met à lire les œuvres de poètes catalans pour les plagier. C’est donc « pour parler aux filles », selon ses propres mots, qu’il cherche à perfectionner sa pratique du catalan. Cette langue s’est ensuite imposée comme sa langue d’écrivain.

Polyvalent, il est à la fois écrivain, journaliste (pour El País entre autres), critique de radio et de télévision, et traducteur du français en langue catalane et espagnole. À son actif, quelques romans d’Amélie Nothomb (Stupeur et Tremblements), de Jean-Philippe Toussaint, des poésies d’Apollinaire, pour ne citer qu’eux. Concernant sa vocation littéraire, elle remonte selon ses dires à son service militaire, lorsqu’il écrivait la correspondance amoureuse de certains de ses camarades illettrés. Parmi ses influences littéraires, il revendique surtout des livres courts tels ceux de Quim Monzó, Jean Echenoz,  Julio Cortázar, mais aussi John Irving… et plus largement le football, la publicité et la musique. Ces formes courtes l’auraient prédisposé à l’écriture de nouvelles. Enfin, disons que toutes ses œuvres ont été traduites en français et en espagnol.

 
 

 

La construction des nouvelles

On ne peut pas s’étouffer avec des vermicelles est un recueil de treize nouvelles composé par l’auteur ; on constate une véritable unité dans la construction des nouvelles, et dans les thèmes abordés.

L’auteur part de choses banales, de la vie de tous les jours, puis introduit au sein du récit un élément ou événement hors du commun, transition soudaine et inattendue qui fait basculer la vie ordinaire dans l’absurdité. Par exemple, un auteur qui n’arrive pas à écrire, s‘avère en fait touché par une sorte de malédiction qui le force à dessiner ce qu’il voulait écrire (« L’Âme de la rascasse »). De même, en s’occupant des plantes d’une amie qui part en voyage, une jeune femme fait la « connaissance » d’une plante qui grandit quand on lui ment (« La Plante »), etc. Dans certaines nouvelles, cet élément est introduit dès le début. Par exemple, un monsieur qui s’appelle Nogués reçoit une lettre lui annonçant que tous les gens portant ce patronyme sont invités à se réunir au village de Nogués (« Garçons »). Ou bien un gnou entre dans un bar, tandis que les clients font semblant de ne pas être étonnés (« Le Gnou »). Dans tous les cas, les personnages doivent composer avec l’absurdité, et parfois la cruauté du monde qui les entoure.

Dans plusieurs nouvelles, on constate la répétition d’une situation qui s’est déjà déroulée, en amont, dans le récit. Cette reproduction, située le plus souvent à la fin du récit, est valable soit pour la même personne (« Verticale », « Au niveau des croissants »), soit via une tierce personne (« Garçons », « Formation professionnelle », « Montagne russe », « On ne peut pas s’étouffer avec des vermicelles »).

Concernant la fin des nouvelles, il y a plusieurs possibilités : soit un enchaînement de situations, comme dans tout récit, menant à un arrêt brutal et souvent définitif – l’auteur semble aller jusqu’au bout de son idée, l’épuiser afin d’en éprouver les conséquences les plus extrêmes –, soit une fin qui laisse penser au lecteur que l’histoire continue pour le protagoniste. Quoi qu’il en soit la fin est souvent inattendue.

 Quant au rythme de la narration, il peut être assez lent, comme plutôt soutenu.

 Tous ces éléments ne sont que quelques grandes lignes de la construction des nouvelles du recueil. En pratique, plusieurs caractéristiques sont réunies au sein d’une même nouvelle. Il n’y en a pas deux construites sur le même schéma. Mais en même temps, on décèle une certaine unité entre les nouvelles puisqu’on retrouve le style de l’auteur tout au long du recueil, ne serait-ce que par l’absurdité des événements qui s’y déroulent. Chacune à leur manière, toutes les nouvelles sont plus inattendues, étonnantes ou dérangeantes les unes que les autres.

 
 
« L’âme de la rascasse »

Cette nouvelle nous raconte l’histoire d’un écrivain confronté au problème de la page blanche, ou plutôt de la page remplie de dessins : « Chaque fois qu’il essaie d’écrire, il dessine. […] Le problème, c‘est qu’il veut écrire, et que jusqu’à présent il ne savait pas dessiner ». Cette situation est d’autant plus absurde qu’il a déjà publié trois livres. Personne n’est au courant de cette situation, pas même sa femme.

Au début, il déchire systématiquement ses dessins, puis un jour il décide de les conserver.

Ses dessins ressemblent de plus en plus à ce qu’il voulait écrire. Par exemple, alors qu’il voulait écrire une histoire basée sur un frigo, il se met à dessiner de la nourriture. Au début cela lui paraît seulement inexplicable puis devient une véritable obsession : il veut comprendre ce qui lui arrive. Il fait tout pour essayer de résoudre ce mystère et continuer son livre : il essaye de taper son texte directement à la machine sans passer par un brouillon manuscrit, mais c’est le visage d’une jeune femme qui apparaît sur la page ; il essaye de s’enregistrer mais lors de l’écoute de la cassette il n’entend que des grognements.

Il décide alors d’en parler à sa femme. Elle ne le croit pas jusqu’à ce qu’il lui montre les dessins. Elle est alors impressionnée par ce qu’elle voit.

Il finit par accepter son sort, et loue un atelier où il passe ses journées à dessiner sur de grandes toiles. Le processus de création reste le même :

« […] il imagine une histoire à écrire, mais il dessine une version approximative de ce qu’il avait pensé. Le résultat est excellent, surtout pour les autres ».

Il n’est tout de même pas satisfait de son sort, bien qu’il l’accepte. Son éditeur finit par se reconvertir en marchand d’art. Ensemble ils montent plusieurs expositions. Sa femme est ravie de toutes les mondanités liées à la nouvelle situation de son mari mais lui n’est pas du tout à l’aise dans ce monde. Au bout de quelques mois il est reconnu et adulé par le public et par ses confrères. Il doit se documenter pour ne pas avouer qu’il n’y connaît rien, et surtout qu’il est victime d’une sorte de malédiction qui le pousse à peindre alors qu’il voudrait écrire : « ces tableaux sont le résultat d’un complot diabolique » ; son éditeur parle du « mystère de la main ensorcelée », et sa femme évoque une « main folle ». Son éditeur et sa femme ne croient pas à cette histoire de malédiction, ils pensent que c’est lui qui a tout inventé et qu’il se remettra à écrire quand il en aura assez. La nuit, il essaie d’écrire en usant de tous les subterfuges possibles, mais rien n’y fait. Il espère secrètement que cette malédiction cessera d’elle-même.

Puis vient l’inauguration de la façade de la gare, que la mairie lui avait demandé de peindre. Il n’aime pas toute cette agitation autour de sa personne, il n’aime pas être médiatisé. « L’éditeur [devient] (de plus en plus marchand) […] [et] Le marchand (de moins en moins éditeur) ». Profitant de la confusion, l’écrivain-peintre entre dans la gare. Il s’amuse à faire des glissades, vole un paquet de bonbons… Lorsqu’il aperçoit sa femme et son éditeur-marchand d’art venant à sa recherche dans la gare… Je vous laisse découvrir la chute par vous-même, si vous le souhaitez !

 

« Objectif »

Cette nouvelle se déroule lors de la fête d’anniversaire des cent ans d’un vieux monsieur prénommé Lester. Celui-ci a réuni toute sa famille à cette occasion afin de faire une grande photo de famille. Un de ses petits-fils va se retrouver au centre des événements, bien malgré lui. Le récit alterne entre ces deux personnages : on suit leur histoire en parallèle. Après le repas de famille, Lester s’enferme dans sa chambre et, tout en regardant les invités par la fenêtre, fait une sorte de bilan de sa vie :

 

« Parmi ceux qui étaient là quand il est né, pas un survivant. Comme les fruits d’un arbre, ils sont tous tombés les uns après les autres : trop mûrs, ou trop pourris ».

 

Le narrateur introduit alors le personnage du petit-fils de Lester, un jeune homme dont on ne connaîtra jamais le prénom. Il pense que son grand-père est totalement gâteux, et que la vieillesse rend sénile :

 

« […] quand on a cent ans, les visages se mélangent et les noms s’entassent, comme dans une assiette de spaghetti, quand on veut en attraper un et qu’il en vient des dizaines ».

 

Après le repas, lui aussi entre dans la maison, mais pour se cacher le temps que la photo soit prise. Il ne veut pas être sur la photo, il est trop timide pour cela. Puis une jeune femme entre dans la pièce où il se trouve. Elle aussi est timide et ne souhaite pas apparaître sur la photo. Ils discutent de leur timidité respective.

Pendant ce temps ont lieu les préparatifs pour la photo. Lester assiste à un étrange ballet d’échange de vêtements orchestré par le photographe, puisqu’il semble que les blonds ne doivent pas porter de vêtements clairs, ni les bruns de vêtements foncés ! C’est pour lui l’occasion de dire qu’il comprend de moins en moins la société. En effet, le photographe leur demande d’avoir l’air naturel mais pour lui,

 

« […] il s’agit de feindre un comportement normal, comme s’il était tout à fait habituel de se faire prendre en photo avec cinquante personnes sous un arbre millénaire ».

 

 Une fois les photos prises, les invités se rendent leurs vestes respectives avant de se dire au revoir.

Puis il y a une ellipse dans la narration, et nous arrivons au moment où Lester reçoit les photos de chez le photographe. Il est au centre, sous le grand arbre du jardin. Il ne reconnaît pas grand monde même s’il sait qu’ils sont tous de sa famille. On apprend alors la raison d’être de cette photo : Lester va s’en servir pour choisir son héritier. Il l’accroche au mur, ouvre le tiroir de son bureau, prend une fléchette, s’éloigne de quelques pas et vise la photographie : le visage sur lequel elle se plantera sera celui de son héritier.

C’est au tour du jeune homme de recevoir la photographie. Il découvre alors avec stupeur qu’il apparaît sur cette photo, au premier rang, à côté de la fille qui s’était cachée au même endroit que lui. Ils n’étaient pourtant pas présents sous l’arbre lorsque le photographe a appuyé sur le déclencheur. Ce mystère restera inexpliqué.

On revient ensuite vers Lester. Il a visé et la flèche s’est plantée sur le visage d’un jeune homme assis au premier rang (autrement dit son petit-fils). Il ne sait pas qui c’est mais accepte le résultat et prend rendez-vous avec son notaire afin de rédiger son testament.

Quant au jeune homme, il pense que c’est la jeune femme qui a truqué la photo. Il lui en veut et ne décroche pas le téléphone quand il sonne, de peur que ce soit elle qui appelle. Lorsque le facteur lui remet une lettre d’une étude de notaire de la ville, il croit que c’est une autre plaisanterie de la jeune femme… Je vous laisse découvrir la chute par vous-même si vous le souhaitez  !

 
Delphine C., 1ère année bibliothèques-médiathèques 2012-2013.

 

 

 

 

 

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Published by Delphine - dans Nouvelle
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