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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 15:00

MGUEYE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sérigne M. GUEYE

Les Derniers de la rue Ponty

Naïve, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parfois, un livre, c’est avant tout un voyage, des phrases qui s’alignent et nous font ressentir l’émoi de l’aventure et des vacances. C’est cette envie d’ailleurs qui m’a incitée à lire Les Derniers de la rue Ponty, envie de Sénégal, de plage et de soleil. Les premières pages ont rempli cette promesse : on atterrit à Dakar avec Gabriel, personnage central du roman, qui nous décrit ce qu’il voit. Les touristes français qui débarquent et se sentent déjà supérieurs, les jeunes Sénégalais vivant en France et maintenant déconnectés de la réalité de leur pays d’origine, la chaleur, le taxi qui longe l’océan.


Très vite, alors qu’on fait connaissance avec Gabriel, les vacances s’éloignent, remplacées par la vie quotidienne. Gabriel est un ange, envoyé par Dieu. Égaré, il prend rendez-vous avec un marabout : celui-ci lui expliquera qu’il lui faut sauver deux femmes pour atteindre le salut de son âme, car « sauver une femme, c’est sauver l’humanité ». Gabriel se met alors en quête de ces deux femmes isolées. Quand son chemin croise celui de Salie, belle jeune Sénégalaise qui rêve de France, et celui d’Emma, ancienne médecin approchant la quarantaine plongée dans une mélancolie alcoolique, c’est une évidence : ce seront elles, « ses » deux femmes. Il lui faudra alors les approcher, apprendre à les connaître, comprendre comment les aider.


L’histoire de Gabriel avec Salie et Emma est entrecoupée de photographies de la vie contemporaine à Dakar. La jeune génération dakaroise sort en boîte de nuit, flirte, s’amuse. Des enfants orphelins dorment dans la rue, la main tendue. Les dîners mondains célébrant la philanthropie des hôtes. Ces pages sont précieuses, elles ressemblent à un état des lieux du Sénégal d’aujourd’hui, plein de joie de vivre et de détresse tout à la fois. L’image d’Épinal du Sénégal-lac Rose s’éloigne au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture.


On découvre également, dans ce roman, l’histoire d’Alioume, séducteur, qui économise depuis trois ans pour émigrer illégalement, et celle de Miyidima, jeune fille qui essaie de s’en sortir comme elle peut. Ces deux-là se rencontrent et s’aiment et semblent incarner plus que Salie et Emma la jeunesse sénégalaise des années 2000. Entre désillusion et espoirs fous, coup de foudre et déception, leur destin va pourtant venir à la rencontre de celui des protégées de Gabriel.


Cette fresque du Sénégal est écrite par un Français né d’une mère belge et d’un père sénégalais. Il s’est fait connaître en France et au Sénégal par ses talents de rappeur : plus connu sous le nom de Disiz la Peste, il a en effet signé quatre albums solo entre 2000 et 2009. Il a abandonné il y a peu son pseudonyme en sortant quelques cassettes sous son nom de naissance au Sénégal.


De son parcours de rappeur, il a gardé un sens de la formule et du rythme qui rend la lecture de ce premier roman particulièrement savoureuse. Classique, douce, la langue travaillée contribue à un ensemble harmonieux. La narration atypique (première personne, troisième personne, narrateur omniscient) renforce l’ambiance unique du livre.


Avec ce roman, j’ai eu l’impression d’être à Dakar, de retrouver les souvenirs racontés de ma famille qui y a vécu si longtemps. Cette danse, parfois désespérée, qui ne s’arrête pas. Loin des guerres et des angoisses géopolitiques, le Sénégal est avant tout un pays en mouvement, une âme bien en vie. Quant à celle de Gabriel, je vous en laisse la surprise…

« Assis sur cette chaise, les coudes sur cette table décorée de fleurs décapitées, j’assiste avec désarroi à cette nocturne mascarade. Qu’est-ce que je fabrique ici, au milieu de ces gens ? Qu’est-ce qui vous anime pour vous réunir dans ce genre de gala ? Qu’est-ce que nous célébrons ? Notre gentillesse ? C’est en l’honneur de notre générosité que nous nous rassemblons ? Que nous avons mis nos plus beaux habits et habillé notre conscience des plus belles intentions ? Même nos cœurs font de la chirurgie esthétique. Notre bonté a du collagène dans les flancs. On veut paraître bon comme on veut paraître beau. Combien sommes-nous prêts à donner pour ça ? Beaucoup ! Ne nous inquiétons pas, nous avons de bons chirurgiens éthiques. Tout va bien, nous n’y sommes pour rien. »

Note : Sérigne M. Gueye sera présent à la 8e édition de l’Escale du livre (Bordeaux), les 9, 10 et 11 avril 2010 quartier Sainte-Croix.


Le site de Sérigne M. Gueye :
http://www.disiztheend.com/

Stéphanie Khoury, 2A Édition/librairie


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