Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 07:00

SEUMAS-O-KELLY-LA-TOMBE-DU-TISSERAND.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seumas O'KELLY
La Tombe du tisserand
traduit de l’anglais
par C. Joseph-Trividic et J.-C. Loreau
Première édition inconnue, dans les années 1920
dernière édition en 2009,  Attila




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Considéré comme le plus grand nouvelliste irlandais, couvert d’éloges de son vivant, Seumas O’Kelly (né en 1881) est mort assassiné en 1918 dans le journal indépendantiste qu’il dirigeait. Fils de commerçants, originaire de Loughran, dans le comté de Galway (région riche en vestiges de châteaux et d’édifices religieux), membre du Sinn Fein, il a écrit de nombreux recueils de nouvelles (Waysiders, The Golden Barque, The Leprechaunof Kilmeen) et trois romans : Wet Clay, The Lady of Deerpark, et La Tombe du tisserand. Ce dernier, unique texte traduit en français à ce jour, a été écrit en 1918 et publié juste après sa mort. » 1



La Tombe du tisserand est un récit irlandais. Nous avons peu d'éléments temporels auxquels nous raccrocher, nous dirions que le temps de la narration est filé sur une journée. L'histoire prend place dans l'honorable Cloon na Morav, le Champ des Morts, cimetière où reposent les illustres ancêtres du patelin des protagonistes. Parmi les derniers hommes à connaître le privilège d'y reposer, le tisserand qui vient de trépasser. Nous y suivons une drôle d'excursion, un fameux cortège, composé d'une veuve peu éplorée, lucide sur sa condition non valorisante de quatrième épouse, et deux vieilles bourriques fatiguées, un cloutier et un casseur de pierre à l'échine pliée par une vie de besogne.

Tous deux affichent un air important, illuminés de bonheur par la mission qui vient de leur tomber du ciel, la mort de leur camarade est une formidable péripétie dans leur vie morne : il leur incombe le devoir d'indiquer l'emplacement où l'on doit enterrer le défunt. Escortés par des jumeaux fossoyeurs pressés et peu courtois, ils parcourent ce lieu surréaliste et paisible, torturé par le passage du temps.



On se plante d'emplacement, on creuse et on bute sur les cercueils de ceux qui reposent là, deux ou trois pieds sous terre. Mortifiés par ces bévues, on peste et on se dispute. Ces vieux sont orgueilleux, pittoresques et têtus. Les répliques sont mordantes, aussi absurdes et profondes que celles d'un Beckett ou d'un Anouilh. Brodée au fil du récit, on assiste à la naissance incongrue d'une histoire d'amour. Un coup foudre qui saisit, impunément et innocemment, l'un des fossoyeurs de Cloon na Morav et la jeune veuve.



La Tombe du tisserand nous offre un parfum d'Irlande ancienne, à la fois traditionnelle et cabotine. Un roman bref, intense, qui nous emmène très loin. La maquette de ce livre est splendide, aussi bien dans sa valorisation du texte que pour sa couverture.



La jaquette est une feuille de calque épais, elle fait penser à un linceul, un drap sur le corps du vieil homme, un voile sur le méandre des pensées enchevêtrées de ces deux vieux à la recherche de la sépulture du tisserand. Un orme trône sur la couverture, élément-clé du récit, ce détail fait sourire après lecture.

Les premiers mots de chaque début de chapitre sont de couleur verte, un choix étonnant et perspicace : c'est agréable à l'œil, surprenant et élégant. Intéressant, aussi, quand on y pense. La recherche frénétique et incertaine de cette sépulture sent le sapin ! On parcourt ce cimetière verdoyant, boisé, où la nature reprend ses droits, le lichen dévore les vieux murs. Et puis le vert, c'est la couleur de l'Irlande. En dernière page, inscrit en forme de croix, « Ci-gît la tombe du tisserand, imprimée 5000 fois l'hiver 2009... ». Un dépliant avec dix belles gravures en bichromie de Frédéric Coché, jeune artiste contemporain « amateur de mythologie, de danses macabres et d'histoire de l'art »2, est jointe au livre.

Une belle trouvaille et un bien bel objet, drôle et sensible, à l'image du catalogue des  éditions Attila.


Joanie Soulié, 2ème année édition librairie



Partager cet article

Repost 0

commentaires

Recherche

Archives