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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 07:00

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SHIMADA Sōji
島田 荘司
Tokyo Zodiac Murders
占星術殺人事件
Senseijyutsu Satsujin Jiken
Kodansha Press, 1981
traduit du japonais
par Daniel Hadida
éditions Payot et Rivages, 2010


 

 

 

 

 

 

L'auteur
SHIMADA-S-ji.jpg
Il est né le 12 octobre 1948 à Fukuyama (Préfecture d'Hiroshima). Il est d'abord diplômé de l'université  secondaire Seishikan Fukuyama, préfecture d'Hiroshima, et plus tard de l'Université Musashino d' Art, en Commercial Arts.

Il se marie avec Kim Feishan en 1995, puis ils partent s'installer à Los Angeles. Ils ont deux enfants quelques années après. Ils divorcent ensuite, et Shimada repart au Japon.

En 2008, il est nominé pour le prix Edogawa Rampo grâce à son roman Tokyo Zodiac Murder.

En plus d'être écrivain à succès, il est aussi designer, musicien et astrologue.

 Shimada Sōji est l'auteur de nombreux romans à énigmes, dont deux séries consacrées aux détectives Mitarai et Yoshiki. Très apprécié et connu au Japon, il y est précurseur du roman policier. Il a aussi contribué à influencer de nombreux jeunes auteurs de ce genre.

À Taiwan, en 2009, le Soji Shimada Award est créé, qui récompense des auteurs de romans policiers.

Il  est engagé depuis une vingtaine d'années dans un mouvement pour la libération et la réhabilitation de suspects injustement accusés de meurtres. Il est surnommé The Godfather of Shinhonkaku, en français: « Dieu du mystère ».



La maison d'édition et la collection

Les éditions Payot et Rivages

Payot se fait connaître à partir de 1962 dans le domaine des sciences humaines (elle édite Freud) et est surtout connue pour ses collections Petite bibliothèque (collection de poche de sciences humaines) Voyageurs et Rivages (collection de poche en littérature étrangère, dont le catalogue est pour moitié traduit de l'anglais et plutôt à visée grand public.

 Les éditions Rivages sont fondées à Marseille en 1979 et proposent une collection sur le cinéma, ainsi que des romans policiers.

Payot rachète les éditions Rivages en 1991. La fusion donne les éditions Payot et Rivages. Depuis 2012, la maison d'édition Actes Sud détient à 100 % le capital de cette maison d'édition.

 
La collection

À ses débuts, la collection Thriller est surtout tournée vers les auteurs américains, mais d'autres aires sont représentées : latino-américaine avec Paco Ignacio Taibo II, italienne avec par exemple Giorgio Scerbanenco ; allemande avec Wolf Haas… Les auteurs français n’ont pas été oubliés par le créateur de la collection : Claude Amoz, Pascal Dessaint, Jean-Hugues Oppel, Hugues Pagan, Pierre Siniac et Marc Villard s'inscrivent très régulièrement au catalogue.

Cette collection se distingue de ses concurrents par plusieurs caractéristiques.

Un travail particulier sur les couvertures qui contrastent avec celles plus sombres de Fleuve noir (qui a publié notamment San Antonio, Harlan Coben…).

Le suivi d'un auteur durant toute sa carrière, afin de tendre vers une publication de la totalité de son œuvre. C'est le cas par exemple de Jim Thompson qui avait été délaissé par Série Noire, mais aussi de James Ellroy, David Goodis, John Harvey ou Tony Hillerman.

Cette collection se distingue aussi par son souci de traduction intégrale des textes originaux, reprenant parfois d’anciennes traductions, avec notamment un grand travail sur les titres des romans, parfois mal traduits par les précédentes éditions (Série Noire par exemple).

 À partir de 2008, les éditions Casterman éditent des adaptations en bande dessinée de certains titres de la collection, sous le label Rivages/Casterman/Noir.

Voir  ici le compte rendu d’une rencontre avec François Guérif, fondateur et directeur des collections Rivages/Noir et Rivages/Thriller.



Bibliographie

 

Detective Kiyoshi Mitarai Series (Série du détective Mitarai) : Tokyo Zodiac Murders est le premier tome de la série. Le dernier tome est paru en 2009.

Takeshi Yoshiki Series (Série du détective Yoshiki) : une partie de cette série a été adaptée à la télévision. Le premier tome est sorti en 1984, le dernier en 2002.

½ Woman : Account of the Takayama Murders (1985)

 

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L'histoire

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, dans un Japon en pleine évolution, mais aussi impérial et étrange, une série de meurtres mobilise la police japonaise et donne lieu à toutes sortes d’hypothèses.

Le meurtre du peintre Heikichi, à moitié fou et reclus dans une chambre close, prend une dimension presque surnaturelle lorsque les cadavres des membres de sa famille sont progressivement retrouvés, chacun amputé d'une partie du corps selon des principes astrologiques et alchimiques, dans le but d'assembler Azoth, une déesse imaginée par le peintre Umezawa Heikichi.

De nombreuses questions font alors réfléchir le lecteur en même temps que le détective Mitarai : qui a assassiné Heikichi  et tué ses filles, sachant que le peintre a été assassiné avant elles ? Des notes retrouvées près du corps du peintre expliquent où chercher chacune des filles et pourquoi une partie du corps a été prélevée... Qui est ce docteur Frankenstein japonais ? Qui a laissé ces documents ? Heikichi pourrait-il être encore vivant afin d'accomplir son œuvre ultime ? Ou avait-il une personne prête à accomplir son projet fou ? Et... où est passé Azoth ?

Quarante ans après, l'astrologue, logicien et détective Mitarai, ainsi que son assistant Ishioka s'attaquent à ce mystère, sollicités par une femme dont le père récemment décédé semble avoir été mêlé à cette affaire. Réussiront-ils à la résoudre ?

 

Les personnages

Umezawa Heikichi : le peintre fou, qui a imaginé Azoth. Il est assassiné dans une chambre close au début de l'intrigue. C'est l'un des premiers mystères à résoudre dans le livre.

Azoth : déesse constituée des parties du corps des filles et nièces du peintre selon des principes alchimiques et astrologiques. Elle disparaît après la série de crimes et est un personnage clef de l'histoire. Existe-t-elle vraiment ? Est-elle seulement le fruit de l'imagination du peintre ?

Umezawa Tae : c'est la première femme d'Heikichi, ils se sont rencontrés en France, à Paris. Elle tenait un stand de cigarettes puis Heikichi l'a quittée, elle est tombée malade, et est morte peu après la série de meurtres.

Umezawa Masako : Heikichi a trompé Tae avec elle, c'est sa seconde femme.

Les deux femmes ont une fille du même père, la même année : Tokiko pour Tae, Yukiko pour Masako.

Les filles retrouvées mortes en différents lieux du Japon : Tokiko (fille de Tae et Heikichi), Yukiko (fille de Masako et Heikichi), Murakami Tomoko, Murakami Akiko (les filles de Masako, issues des précédents mariages), Reiko Heikichi et Nobuyo Heikichi (les nièces d'Heikichi).

Takegoshi Bunjirô : policier en 1936.
 
Kazumi Ishioka : détective en herbe, ami et assistant de l'astrologue et détective privé Mitarai. C'est le narrateur du roman, et l'illustrateur. Il prend soin de Mitarai.

Kiyoshi Mitarai : astrologue, détective, il a des passions qui changent souvent. Il possède un petit cabinet d'astrologie qui sert aussi de base pour sa deuxième « profession ». Il boit souvent et fume. Un sens de la déduction hors du commun, malgré son goût pour la tranquillité. Légèrement excentrique, il a un mode de vie original : moins il travaille, moins il est connu, plus il est content. Il déteste avoir des obligations, devoir se lever alors qu'il veut rester dormir. De plus, gagner de l'argent ne l’intéresse pas. Il préfère rester peu connu, dans l'ombre, et voudrait qu’on l'appelle à l'aide le moins possible.

 

La structure du roman

Les deux premières parties du roman sont consacrées à poser les bases de l'histoire principale : la confession du peintre, les multiples personnages impliqués et les raisons pour lesquelles Mitarai s’occupe de cette affaire. L'énigme est mise en place, et quelques hypothèses sont étouffées. Tout cela, alors que Mitarai est assis dans son canapé, et qu'Ishioka lui explique les faits à voix haute.

Après environ 200 pages, l'action du roman commence à arriver. Les deux acolytes reçoivent un document résolvant un problème majeur de l'énigme, mais elle demeure complexe. Ils décident alors de parcourir le Japon, afin tenter de résoudre l'énigme en une semaine (alors que le Japon entier ne l'a pas résolue en quarante ans), après avoir jeté un défi à une personne de l'histoire (pour plus de détails, lisez le livre !). Cette partie permet de découvrir Tokyo et Kyoto (l'ancienne capitale du Japon), le mode de vie des Japonais, de souligner les différences Occident/Orient. Le duo rencontre d'autres personnages, réfléchit vraiment… et le roman prend vie, alors que la première partie n'est que souvenirs et hypothèses.

 Ainsi, les deux parties s'opposent par leur contenu bien qu'elles se complètent aussi (on ne peut pas ne pas lire l'une des deux, sinon on manque des détails importants).

À ces deux parties viennent s'ajouter l'épilogue où une lettre arrive chez Mitarai, d'une personne inconnue (sauf dans le roman !), et deux défis de l'auteur adressés au lecteur.

 

Thèmes abordés

Le régime politique : dans la présentation du projet fou de Heikichi, ce dernier dit qu'il souhaiterait qu'Azoth gouverne le Japon, comme un empereur l'a fait durant les siècles précédents. On peut voir cela comme un rappel ou une critique du régime japonais : un empereur affaibli par la guerre (le roman a été écrit après la Seconde Guerre mondiale et la défaite cuisante du Japon) et un ministre.

Les différences entre Orient et Occident : astrologie occidentale et orientale se complètent (surtout dans le prologue) et Paris est le lieu de rencontre de Tae et Heikichi.

La paresse et l'alcool : les deux caractéristiques de Mitarai. Elles ne sont pas abordées sous un angle négatif ou critique mais plutôt neutre. Le thème de la paresse est plutôt étonnant, surtout lorsqu'on sait que l'un des préjugés que les Occidentaux peuvent avoir sur les Japonais est qu'ils travaillent sans interruption et que la société japonaise est fondée sur la hiérarchie, que les employés prennent rarement des vacances…

L'astrologie : thème omniprésent dans le roman. Le détective est astrologue, et l'auteur est amateur d'astrologie. Les meurtres ont été commis selon des principes astrologiques. Le titre fait aussi bien sûr penser à ce thème : Zodiac.

L'art : un des personnages principaux est peintre, la sculpture est très présente. La fabrique de mannequins présente un art artisanal et ancestral.

La féminité : c'est le thème principal du roman. L’essentiel de l'histoire tourne autour du meurtre des filles d'Heikichi, et de la supposée création d'Azoth la déesse qui représente la femme parfaite, imaginée par le peintre.

 

L’originalité d'un roman policier classique

L’œuvre s'inscrit dans la tradition du roman policier car on trouve des éléments tels qu'un détective brillant, son assistant narrateur, un meurtre en chambre fermée de l'intérieur, des déductions logiques, et un final avec une présentation de la solution devant les intéressés... L'auteur répond aux trois questions du whodunit : qui, comment, pourquoi ?

D'autres éléments font la modernité et l’originalité de ce roman policier : le lieu – l'histoire se passe au Japon – et l'astrologie. On trouve aussi un détective hors normes, qui se démarque de ceux que l'on connaît (moins il  travaille et moins il est connu, mieux il se porte), les défis lancés au lecteur (il y en a 2 : p. 282 et 299); la liberté de ton, surtout dans les dialogues, qui crée un contraste plaisant avec la thématique.

 

Les influences

On perçoit facilement la principale influence anglaise : Arthur Conan Doyle, dont le style d'écriture et les personnages décalés ont été améliorés. L'auteur critique le personnage principal de Doyle :

 

« Holmes nous est présenté comme le roi du déguisement. Une perruque et des sourcils blancs, une ombrelle et le voilà qui traverse la ville déguisé en vieille femme. Tu sais combien mesurait Holmes ? Plus de six pieds, soit quasiment un mètre quatre-vingt-dix ! Tu imagines des gens qui se disent : « Tiens, voilà une petite vieille d’un mètre quatre-vingt-dix » ? Un monstre, oui ! En fait les gens devaient se dire : « Tiens, voilà ce pitre de Holmes, encore déguisé en bonne femme ! » Seul Watson se laissait avoir. »

 

Les autres références sont françaises : Gaston Leroux  avec son Mystère de la chambre jaune qui a visiblement influencé l'auteur pour le meurtre d'Heikichi et La Dame dans l'auto avec des lunettes et un fusil  de Japrisot.



Avis personnel

J'ai vraiment aimé lire ce roman. La couverture et l'histoire donnent envie de connaître le fin mot de l'histoire. J'ai apprécié découvrir le Japon de cette manière, et les personnages décalés m'ont plu, particulièrement Ishioda.

Même si quelques explications sont peu claires, les illustrations facilitent la compréhension des solutions. Des notes du traducteur nous aident  à comprendre des astuces (des changements de noms par exemple).

C'est en vérité surtout un roman de logique, et assez mathématique, avec beaucoup de détails. Il faut aussi retenir que l'ordre des meurtres est important pour comprendre l'intrigue : d'abord meurt Heikichi, puis sa fille aînée Yokiko, puis les autres filles.

 L'auteur s'amuse à ridiculiser un peu le détective londonien auquel on identifie facilement le duo d’enquêteurs, mais il reste un des auteurs classiques japonais dans ce genre. On peut s'attendre à retrouver des traductions de sa série de Mitarai prochainement, peut-être dans la même collection.

 

 

 Coline Paillet, 1ère année Bibliothèques-Médiathèques 2012-2013

 

 

Quelques avis de blogueurs

 http://moisson-noire.over-blog.com/article-tokyo-zodiac-murders-soji-shimada-44156092.html

 http://mes-lectures.over-blog.fr/article-tokyo-zodiac-murders-par-soji-shimada-45115560.html

 

Sources

Wikipédia (page japonaise traduite en français) : page sur l'auteur.

http://www.booksfromjapan.jp/authors/item/125-soji-shimada : traduite en français.

Informations sur la maison d'édition et la collection : http://www.bibliomonde.com/editeur/payot-rivages-115.html

 

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Published by Coline - dans polar - thriller
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commentaires

dasola 02/10/2013 17:10

Bonjour Coline, j'ai trouvé ce roman très réussi. C'est intelligent, intrigant. http://dasola.canalblog.com/archives/2013/06/06/27164455.html J'espère que d'autres romans de cet écrivain vont être
traduits. Bonne soirée.

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