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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 07:00
Mrozek-Le--Petit-Mrozek-illustre.gif







Slawomir MROZEK
Le Petit Mrozek illustré

Traduction :
Erhard Grazyna, Jean-Yves Erhel, André Kozimor
illustrations de Chaval 
Editions Noir sur Blanc, 2005















Récit de voyage ou satire sociale ?

Portrait-Mrozek.jpg
Slawomir Mrozek est né en 1930 à Bozecin. Il a trois ans lorsqu’il déménage avec sa famille vers la « grande ville », Cracovie. Issu d’un petit village et très attaché à ses racines, il garde un lien affectif avec le peuple et la petite bourgeoisie. Après son baccalauréat, il s’investit au Parti. En pleine révolte contre ses origines et le manque de culture, il trouve un écho dans les idées qui y sont développées : « La proposition communiste, totalitaire mais déguisée en révolutionnaire, venait très à propos dans ma vie. » Par la suite il trouve une place dans le Journal polonais puis devient chroniqueur et dessinateur dans une revue. Il découvre par le journalisme son goût pour l’écriture.

En 1953, la mort de Staline provoque un réveil, une certaine libéralisation. Un fort besoin de changement se fait ressentir. La littérature polonaise, libre de toute censure, allait pouvoir renaître après un trou noir de quinze ans. Slawomir Mrozek démissionne du journal.

Cependant l’appareil de répression se rétablit, l’exil s’impose alors à Mrozek. En 1963, il part pour l’Italie.  Puis de nombreux démêlés avec la Pologne le forcent à dire au revoir, une nouvelle fois, à son pays natal. Déchu de sa nationalité, il prend le chemin de Paris où il obtient le statut de réfugié politique. Il deviendra citoyen français en 1973.  Si en Italie il se sentait « en garde à vue », la France lui procure un sentiment de liberté. En décembre 1989, il rejoint le Mexique.  Lorsque qu’en 1996, un climat violent s’y fait ressentir, Mrozek décide de rentrer en Pologne après trente-trois ans d’éloignement. Le-Mrozek-de-poche.jpg

Il y reprend sa vie sans difficulté et est très bien reçu par la société polonaise. Toutefois ,après une si longue absence, et surtout une si longue période vécue à l’étranger, Mrozek doit se réadapter à un certain mode de vie, reprendre des habitudes qu’il avait vite perdues : « J’ai été formé par la Pologne, puis ailleurs. Je me suis senti à contre-courant, avec des moyens et une ambiance qui ne sont pas les miens. Je me sens comme parachuté, tombé du ciel. » Sept ans plus tard, il commence à cohabiter avec celui qu’il était il y a trente-trois ans et analyse cela comme une « sorte de schizophrénie apprivoisée. »

Slawomir Mrozek est l’auteur de nombreux recueils de nouvelles, mais il est avant tout reconnu pour son théâtre dit de l’absurde, à l’image de Beckett ou Ionesco. Hors du bloc soviétique, l’absurde c’était la vie, a contrario en Pologne « ce qui était absurde c’était la situation dans laquelle nous étions enfermés. »

Mrozek connaît une autre passion, celle du dessin. Il l’assimile au théâtre puisqu’il « s ‘agit de concevoir une situation dramatique et une dynamique qui crée des conséquences. »

Que ce soit dans l’écriture ou le dessin, Slawomir Mrozek manie avec une extrême justesse le grotesque, la dérision, l’humour noir et la satire sociale.


Le petit Mrozek illustré

Le recueil de nouvelles que nous livre ici Slawomir Mrozek est un savant mélange entre l’essai satirique et le récit de voyage.

Ecrivain de l’exil, il nous fait part de ses expériences et de ses rencontres. Il observe et relate le mode de vie des habitants de chacun des pays qu’il a été amené à traverser. Sans cesse en opposition, refusant ce que le commun conçoit, Mrozek met tout en doute et révèle le détail qui fait mouche. Ainsi, sous couvert d’une situation banale, il pointe les habitudes, les petites manies de chacun jusqu’à dévoiler le pouvoir qu’elles exercent sur nous-mêmes. Toutes sortes de sentiments traversent alors le lecteur. Il oscille entre l’incompréhension, l’étonnement et le rire. Il  ne peut que sourire à la lecture d’une expérience qui lui est familière.

Car, chez Mrozek, c’est ici que tout réside. Ses nouvelles sont gorgées d’humour, de cet humour noir qu’il maîtrise si bien. Il use de l’ironie pour tourner en dérision les absurdités du quotidien. Il ne s’agit plus de confronter des cultures, mais bien de mettre en avant toute leur incongruité. Il dresse une véritable satire sociale mise en lumière par les illustrations de Chaval.

Le critique littéraire Marcel Reich-Ranicki résume parfaitement l’homme et ses écrits : « C’est un humoriste, donc il ne plaisante pas. C’est un satiriste, donc il ne raille le monde que pour l’amender. C’est un homme de l’absurde, donc, s’il montre des aberrations, c’est pour faire réagir la raison. »


Lucile, L.P.

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