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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 07:00

Stefan Zweig Un soupcon legitime

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stefan ZWEIG
Un soupçon légitime
Suivi du texte original en allemand
War er es
traduit par Baptiste Touverey
Grasset, 1987




 

 

 

 

 

 

 

 

Les travaux de Stefan Zweig sont particulièrement éclectiques puisqu'ils se composent de recueils de poésie, de pièces de théâtre, de biographies et d'essais. Mais c'est indéniablement dans le genre de la nouvelle qu'il excelle. Bien qu'Un soupçon légitime, court roman ou longue nouvelle, ne soit pas son œuvre phare, elle mérite grandement que l'on s'y attarde un instant. Mais il est d'abord indispensable de préciser les grandes lignes de la vie de l'auteur pour mieux appréhender ses écrits.

Zweig est un juif autrichien né à Vienne en 1881. La montée du nazisme fut un véritable drame personnel pour l'auteur parce qu'elle a détruit les rêves de retour aux valeurs humanistes de la vieille Europe de cet incorrigible pacifiste. Ce sont probablement ces espérances déçues qui ont nourri son goût et son talent pour le registre dramatique, récurrent dans la plupart des ses œuvres. Ce sont en tout cas ses espoirs bien trop utopiques quant à la nature humaine qui ont poussé ce grand nouvelliste et sa femme à se suicider à Pétropolis au Brésil en 1942.

illustr-zweig.JPGUn soupçon légitime est donc le récit de deux retraités qui mènent une vie paisible à Bath. Paisible jusqu'à ce qu'emménagent leurs deux nouveaux voisins, Mr et Mrs Limpley. Mr Limpley, personnage clef de ce récit, est un homme débordant de vitalité, enthousiaste, bavard, d'une bonté sans faille mais d'une certaine bonasserie et un brin envahissant :

 

«  Humainement, Limpley était irréprochable. Il était débonnaire jusqu'à l'excès, il était altruiste et d'une obligeance telle qu'il fallait à chaque instant décliner ses offres de services, de surcroît il était honnête, loyal, ouvert et loin d'être bête ».

 

 

Bath, dans le comté du Somerset.

 

C'est un personnage attachant, certes, mais l’excessivité de ses sentiments va causer le malheur de son entourage. Mr Limpley épuise sa femme qui semble désormais vide du moindre ressenti ou sentiment. Mais il épuise également ses voisins. C'est donc pour tromper l'ennui de sa femme et pour canaliser ce trop-plein d'énergie que Betsy, la voisine, va lui offrir un chien. Ce sera l'enclenchement du drame.

Dans cette phrase, l'éditeur a finement perçu l'enjeu de la nouvelle : « Le drame qui va survenir est d'autant plus tragique qu'il reste inexpliqué. »

John Limpley va alors jeter son dévolu sur le chien, Ponto, qui dés lors qu'il sera habitué aux cajoleries et à la prévoyance de son maître, va peu à peu se transformer en véritable tyran. Bien que John Limpley soit le personnage clef de cette nouvelle, c'est Ponto, le chien, qui en est le personnage principal.

Mrs Limpley va par la suite réussir à tomber enceinte. Dés l'arrivée de son bébé, Mr Limpley va alors jeter tout son dévolu sur ce nouveau venu et délaisse son chien, comme un enfant qui abandonne son jouet « préféré » dans un coin dés lors qu'on lui en offre un nouveau. Ponto devient alors jaloux et commence à éprouver de la rancœur qui se transformera vite en haine, surtout envers la petite fille qui lui a volé l'affection de son maître.

La narration de cette nouvelle nous est donnée par Betsy, la voisine. Elle apporte un point de vue externe sur ses voisins et sur leur histoire, nécessaire à la description objective du phénomène John Limpley.

On peut assurer que l'originalité de cette nouvelle, du moins par rapport aux autres travaux de Zweig, réside dans l’évocation des sentiments humains ET plausibles que le nouvelliste prête à l'animal. Quant à la finesse, à la justesse des analyses et des portraits psychologiques que brosse Stefan Zweig, elles sont dues à la retenue de l'auteur. En effet, il ne tombe pas dans une sorte de « manichéisme » de mauvais goût. Ses personnages ne sont ni bons ni méchants. Ils sont juste « trop ». À aucun moment, Zweig n'incrimine Ponto. Il parvient à justifier ses réactions ainsi que son acte monstrueux. On peut même à certains moments ressentir une sorte de compassion, un peu coupable, à l'égard de ce tyran. Il en est de même pour le personnage de John Limpley. Il est insupportable, certes, mais n'en reste pas moins attachant.

Ce qui fait toute la force de cette nouvelle c'est qu'au fil des pages, nous lecteurs, nous sentons toujours un peu plus oppressés. Dés le début, on perçoit très aisément qu'un drame se prépare, même si l'on n'ose se le formuler intérieurement. Nous savons pertinemment que la bonhomie de John Limpley lui sera fatale. Zweig parvient à instaurer une tension qui va perdurer tout au long du récit. La première réplique de la voisine, qui est également la première phrase du texte, fait froid dans le dos. Jugez donc : « Pour ma part, j'en suis tout à fait certaine, le meurtrier c'est lui — mais il me manque la preuve ultime, irréfutable. »

C'est le dernier aspect original que j'ai réussi à déceler dans cette nouvelle. Par cette réplique, l'auteur annonce la fin du récit dès son commencement, opérant ainsi une prolepse. Mais ce qui est assez déroutant, c'est qu'il ne lèvera pas l'incertitude non plus. Toute l'angoisse que génère cette nouvelle ainsi que le malaise qui peut survenir à sa lecture reposent sur cette supposition que personne ne sera en mesure ou bien ne se permettra de confirmer. Est-ce véritablement Ponto qui a délibérément poussé le landau de la petite Limpley dans la rivière dans le but de la tuer ?

Grâce à une  écriture toujours aussi fluide et agréable, Stefan Zweig adresse une sorte de mise en garde quant aux conséquences souvent funestes que peuvent avoir une trop grande excessivité mais aussi l'exclusivité et l'exhaustivité des sentiments.

Manon Marcillat, 1ère année Ed- Lib.

 

 

 

 

 

Stefan ZWEIG sur LITTEXPRESS

 

 

Stefan Zweig Un soupcon legitime

 

 

Article d'Antoine sur Un soupçon légitime.

 

 


 

Zweig Lettre d une inconnue

 

 

Article de Pauline sur Lettre d'une inconnue,

 

 

 

 

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Article de Sandra sur La Confusion des sentiments,

 

 

 

 

 

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articles de Pauline, Marion  et Coralie sur Amok,

 

 

 

 

 

vingt-quatre-heures.jpg

 

 

 

 

de Claire et de Charlotte sur Vingt-quatre heures de la vie d'une femme,

 

 

 

 

 

parallèle de Mélaize entre Zweig et Gombrowicz.

 

 

 






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Published by Manon - dans Nouvelle
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