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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 07:00

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Stefanie ZWEIG
Une enfance africaine

titre original : Nirgendwo in Africa
traduit de l'allemand
par Jean-Marie Argelès,
Éditions du Rocher, 2002.












Personnages principaux

Regina : héroïne, d’inspiration autobiographique.

Jettel : mère de Régina. Jettel, habituée à être couvée,  est issue d'une famille riche et aisée ; elle est désarçonnée en arrivant au Kenya. Leur confort là-bas est rudimentaire, comme le lui aura précisé son mari dans ses lettres. Elle semblera ne jamais pouvoir s'habitue à cette vie.

Walter : père de Régina,  anciennement avocat, essaiera au départ d'apprivoiser la terre d'Afrique mais se fera très vite rattraper par un grand désespoir et beaucoup de questions qui le tortureront tout au long de l'histoire.

Owuor : « boy » africain de la famille allemande, appartenant au peuple des Jualo, il veillera sur la famille, sera l'un de leur premier liens avec le Kenya.

Süsskind : permet à la famille d'arriver à sa première ferme à Rongaï, de commencer sa vie au Kenya ; il est le  premier allié de Walter, et l'aidera lors de moments cruciaux.

Kimani : vieil homme habitant à la deuxième ferme où iront vivre Régina et ses parents, il se liera particulièrement avec Walter. Il méprise les étrangers et les trouve exaspérants au départ mais sa rencontre avec Walter changera sa vision.
 
Oha (Francfort Oscar Hahn) : ancien ami et avocat de Walter en Allemagne, il le retrouve au « camp de réfugiés » mis en place par les Anglais, où sont emmenés les hommes juifs des familles étrangères. Lui et sa femme Lilly seront beaucoup plus présents dans la suite de l'histoire, lors de la vie à Ol'joro Orok, deuxième ferme de la famille de Régina.


Résumé

Le livre commence par les lettres de Walter à sa femme Jettel. Il est au Kenya, alors qu'elle est restée en Allemagne, avec leur fille Régina, dix ans. On est en 1938 et la Seconde Guerre mondiale n'a pas encore commencé. Malgré tout, la famille juive de Régina se prépare à fuir sa patrie pour commencer une autre vie en Afrique. Walter est parti le premier trouver une ferme au Kenya, avec le souhait de voir un jour y venir sa femme, sa fille, son père, sa soeur, la mère et la soeur de sa femme. Ses lettres s'adressent à tous ces personnages. Walter est optimiste et essaie de transmettre ainsi le courage et la détermination dont ils auront besoin. Mais rien ne se passera comme il l'aura prévu.

Arrivés dans leur première ferme, à Rongaï, les parents de Régina, considérés là-bas comme des « refugees », ont du mal à y vivre. Le malaise de sa femme contamine Walter. Seule leur fille, Régina, entre en osmose parfaite avec son nouveau pays. Elle se lie profondément avec Owuor, un Noir africain de la tribu des Jualo, qui sera un pilier pour la famille lors de leur séjour en Afrique. 

La famille est séparée lors de la venue de généraux anglais à la ferme, leur statut de « refugees » passant à celui de « ennemy aliens », le père d'un côté, la femme et la fille de l'autre. C'est là que Régina rencontre Inge, une Juive allemande un peu plus âgée qu'elle. Elle apprend à lire et écrire l'anglais au contact de son amie. Et c'est alors que Jettel commence à retrouver un peu de courage et de poigne, au contact de femmes dures. De son côté, Walter retrouve d'anciens amis, notamment Francfort Oscar Hahn, collègue avocat, grâce à qui il obtient une place dans une nouvelle ferme, à Ol'Joro Orok. Leur ancien « boy » Owuor les y retrouve, au bonheur de Régina, Walter et Jettel. Quelque temps après, Jettel reçoit une lettre de sa mère, lui expliquant qu'elle et sa soeur ont été déportées en Pologne. Autrement dit, dans un camp et certainement pour y mourir. Cette nouvelle bouleverse la jeune femme.

Après quelques péripéties supplémentaires sur lesquelles je ferai une ellipse, un ancien ami de Jettel et Walter, Martin, vient séjourner quelque temps dans leur ferme. Régina tombe amoureuse de lui, ce qui n'échappe pas à sa mère. Elle voit en lui une espèce de héros qui se bat pour sa patrie de son côté.

Bientôt, Walter est amené à entré dans « l'Army ». Alors Jettel quitte la ferme et, avec leur « boy » Owuor, attend son mari à Naïrobi, dans un hôtel où elle devient locataire, où sa vie de ferme ne lui manquera pas. Elle trouve du travail au Horse Shoe, où elle sert des glaces à une société relativement aisée. A Nairobi, Régina se lie d'amitié avec Diana, une jeune femme travaillant dans un théâtre comme danseuse. Enfin, c'est avec Chepoi, le « boy » de Diana, qu'elle découvre la ville de Nairobi à proprement parler.
   
L'arrivée de Max, petit frère de Régina, amorcera le retour en Allemagne de la famille de Régina. La fin de la guerre arrive, après le débarquement en Normandie, et quand son père retourne auprès d'elle et de sa mère, il cherche déjà à trouver un bateau pour les ramener chez eux. Il reste un soldat et garde des contacts avec son unité, demandant cependant l'autorisation de rester vivre chez eux, pour la naissance de son fils à venir, six mois après. Dans le nouvel appartement meublé qu'ils se sont trouvé à Nairobi, Régina a maintenant treize ans et change d'école. Plus tard, la famille apprend que le père de Walter et sa soeur sont morts en Russie. Jettel est très touchée par toutes ces pertes et criera ne plus jamais vouloir retourner en Allemagne.
   
Malgré tout, leur retour est programmé et viendra le moment du départ.

   
Avis et analyse

Ce livre nous fait suivre la vie au Kenya de Juifs réfugiés à travers deux visions différentes : celle de Régina, petite fille courageuse et intelligente, et celle de ses parents, Walter et Jettel, nostalgiques de leur vie d'avant en Allemagne. Je n'ai jamais vraiment su ce qu'il se passait en Afrique au moment de la Seconde Guerre mondiale et, à part les cours d'histoire de collège et lycée, je ne crois pas avoir eu l'occasion de m'intéresser à ce sujet. C'est la raison qui m'a attirée vers ce livre.

À travers différents points de vue, l'auteure, dont ce roman est autobiographique, nous fait découvrir avec précision le cours qu'a pris sa vie dans un pays dont elle ne connaissait rien et qui est devenue « sa maison », plus que ne l'aura jamais été son pays de naissance.

Tour à tour, on se retrouve dans la tête de son père, de sa mère, des personnages croisant leur route, amis ou rencontres occasionnelles. Cette manière de rendre le point de vue omniscient est intéressante pour nous. Le lecteur se trouve totalement happé par l'histoire, il est au courant de tout, et on ne lui cache rien. Tour à tour, on on se retrouve dans la tête

— d'un Africain ne parlant que sa propre langue et intrigué par toutes ces histoires de Blancs qu'il ne comprend pas (Owuor, Kimani, Chebeti...),

— de personnages totalement extérieurs, par le regard desquels la situation est totalement retournée (le Dr James Charters qui n'aime pas beaucoup les Juifs, Mr Brindley, directeur de l'école de Régina, qui n'aime pas se rappeler les problèmes extérieurs de ses pensionnaires), différente. Ces personnages-là nous placent face à nos héros,

— de la petite fille, de sa mère et de son père, avec pour chacun des manières différentes d'interpréter et de vivre la situation.

On peut ainsi se trouver une place parmi les personnages, choisir celui en qui on se retrouvera le plus. Mais c'est surtout la manière dont l'auteure est capable d’adopter à chaque fois un point de vue différent, avec richesse et profondeur, qui séduit. Par exemple, le Dr James Charters, que rencontre Jettel, au moment des complications de sa grossesse, a une vision très critique et se montre méprisant à l’égard de la jeune femme. Il est intéressant pour nous d'avoir un regard différent, opposé à celui des protagonistes.


En outre, le ton est parfois piquant envers les Britanniques et leur manière de penser. L'auteure s'amuse à lancer de quelques petites piques, faisant souvent allusion avec un certain humour au « savoir-vivre » britannique.

On retrouve parfois un peu de cet humour dans le point de vue des Africains qui, eux, ont une vue tellement différente des héros allemands. La façon dont l'auteure la décrit est agréable, délicate. On arrive à sentir ce qui l'a sans doute attachée à ces gens et à l'Afrique, à travers sa douceur d'écriture et la manière dont semblent penser les Africains. L'auteure fait intervenir de temps à autre des mots africains quand le lecteur se retrouve dans la tête de l'un d'eux et ce détail agit comme une petite clé pour nous amener à nous sentir toujours un peu plus proche d'eux.

En revanche, c'est avec gravité que l'auteure traite de la « dégénérescence » de l'Allemagne avec la montée du nazisme et le déroulement de la guerre. C'est surtout à travers les hommes et leur attachement à ce que l'Allemagne a représenté pour eux que l'on observe cette idée insupportable de voir leur pays se gangréner. C'est ce qui poursuit Walter tout au long de l'histoire, ce pourquoi son entrée dans l'armée semble le revigorer : il ne réagit plus passivement à la dégénérescence de son ancienne patrie. Mais jamais l'Afrique n'aura pris la position qu'il aurait voulu lui donner de « nouveau chemin vers le bonheur », comme il l’écrivait au début dans ses lettres.

Une fois la guerre terminée, il n'attendra plus qu'une chose, ramener sa famille en Allemagne. Mais sa séparation avec leur ami Owuor est difficile et très touchante. L'auteure clôt son récit par leur adieu à cet homme qui les a aidés, soutenus et suivis tout au long de l'histoire. Elle termine sur une note qui met en avant la pureté et la simplicité des rapports humains entre la famille allemande et les Africains avec qui ils se sont liés. Le dernier chapitre est terriblement touchant. On voit apparaître là deux conceptions très différentes : celle de Walter, qui est restée allemande et juive, et celle de son ami Owuor, dont la vision pure et simple n'est comprise et acquise que par Régina, que l'Afrique et les rencontres qu'elle y aura faites ont amenée à grandir à une vitesse extraordinaire.  


Un passage
 
J'ai choisi d'évoquer un passage singulier et qui illustre ce dont je parlais plus haut, concernant la manière de voir tellement différente de la nôtre des Africains de cette époque. On y trouve Kimani, le vieil homme de la tribu des Kikuyu, fasciné par des timbres-poste. L'auteure nous met véritablement dans la tête du vieil homme et j’ai beaucoup aimé lae manière dont à chaque fois elle décrira les pensées des Africains, avec un grand nombre de métaphores et d'images. Ce passage est représentatif de beaucoup d'autres, ce pourquoi je l'ai choisi.

«  Plus encore que les journaux, avec leurs images de maisons détruites et d'hommes morts, il voulait que son bwana lui montre des lettres. Kimani savait tout des lettres. A l'arrivée du bwana à la ferme, il croyait encore qu'une lettre était semblable à une autre lettre. Maintenant, il n'était plus aussi bête. Les lettres n'étaient pas comme deux frère sortant ensemble du ventre de leur mère. Les lettres étaient comme des hommes, jamais pareilles.
Ça dépendait des timbres. Une lettre qui n'en avait pas n'était qu'un morceau de papier et ne pouvait pas partir en safari, même un tout petit. Un timbre seul avec l'image d'un homme aux cheveux clairs et au visage de femme, parlait d'un voyage que l'on pouvait faire avec ses pieds. Elles venaient de Gilgil et c'étaient les lettres du bwana qui faisait danser son gros ventre quand il riait et qui avait une mensahib qui chantait mieux qu'un oiseau. […]
Les lettres avec beaucoup de timbres avaient fait un long voyage. A peine le bwana les avait-il vues dans les mains de Kimani que, sans même prendre le temps de chasser l'air de sa poitrine, il avait déjà déchiré les enveloppes et commencé à lire. Et il y avait un timbre qui, à lui seul, était capable plus que tous les autres ensemble, de mettre le bwana en feu. Ce timbre-là montrait lui aussi un homme sans bras et sans jambes, mais il n'était pas blond. Les cheveux qui lui tombaient sur la figure étaient aussi noirs que ceux de Patel, ce chien puant. Les yeux, petits, et, entre le nez et la bouche, poussait un buisson, très ras et soigneusement planté de poils noirs et épais.
Kimani aimait regarder longuement ce dernier timbre. L'homme paraissait vouloir parler et avoir une voix capable de rebondir avec force contre la montagne. Dès que le bwana apercevait ce timbre, ses yeux devenaient des trous profonds et il devenait aussi raide qu'un homme qui a oublié comment on se défend et qui se retrouve en face d'un voleur fou de colère qui le menace d'une panga fraîchement effilée. »


Camille, L.P.


 

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Published by Camille
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