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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 07:00

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Stéphane VELUT
Cadence
 Christian Bourgois éditeur, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

stephane-velut.jpgStéphane Velut est né en 1957. Il exerce la neurochirurgie et enseigne l'anatomie. Il a publié un essai de philosophie et donne régulièrement des conférences de sciences humaines. Cadence est son premier roman.   


Qui ne s'est jamais demandé jusqu'où la folie humaine pouvait aller ? Et si cette folie était en chacun de nous, dans l'ombre de notre « moi » le plus inavouable ? Le protagoniste de cette histoire a osé dévoiler ce qu'il était vraiment, un monstre à l'esprit désordonné qui a franchi toutes les limites. L'histoire se déroule à Munich en 1933, alors que les bottes nazies se font chaque jour un peu plus retentissantes. Un peintre est chargé d'exécuter le portrait d'une enfant afin de figurer l'avenir glorieux d'une Allemagne resplendissante. Pour cela, le jeune modèle, arraché à sa famille par les disciples du Fürher, va lui être « livré » et confié jusqu'à l'aboutissement du tableau. Mais l'homme, si on peut l'appeler ainsi, a d'autres projets pour elle : la transformer en pantin mécanique, en mante géante qui n'a d'autres issues que l'abandon de soi et de son humanité.

 

Ce qu'il voit derrière ses boucles blondes et son regard triste c'est uniquement un corps, une matière sans âge, lisse, prête à être modelée. Le peintre va alors s'enfermer dans son antre, indifférent au chaos de la rue, afin de jouir tranquillement de ses folies morbides. Aidé par sa logeuse Félice, femme discrète et résignée qui soignera la petite sans pour autant dénoncer l'abomination, le bourreau va s'employer à détruire le jeune corps en l'enfermant dans un habit de fer et de cuir fabriqué par son complice Werner Troost, prothésiste aussi mentalement dérangé. Fascinés par leur poupée, les deux hommes vont s'exalter devant cette fillette devenue simple mécanisme qui cliquète au rythme de mouvements invraisemblables. Bientôt ils élaboreront même un système de suspension afin d'accrocher la martyr au mur et la raseront. Entre contrainte et élasticité, souplesse et retenue, la créature semble représenter pour le peintre la parfaite alliance entre un corps et son outil, une chimère fantastique à la danse envoûtante. Il exigera sans cesse qu'elle s'anime et marque la cadence. Symbole d'une folie assumée, ce corps est source d'une jouissance et d'une fierté extrêmes pour cet homme que la chair des autres, autant que la sienne, dégoûte.

Mais si dans les premières semaines le peintre ne prête aucune attention à la montée du nazisme et se montre plutôt hostile à toute forme d'avilissement, il ne va pas pouvoir rester indifférent très longtemps. Entre les discours radiophoniques du Fürher toujours plus récurrents, les milices qui parcourent constamment la ville, la terreur qui s'empare des habitants, le peintre commence à sentir l'hérésie et la démence s'emparer de la ville. Conscient qu'une machine effrayante s'est mise en place, sa propre folie se heurte alors à l'aliénation ambiante. Qui est le plus fou ? Son projet macabre ne serait-il pas le reflet de celui qu'un autre homme exercera bientôt à plus grande échelle ? Et ses corps en uniformes, tous identiques, scindant les mêmes mots au rythme des bruits de bottes, ne présentent-ils pas le même spectacle ? La réalité ne va alors pas tarder à rattraper  notre peintre et la folie allemande prendra pour lui le nom de Dora. C'est en effet à travers cette femme, elle-même prisonnière d'un corset, que va s'exprimer le malaise : malaise d'un monde abject et malaise d'un homme dont le corps, face à une femme, se retrouve paralysé par ses émotions et par une culpabilité naissante, presque comme un homme normal. Histoire donc d'une maladie, celle du monde ou celle de l'Homme.

Ainsi, au fil des jours, le peintre va jouer avec sa créature, comme avec un instrument de musique ou un instrument de torture. Il jouit de ce corps qui claudique, se délecte de son dérèglement, des nouveaux petits bruits de son armature. Mais lorsqu'il se décide enfin à parcourir la ville, c'est un autre monde qu'il découvre, un monde où l'humanité a fait place à la bestialité. Seul au milieu des meutes de chiens, le peintre perd pied, la cadence s'accélère, la folie mène la danse. Son corps devient celui d'un rat puant, répugnant, qui peut désormais se fondre dans la meute et adopter son pas, comprendre son langage. La ville est submergée par le flot de bave d'un sanglier tout-puissant qu'on appelle Hitler.

C'est alors que tout bascule. En rentrant chez lui, le peintre trouve Dora essayant désespérément de délivrer la jeune créature décharnée qui n'est autre que sa fille. Le rat décide donc de tuer la mère sous le regard effrayé de l'enfant qui ne tarde pas à succomber elle aussi à ses blessures.

Et c'est ainsi que l'histoire s'achève. Dans une petite chambre silencieuse, un homme entouré de deux cadavres attend que tout disparaisse avec lui.



Olivia, A.S. Éd.-Lib.

 

 


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commentaires

dasola 07/09/2010 17:22


Rebonjour, j'ai dit tout le bien que je pensais de ce premier roman le 17/10/09. C'est une histoire terrible du fait que le ton est assez neutre. Les pires abominations sont commises sur une petite
fille avec beaucoup de sang-froid. C'est de l'antomologie. Bonne soirée.


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