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15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 07:00

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Stephen KING
22/11/63
Titre original
11/22/63
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Nadine Gassie
Albin Michel, 2013


 

 

 

« Kennedy assassiné hier à Dallas
au cours d’une tournée politique dans le Sud des U.S.A. »
Le Figaro, samedi 23 novembre 1963.

 

 

 

 

Et si vous pouviez changer le cours du temps en retournant dans le passé ? Et si le 22 novembre 1963 était un jour ordinaire dans l’Histoire ? Et si le 23 novembre 1963, les gros titres n’étaient pas consacrés à l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy ? Quelle serait alors l’histoire des États-Unis aujourd’hui ?

 

Biographie de l’auteur
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Né en 1947 à Portland, dans le Maine, Stephen King est un écrivain américain. L’ensemble de ses œuvres tourne autour du registre du fantastique, de la science-fiction, de l’horreur et du drame fantastique.

Après avoir obtenu sa licence en littérature anglaise en 1970, il alterna entre sa profession d’enseignant d’anglais et sa vie d’écrivain amateur. Il publia avec difficulté Carrie en 1974 et prit la décision de mettre fin à sa carrière d’enseignant pour consacrer sa vie à l’écriture.

Après plus de trente années de vie littéraire, il est l’auteur de plus de cinquante-trois romans dont deux sont à paraître cette année aux États-Unis, de dix recueils de nouvelles, et de quatre essais, primés par de nombreux prix prestigieux comme le prix Bram Stocker, le British Fantasy ou encore le Prix Locus.

Ses romans les plus célèbres sont Carrie, La Ligne verte, Shining, Misery, Ça et la série La Tour sombre. Plus de cent cinquante millions d’exemplaires de ses œuvres ont été vendus dans le monde. Stephen King s’est alors vu décerner le National Book Award en 2003 pour l’ensemble de sa carrière.

 

22/11/63

Stephen King voulut écrire ce roman en 1972 en l’intitulant Split Track, deux années avant la publication de Carrie. Ce projet fut abandonné car, comme il s’agissait d’un roman historique, son écriture nécessitait beaucoup de recherches pour représenter le plus fidèlement possible la vie quotidienne entre 1950 et 1960 aux États-Unis. Les moyens de l’époque ne lui suffisaient pas pour s’engager plus avant dans ce roman.
 
King dit d’ailleurs à ce sujet :

 

« J’ai tenté pour la première fois d’écrire ce livre en 1972. J’ai abandonné le projet parce que la recherche qu’il aurait impliquée semblait vertigineuse pour un homme occupé par l’enseignement à plein temps. Il y avait une autre raison : même neuf ans après les faits, la blessure* était encore trop fraîche. Je me réjouis d’avoir attendu. »

 

Puis, le 2 mars 2011 fut annoncée la publication de ce roman prévue pour le 8 novembre 2011, dont le titre original sera 11/22/63. Il était resté quarante ans dans l’ombre avant de voir son intérêt resurgir dans l’esprit du roi du fantastique.

Les lecteurs français passionnés par les histoires de l’auteur durent patienter deux années avant de pouvoir se procurer le roman traduit, disponible dès le 28 février 2013 sous le titre 22/11/63.

Dès sa sortie aux États-Unis, le roman reçut de nombreux avis positifs. Il resta vingt et une semaines sur la New York Times Seller list, à la première place durant quatre semaines consécutives à partir du 27 novembre 2011. Il devint rapidement un best-seller, remportant le Los Angeles Times Book Prize dans la catégorie Mystère/Thriller et le prix du meilleur roman de l’International Writers Award Thriller en 2012.

Pour terminer, le 12 août 2011, alors que le roman n’était pas encore sorti en librairie, Jonathan Demme annonça vouloir adapter le futur roman en film en collaboration avec Stephen King. Mais des différends entre l’auteur et lui concernant le contenu du script causèrent l’annulation du projet cinématographique.



Résumé

2011. Jake Epping est professeur d’anglais au lycée de Lisbon Falls. Il donne en plus de ses horaires habituels des cours de remise à niveau pour adultes. Le concierge du lycée, Harry Dunning, est un de ses élèves. Deux années plus tôt, pour un travail de dissertation sur le sujet « Le jour qui a changé ma vie », il écrivit un passage choquant de sa vie, à savoir l’assassinat de sa famille par son père durant son enfance. Il fut le seul à en ressortir vivant. Cette histoire marqua le professeur, sujet à l’émotion.

 

« À la moitié de la première page, mes yeux ont commencé à piquer et j’ai reposé mon fidèle stylo rouge. C’est quand je suis arrivé au passage où il avait rampé sous le lit, avec le sang qui lui ruisselait dans les yeux que j’ai commencé à pleurer. »

 

En 2011, son ami Al Templeton, propriétaire d’un fast-food, paraît avoir vieilli de plusieurs années au cours d’une seule journée. Jake aperçoit

 

« ses joues normalement rougeaudes devenues jaunes et flasques. Ses yeux bleus maintenant chassieux, au regard délavé et hébété de myope. Ses cheveux, hier encore presque tous noirs et aujourd’hui presque tous blancs. »

 

L’incompréhension et la stupéfaction gagnent Jake face à cette vision car « en vingt-deux heures, Al Templeton paraissait avoir perdu au moins quinze kilos. » La raison de ce changement soudain s’explique par la présence d’une fissure temporelle dans la réserve de son restaurant. À chaque passage, on se rend au  « 9 septembre 1958, deux minutes avant midi. »

Al Templeton expliqua que chaque passage dans la fissure jusqu’au retour dans le monde moderne a une durée égale à deux minutes pour toute personne restant en 2011. Que l’on s’aventure deux heures ou onze années dans le passé, notre retour se fera deux minutes après notre passage dans la fissure.

Le changement physique soudain d’Al Templeton s’explique par le fait qu’il a attrapé un cancer du poumon alors qu’il était dans le passé. En effet, pour tenter de sauver la vie de Kennedy, il resta cinq années dans le passé – mais deux minutes en 2011, ce qui laissa le temps à son corps de s’affaiblir. Mais se voyant dépérir de plus en plus, et sachant pertinemment qu’il ne parviendrait jamais à survivre jusqu’au 22 novembre 1963, il prit la décision de revenir en 2011 avant d’avoir réussi sa mission.

C’est la raison pour laquelle Al Templeton confie une requête à son ami Jake : sauver John Fitzgerald Kennedy à sa place car son cancer va entraîner sa mort incessamment. Et étant donné que le drame dans la vie du concierge Harry Dunning se déroule à Halloween 1958, Jake décide de changer le cours du passé : il sauvera la famille Dunning de la folie du père en se rendant à Derry, avant de tenter de sauver la vie du 35ème président des États-Unis. Mais « le passé est tenace, il ne veut pas être changé. La résistance au changement est proportionnelle aux répercussions que tel ou tel acte risque d’avoir sur le futur. »

 

Une critique du monde moderne

Ce livre sur le voyage dans le temps a permis à King de faire passer des messages quant à nos habitudes quotidiennes. Il dénonce le quotidien des populations dans les pays développés, leur dépendance au virtuel. Aujourd’hui, sans les écrans, chacun d’entre nous serait perdu.

 

 « Après une période de sevrage informatique, j’avais pris suffisamment de recul pour mesurer à quel point j’étais devenu accro à ce foutu ordi, passant des heures à lire des pièces jointes stupides et à visiter des sites Internet pour la même raison qui pousse les alpinistes à vouloir escalader l’Everest : parce que c’est là !

 

Mon téléphone portable ne sonnait jamais parce que je n’en avais pas, et vous ne pouvez pas imaginer le soulagement que c’était. » (p. 253-254)

 « Après avoir compté tous les Dunning de l’annuaire (quatre-vingt-seize), autre chose m’avait frappé : j’avais été conditionné, pour ne pas dire handicapé, par une société où l’Internet était tellement omniprésent que j’en étais venu à le prendre pour acquis et à en dépendre complètement. Aurait-il été si difficile que ça de localiser la bonne famille Dunning en 2011 ? Entrer Tugga Dunning et Derry dans mon moteur de recherche préféré aurait probablement suffi ; taper ensuite Entrée et laisser Google, ce Big Brother du XXIe siècle, faire le reste.

Dans le Derry de 1958, les ordinateurs les plus perfectionnés avaient la taille de petits immeubles et le journal local n’était d’aucune aide. » (p. 159)

 

Il dénonce également la mauvaise qualité des produits de consommation. En effet, quand Jake revient en 2011 et qu’il monte dans sa voiture, il critique sa composition en la comparant à celle qu’il avait achetée en 1958.

 

« En coupant le moteur, j’ai mesuré à quel point ma Toyota n’était qu’un tas de plastique et de fibre de verre tout à fait hideux, exigu et bas de gamme, en bref minable comparée à la bagnole qui avait été la mienne à Derry. »


En lisant ce livre, on a également conscience que notre alimentation a beaucoup changé si on la compare à celle de nos grands-parents :

 

« J’ai pris mes dispositions pour me faire livrer le journal et le lait : imaginez, des bouteilles en verre épais remplies d’un breuvage incroyablement crémeux déposées sur le pas de votre porte. Tout comme la racinette de Frank Anicetti, ce lait avait une saveur incomparable. La crème était encore meilleure. J’ignorais si la crème artificielle avait déjà été inventée, mais je m’en fichais. Je n’en aurais pas voulu pour un empire, pas avec de tels produits à portée de main. » (p.202)

« La tarte était délicieuse – du vrai chocolat, de la vraie crème. » (p. 181)

« J’ai décongelé à coups d’ondes radioactives quelques plats surgelés. »

 

 

Retour à Derry

Le fait qu’une partie du roman se déroule à Derry peut inciter certains lecteurs à s’intéresser à l’histoire car c’est dans cette même ville fictive que se déroule l’histoire de Ça. On y retrouve d’ailleurs deux protagonistes, Richie Tozier et Beverly Marsh, car l’histoire se déroulait également en 1958 pour la partie de l’histoire relative à leur enfance.

Un paragraphe m’a rappelé l’atmosphère noire du roman comme l’instant où Jake Epping se souvient d’une impression étrange ressentie quand il s’était rendu au terrain où se trouve la défunte aciérie Kitchener. Ici gisait une cheminée effondrée et alors qu’il regardait dans le trou noir de cette dernière, une voix lui parvint dans son esprit :

 

« Entre, viens voir, semblait chuchoter la chose dans ma tête. Oublie tout le reste, Jake – viens voir. Viens me voir. Le temps n’a pas d’importance ici, ici le temps se contente de se dissiper. Tu sais que tu en as envie, tu es curieux, tu le sais. C’est peut-être un autre trou de terrier. Un autre portail. » (p. 210-211)

Même si à cette période, les enfants du Club des Ratés pensaient avoir vaincu le clown Grippe-Sou, on peut analyser ce passage comme le fait qu’il soit encore à Derry, préparant son retour pour 1985. Ce passage est aussi problématique car il remet en question le thème du roman où seuls des enfants étaient capables de voir ou entendre le clown assassin. Mais dans 22/11/63, Jake a l’air de l’entendre…

De plus, au moment où Jake sauve la famille Dunning du père venu assassiner sa famille, des détails sanglants rappellent aussi ce même roman.

 

 « Doris était par terre. Il lui avait déjà cassé le bras – l’os saillait par une déchirure dans la manche de sa robe – et, apparemment, démis l’épaule aussi. » (p. 244)

 

Ce passage rappelle le meurtre de George Denbrough qui se fait tuer par Ça en se faisant arracher un bras dans une bouche d’égout au tout début du roman.

 

« Au moment où Harry tira sur sa carabine à air comprimé – ka-tak ! -, Dunning abattit sa masse sur la tête de Tugga. Le visage du gamin disparut derrière un rideau de sang. Des fragments d’os et des touffes de cheveux furent projetés en l’air ; des gouttelettes écarlates éclaboussèrent jusqu’au plafonnier. » (p. 245)

 

Ce court passage rappelle le côté sanglant de Ça.

 

Analyse de l’œuvre

En comparant 22/11/63 avec d’autres œuvres de King, on constate que le personnage n’occupe pas la même place dans cette nouvelle intrigue. En guise d’exemple, dans Shining et Ça, l’attrait de l’histoire dépend des personnages, placés au centre de l’intrigue à travers leurs problèmes psychologiques. Jack Torrance et les enfants du Club des Ratés en sont un bon exemple.

Tandis que dans 22/11/63, l’intrigue ne dépend plus vraiment du personnage en raison de son psychisme fragilisé. Sa place est secondaire. Les descriptions psychologiques restent très peu développées, voire absentes. Une personne ordinaire autre que Jake Epping aurait très bien pu assurer son rôle dans l’histoire.

Le seul détail dont le lecteur ait connaissance est que Jake Epping connaît des problèmes relationnels avec son épouse dont il a récemment divorcé. Alcoolique, elle lui reprochait d’avoir un « gradient d’émotion inexistant » et de ne pas avoir « la larme facile ». Mais ce détail n’a aucun rapport avec l’histoire. Il aurait pu ne pas être précisé, l’histoire n’aurait pas subi de grands changements.

De plus, le style littéraire de King ne m’a pas surpris. La magie des mots a disparu. Je juge cette histoire comme étant trop accessible à tous les lecteurs alors que des romans comme Ça et Shining ont un intérêt très limité pour eux.

L’histoire faisant 930 pages, j’ai noté quelques longueurs avec des descriptions dont le but était de prouver au lecteur que l’auteur a une connaissance précise de la vie américaine du milieu du XXe siècle plutôt que d’apporter quelque chose à l’histoire. Malgré tout, ces longueurs restent intéressantes et n’engendrent pas de lassitude du fait que le roman peut être considéré comme une sorte d’encyclopédie. On y apprend beaucoup de choses sur la vie américaine de l’époque, tels que les modes de vie, les musiques, les émissions de télévision, la ségrégation…

 Lorsqu’il assista à la projection de son roman Shining adapté au cinéma par Stanley Kubrick, King dit qu’il trouvait le film excellent en tant que spectateur mais mauvais en tant qu’écrivain. Mon jugement à propos de ce livre se rapproche de cette critique car 22/11/63 est un très bon roman en tant qu’histoire, mais un mauvais roman en tant que livre de Stephen King à cause d’un style appauvri, trop accessible à tous les lecteurs.
 

 Yann, 1ère année Bib 2012-2013

Note

* l’assassinat de Kennedy


Liens

http://club-stephenking.fr/2083-221163-stephenking-112263?lng=fr&pg=2083

http://en.wikipedia.org/wiki/11/22/63

http://www.albin-michel.fr/multimedia/Documents/espace_journalistes/communiques_de_presse/201303/KING.pdf

 

 

Stephen KING sur LITTEXPRESS

 

 

Stephen King La Ligne verte

 

 

 

 

Article de Clémence sur La Ligne verte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

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