Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 07:00

Stephen-King-La-Ligne-verte.gif



 

 

 

 

 

Stephen KING
La Ligne verte
traduit de l’américain
par Philippe Rouard
J’ai lu Librio, 1996

(en 6 vol.)

J'ai lu en 1 vol., 1999

Coffret, 2000

rééd. 6 vol. 2001

LGF Livre de poche, 2008








 

 

 

 

 

 

 

stephen-king.jpgBiographie

Stephen King est né le 12 septembre 1947 à Portland, dans le Maine (États-Unis). Sa mère l’élève seule après que son père les a abandonnés dans une situation financière difficile. Très jeune encore, l’auteur assiste à un événement traumatisant : la mort d’un de ses amis, heurté par un train sur une voie ferrée. Beaucoup disent que c’est cet accident qui lui a inspiré ses œuvres sombres, théorie qu’il a toujours contredite.

Sa grand-mère avait une manière particulière de lire un livre : commencer par la fin pour éviter de lire ce qui sépare l’introduction de la conclusion. Stephen King se servira de cette méthode pour écrire ses livres, et s’assurer que personne ne puisse faire de même avec ses œuvres, ce qui lui a inspiré cette écriture particulière.


Il publie une nouvelle pour la première fois dans un magazine : In a Half-World of terror en 1966. De 1966 à 1971, il va à l’université du Maine à Onoro, où il rencontre sa future femme, Tabitha Spruce, qu’il épousera le 2 janvier 1971 et avec qui il aura trois enfants. Entre temps, il continue d’écrire sous le pseudonyme de Richard Bachman (les standards de l’édition n’autorisant un écrivain à publier qu’un seul livre par an) et achève ses études pour commencer à travailler. Sa situation sera précaire pendant quelque temps, mais elle s’améliore en 1974, lorsqu’il publie Carrie. À cette époque,  il était souvent sous l’emprise de l’alcool ou des drogues. Mais il prend conscience de son état dans les années 80 et s’en sort avec l’aide de sa famille (et des Alcooliques Anonymes).



L’œuvre
 
Publication

La plupart des romans de Stephen King relèvent du fantastique ou de l’horreur (La Tour Sombre, Carrie, Shining, Christine…) et La Ligne verte n’échappe pas à la règle. Cette œuvre a été publiée sous forme de roman-feuilleton en six parties, comme le souhaitait l’écrivain, qui  préfère ce mode de publication. En effet,cela permet au lecteur de ne pas succomber à son envie de commencer par la fin d’un livre, et donc de préserver le suspense jusqu’au bout. Quand l’œuvre a été réunie en un seul volume, ces parties sont devenues des chapitres numérotés, ce qui a permis de structurer l’histoire. En France, les éditions J’ai lu se sont chargées de la publication en 1996 (6 volumes réédités à partir de 2001), puis un seul volume en 1999 ; réédition en livre de poche (un seul volume) en 2006 .



Résumé

L’action se déroule dans l’établissement pénitenciaire Cold Mountain, quand Paul Edgecombe y était gardien-chef au bloc E (celui des condamnés à mort), dans les années 30. Jusqu’à l’arrivée du nouveau gardien, Percy Wetmore, un certain équilibre régnait entre les geôliers (Dean Stanton, Brutus Howell, Harry Terwilliger) et les détenus. Mais l’arrivée de « ce petit coq prétentieux » instaure une atmosphère de haine et d’injustice :

 

« Les détenus le haïssaient, les gardiens le haïssaient – tout le monde le haïssait, hormis lui-même, ses relations politiques et peut-être (c’est moins sûr) sa propre mère. Ce type était comme de l’arsenic saupoudré sur un gâteau d’anniversaire et, dès le début, j’avais senti qu’il appelait le désastre comme un piquet de fer attire la foudre ».

 

Le jeune homme s’appuie sur ses relations (une tante qui est la femme du gouverneur de l’État de Louisiane) pour s’assurer l'immunité contre la colère de ses supérieurs qu’il nargue sans cesse.

« Notre travail dans le couloir de la mort, c’était de veiller à ce qu’il y ait le moins de barouf possible, et le barouf, ç’aurait pu être le second prénom de Percy Wetmore. Travailler avec lui, c’était comme essayer de désamorcer une bombe avec quelqu’un qui jouerait des cymbales à quelques centimètres de vos oreilles. Bref, agaçant. »

Le récit commence en automne 1932 quand débarque au bloc un Noir d’une taille colossale, John Caffey (sous les cris de Percy : « Place au mort ! »), trouvé au beau milieu de la forêt, pleurant et hurlant tandis qu’il serrait contre lui les cadavres des deux jumelles Detterick, qu’on l'a accusé d’avoir violées et tuées. Il rejoint d’autres détenus : Arlen Bitterbuck (surnommé le « Chef » à cause de ses origines indiennes), le « Président » et Delacroix. Ce dernier est un Français qui s’est attiré l’amitié de Mister Jingles, une souris extrêmement intelligente à qui il apprend à faire des tours :

 

« Quand Delacroix a tendu son bras gauche, elle lui a grimpé sur la tête en s’aidant de ce qu’il restait de cheveux au Français. Puis elle est redescendue de l’autre côté, chatouillant de sa queue le cou d’un Delacroix gloussant de délice, et a trottiné le long du bras jusqu’au poignet ; là, elle a fait demi-tour et a remonté jusque sur l’épaule gauche, où elle s’est assise gentiment. ».

 

L’animal semble tellement intelligent qu’il semble parfois que ce soit lui qui ait adopté le Français : « Delacroix jurait qu’il avait dressé cette souris, qui avait fait ses premiers pas parmi nous sous le nom de Steamboat Willie, mais je pense sincèrement que c’était elle qui avait dressé Delacroix. ». Mais Percy Wetmore, qui a une dent contre le Français à cause d’un simple accident (il a effleuré sa braguette alors qu’il était en train de trébucher, déséquilibré par le gardien), semble s’être juré de faire de sa vie un enfer et passe son temps à le brutaliser.

Entre temps, le directeur de la prison, Hal Moores, qui est très ami avec Paul Edgecombe, découvre que sa femme Melinda a une tumeur au cerveau et n’a plus que quelques mois à vivre. Désespéré, il en fait part au gardien-chef, tandis qu’un nouveau « pensionnaire » arrive : William Wharton, surnommé Billy the Kid. « Ce type se fout de tout », dit le rapport de Curtis Anderson, le sous-directeur et, en effet, dès son arrivée, il manque de peu de tuer Dean sous le regard stupéfait de Percy. Tout le temps de son incarcération, il se moque des gardiens, leur crache dessus et, surtout, ridiculise Percy. Celui-ci, inconscient du danger, était passé trop près de sa cellule, et le jeune homme en a profité pour l’agripper et le serrer contre les barreaux, lui causant la plus grande peur de sa vie et lui faisant mouiller son pantalon :

 

« Je crois que Percy — qui avait matraqué Delacroix parce que le malheureux avait involontairement effleuré sa braguette — savait parfaitement ce qui le menaçait. Je me demande même s’il aurait résisté, si nous avions laissé à l’autre le loisir de faire ce qu’il voulait. ».

 

Furieux et honteux, après s’être libéré, il fait jurer aux quelques témoins (Paul, Harry et Dean) de ne rien dire à personne, mais il ne peut passer outre aux moqueries de Delacroix. Pour se venger, il demande à être aux commandes lors de la prochaine exécution ; en contrepartie, il réclamera sa mutation à l’hôpital psychiatrique Briar Ridge. Edgecombe, désirant plus que tout se débarrasser de ce gêneur, accepte immédiatement. Or, le prochain à passer à la chaise électrique n’est autre que le Français…

Percy, lors de l’exécution, « oublie » de mouiller l’éponge (qui est posée sous la calotte pour que la décharge électrique aille directement au cerveau et tue le plus rapidement possible). Sous les yeux horrifiés de l’équipe de gardiens et des spectateurs civils venus assister à l’application de la justice, le corps du condamné se met soudain à prendre feu :

 

« La cagoule se consumait et on pouvait tous voir le visage de Delacroix. Enfin, ce qu’il en restait. Il était devenu plus noir que celui de John Caffey. Ses yeux, qui n’étaient plus que deux globes informes de gelée blanche, avaient jailli de leurs orbites et pendaient sur ses joues. Il n’avait plus de cils et ses sourcils ont soudain flambé devant moi. De la fumée sortait du col ouvert de sa chemise qui, l’instant d’après, prenait feu. Et pendant ce temps, le bourdonnement de l’électricité continuait, emplissant ma tête, vibrant en elle. Ce doit être le genre de bruit que les fous entendent, ça ou quelque chose qui y ressemble. »

Caffey, lui, a ressenti toute la douleur de Delacroix depuis sa cellule. En effet, le détenu est doté de pouvoirs surprenants et son arrivée a provoqué d’étranges phénomènes dans le camp. Le narrateur avait une infection urinaire affreusement douloureuse que le détenu a soignée d’une façon miraculeuse :

 

« Au même instant, j’ai ressenti une secousse dans le bide mais sans éprouver la moindre douleur […]. Pendant un moment, cependant, tout ce qui m’entourait fut affecté d’une étrange distorsion. Je pouvais voir chaque pore du visage de John Caffey, le lacis de veinules violettes dans ces yeux hantés, une fine cicatrice sur son menton […]. Et puis ça s’est arrêté. Je ne souffrais plus. Le feu et la douleur lancinante avaient déserté le bas de mon ventre, la fièvre n’était plus qu’un souvenir. »

 

Quelques secondes après l’avoir guéri, Caffey se met à tousser et crache brusquement une nuée de petits insectes noirs qui disparaissent dans l’atmosphère (ce qu’Edgecombe interprète comme le mal que le colosse a retiré de son corps). De la même manière, il soigne Mister Jingles, que Percy avait écrasé tandis qu’il courait dans le couloir à la poursuite d’une bobine de fil colorée lancée par Delacroix.

Surpris d’un tel pouvoir, Edgecombe se demande pourquoi et comment un homme tel que Caffey a pu tuer deux petites filles. Le géant ne pouvant seulement lui répondre qu’une mystérieuse phrase : « J’ai pas pu faire autrement, patron. J’ai essayé, mais c’était trop tard. », il décide d’enquêter. Il rend visite à la famille des deux petites filles, puis au journaliste qui a fait la une avec l’histoire de leur meurtre, mais aucun des deux ne veut disculper le coupable, et tous affirment qu’il est bel et bien un meurtrier, voire un violeur.

Comme il lui est impossible de prouver son innocence et sachant qu’il dispose d’un don extraordinaire, Paul Edgecombe décide au moins de lui permettre de guérir la femme d’Hal Moores. Avec l’aide de ses camarades (excepté Percy, qu’ils ont enfermé dans la cellule de contention pour qu’il ne sache rien de l’expédition et en punition de ce qu’il avait fait à Delacroix), il permet à Caffey de s’évader et le guide jusqu’à la maison des Moores. Sous les yeux éberlués d’Hal et des gardiens, il aspire le mal qui avait élu domicile en Melinda :

 

« Et puis il s’est rapproché davantage et ses lèvres douces et épaisses ont pressé celles de Melly, les forçant à s’ouvrir. […] Un léger sifflement a empli la pièce, tandis qu’il aspirait l’air des poumons de Melinda. Le bruit n’a duré qu’une seconde ou deux et, soudain, le plancher a bougé sous nos pieds et la maison entière a frémi. […] John Caffey s’est enfin écarté de Melinda, dont le visage avait changé : il s’était lissé. Le côté droit de sa bouche ne pendait plus. Ses yeux avaient retrouvé leur dessin naturel. Elle semblait avoir rajeuni de dix ans. »

Mais cette fois, le colosse ne recrache pas d’insectes noirs et continue à tousser. Edgecombe est obligé de le ramener affaibli à la prison (s’il le libérait et le relâchait dans la nature, comme l’a souligné Brutus, il se ferait remarquer immédiatement et attraper car il est trop reconnaissable). De retour à Cold Mountain et une fois John revenu dans sa cellule, il attrape Percy à travers les barreaux de sa cellule et recrache en lui tout le mal de Mme Moores afin de faire de lui sa marionnette : « Avant même qu’on réalise ce qui se passait, Percy a dégainé, s’est approché des barreaux de la cellule de Wharton et a vidé les six coups de son barillet sur le dormeur. »

Car le véritable meurtrier des jumelles Detterick était en réalité William Wharton, et Caffey a décidé d’appliquer sa justice. Peu de temps après, Edgecombe se voit obligé de le passer sur la chaise électrique. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et il démissionne, tout comme ses camarades.

Plusieurs décennies plus tard, le protagoniste vit dans une maison de retraite, Georgia Pines, et a fini d’écrire son histoire. Il la présente à Elaine, une de ses amies, à qui il montre également Mister Jingles, caché dans une remise. La souris, âgée d’environ 80 ans, est encore vivante et Paul émet la théorie que c’est le don de John Caffey qui lui a permis d’atteindre cette longévité exceptionnelle. Il comprend maintenant que si ce don a donné à un rongeur la possibilité de vivre aussi longtemps, lui vivra sans doute encore de nombreuses années avant de pouvoir enfin s’éteindre. Il est, en quelque sorte, condamné à vivre alors que tous ses proches sont morts et qu’il attend de pouvoir les rejoindre.



Narration

Au niveau de la narration, l'œuvre n’est pas linéaire. Paul Edgecombe relate les faits au travers de ses écrits en 1996, alors qu’il est âgé de 104 ans et vit dans une maison de retraite (« J’avais quarante ans l’année où John a été exécuté. Je suis né en 1892. J’ai donc cent quatre ans, si mon compte est bon. »). Ainsi, la narration est à la première personne et ponctuée de retours en arrière et d’ellipses. On avance au fil des souvenirs du protagoniste (qui sont parfois un peu désordonnés : il y a sans cesse des allusions à William Wharton, Édouard Delacroix et John Caffey avant même qu’ils n’arrivent dans le bloc). De plus, l’auteur emploie un langage assez vulgaire (« vider le bocal », « comment va la tuyauterie ? ») et a parfois un humour décalé : « Au procès, les jurés sont revenus au bout de trois quarts d’heure de délibération, juste le temps d’un petit casse-croûte. Je me demande s’ils avaient faim. ».

Cette œuvre offre une dénonciation du racisme en mettant en scène un Noir innocent aux pouvoirs incroyables Il y a aussi une réflexion sur la peine de mort et une remise en question de la justice, qui ne se montre pas toujours équitable, et est souvent corrompue (les relations politiques de Percy qui lui permettent de garder son travail, l’accusation injuste retenue contre Caffey parce qu’il est Noir…). En effet, on peut remarquer que le détenu qui méritait le plus de passer à la chaise électrique (à savoir, William Wharton) est mort en dormant, sans se rendre compte de rien, tandis que c’est John Caffey un homme innocent, qui passe sur la ligne. De plus, la mort de Delacroix est un fait absolument monstrueux qui ne pourrait s’appliquer au pire des hommes. Cette œuvre pousse donc à s’interroger. La justice est-elle équitable ? Les préjugés ne la rendent-ils pas défaillante ? La peine de mort est-elle nécessaire pour rendre justice ? On peut également noter le choix du nom d’Édouard Delacroix, qui fait référence au peintre français romantique du XIXe siècle dont le tableau le plus célèbre est La Liberté guidant le peuple.

 

 

 

Le film



La-ligne-verte-affiche.jpg
 
mister-jingles.jpgLe livre a été adapté au cinéma en 1999 par Franc Darabont, avec Tom Hanks dans le rôle de Paul Edgecombe et Mickael Clarke Duncan dans celui de John Caffey. C’est le plus grand succès commercial d’une adaptation d’une œuvre de Stephen King. D’une manière générale, le film respecte l’œuvre, malgré quelques écarts (on ne voit pas beaucoup Edgecombe âgé de 104 ans dans sa maison de retraite, alors qu’il apparaît six fois dans la version papier, au début de chaque partie, et le film commence avec la découverte de Caffey avec les deux cadavres dans les bras alors que, dans le livre, ce passage arrive après son arrivée à Cold Mountain). Il est également beaucoup moins cru que l’œuvre, notamment lors des condamnations à mort (et en particulier celle de Delacroix).



Mon avis

La Ligne verte est un livre captivant. L’atmosphère sombre et mystérieuse de l’œuvre engloutit le lecteur immédiatement, même si l’histoire tarde un peu à se mettre en place. Le style de Stephen King est particulier et se démarque de celui des autres auteurs, ce qui rend ses écrits uniques, car il n’hésite pas à entrer dans les détails et est assez cru dans sa façon de s’exprimer.



Clémence de Ginestet, 1ère année Bib.-Méd., 2011

 

 

 


Partager cet article

Repost 0
Published by Clémence - dans polar - thriller
commenter cet article

commentaires

Club Stephen King 14/08/2011 14:00


Très bon article! Beaucoup plus complet que celui présent sur mon site sur Stephen King


Recherche

Archives