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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 07:00

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Stephen MARLOWE
Octobre solitaire
The Lighthouse at the End of the World
écrit en 1995
traduit de l’américain
par Dominique Péju
éditions Michalon, 1997
Gallimard, collection Folio, 2001



 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

De son vrai nom Milton Lesser, Stephen Marlowe est un écrivain américain né en 1928 à New York et décédé en 2008 à Williamsburg. C’est un auteur de roman policier, de science fiction et d’autobiographie fictive. Il a publié ses écrits sous six pseudos différents et Stephen Marlowe est le deuxième qu’il a utilisé. Il signe de ce nom son premier roman policier, Catch the Brass Ring, et son pseudonyme se trouve être un hommage à Raymond Chandler et à son célèbre détective Philipp Marlowe. Stephen Marlowe deviendra le nom officiel de Milton Lesser en 1958.

C’est à partir de 1987 qu’il commence à écrire des autobiographies fictives, en commençant par un roman intitulé Mémoires de Christophe Colomb, publié en France au Seuil et qui obtient en 1988 le prix Gutenberg. Suivent Octobre solitaire puis The Death and Life of Miguel de Cervantes.

Stephen Marlowe siège au conseil d'administration de la Mystery Writers of America, qui décerne chaque année le prix Edgar-Allan-Poe (récompense consistant en un buste d’Edgar Allan Poe), aux meilleurs auteurs de romans policiers. On peut citer dans les lauréats de ce prix de grands noms tels qu’Agatha Christie, Mary Higgins Clark ou John le Carré. Sachant cela, la décision d’écrire une autobiographie fictive d’Edgar Allan Poe n’a peut-être pas été une coïncidence.

En 1997, il reçoit un Life Achievement Award décerné par le Private Eye of America.

 

Il publie ce roman en France aux éditions Michalon, maison fondée en 1995 dont la devise est : « Aller au devant de ce qui peut nourrir le débat. Et avoir une démarche militante du point de vue des idées. »



Le récit

 

« Je m’interroge : ai-je commencé ce récit par le début ou vers l’extrême fin ? Ce sont les deux options possibles et elles s’excluent mutuellement, ainsi le problème devrait être facilement résolu. Mais, plus j’y réfléchis, plus je sens à quel point la réponse n’est pas évidente. J’ai débarqué à Baltimore le 28 septembre 1849 au soir. Je ne devais jamais voir l’année 1850, ni même le mois de novembre 49. N’est-il pas dès lors évident que le début que j’ai rédigé ne puisse être très proche de la fin ? Et cependant j’ai employé le mot « récit », voulant signifier ainsi qu’il ne s’agit pas de divagations autobiographiques. » (page 13)

 

Cette citation résume tout à fait le contenu d’Octobre solitaire. Tragique et confuse à souhait, elle introduit le récit en le définissant comme tel, ôtant alors tout doute sur  l’éventuelle dimension autobiographique que pourrait avoir ce roman, le pacte autobiographique étant de toute manière brisé par le nom de l’auteur écrit sur la couverture. Entre anecdotes réelles et fantasmagories supposées, Stephen Marlowe nous offre un aperçu de ce qu’a pu être la vie du célèbre auteur de romans mystérieux qu’était Edgar Allan Poe, tout en nous donnant sa version de ce qu’auraient pu être ses cinq derniers jours où il disparut avant qu’on le retrouve ivre mort à Baltimore.

Les derniers jours de la vie d’Edgar Allan Poe ne sont pas joyeux, ils sont même plutôt glauques. Récupéré alors qu’il se trouvait dans un état plutôt lamentable, saoul en sortant d’un bar, il est placé dans un endroit qu’on appelle « le poulailler » avec d’autres personnes à la moralité douteuse où il sera maltraité jusqu’à ce qu’il accomplisse sa mission, à savoir voter sous trois nom différents « Auguste Dupin », « Phidias Peacock » et « Thomas W. Frederick » aux élections du Congrès. Cette action étant illégale, une fois partis pour effectuer leur devoir, lui et ses compagnons de misère se font rapidement poursuivre par le parti adverse et une pluie de briques les assaille. Edgar Poe est touché et lorsqu’il revient à lui, il n’est plus le même. Stephen Marlowe nous offre une autobiographie fictive de Poe, où l’histoire est racontée (la plupart du temps) à la première personne, procédé grâce auquel nous plongeons dans les tréfonds de l’esprit du romancier.



Les personnages

Ce livre étant plutôt ardu à résumer et à appréhender, présentons-le par le biais des personnages.


Edgar Allan Poe

Tout d’abord, et de manière évidente, le personnage le plus important du roman est Edgar Allan Poe. C’est celui que nous suivons tout du long. Il est souvent narrateur mais ce n’est pas une règle d’or. Le récit est parfois raconté de points de vue différents.

Poe est présenté comme un homme pauvre, luttant pour gagner sa vie et exerçant de petits boulots pour subsister. Il n’habite pas en ville mais à la campagne, un endroit où les loyers sont moins chers et l’air plus pur pour sa jeune épouse malade, Virginia. 

C’est un auteur reconnu. Il est invité à New-York dans des réceptions et côtoie le beau monde. Cependant, son penchant pour l’alcool a tendance a créer des situations défavorables à sa réputation lorsqu’il apparaît en public. De plus, il a le sang chaud et n’hésite pas à réagir au quart de tour. Ainsi on le voit jeter un verre à la figure d’un de ses amis dans un moment de colère, ou provoquer ses connaissances, entraînant des querelles pour se défouler, comme page 47 où il n’hésite pas à traiter le rédacteur en chef du Saturday Visiter de « fils de pute ».

C’est aussi un homme frustré qui porte le poids de bien des choses. Premièrement, il perd ses parents très jeune et est élevé par John et Frances Allan, un couple de Richmond en Virginie. Il n’a pas de contact avec son frère à cette époque et Mr Allan est très dur avec lui. Il le rejettera d’ailleurs bien plus tard, avant de mourir, et si Mrs Allen est plus tendre, elle n’en est pas plus un soutien. On retrouve plusieurs souvenirs de cette période dans le livre et ces réminiscences ne donnent pas lieu à des sentiments joyeux. Une histoire de kaléidoscope est souvent mentionnée, objet qui fascine aussi bien le jeune Edgar que son père adoptif, seul lien entre ces deux hommes. Il est souvent précisé que Poe rêvait de voyager et de parcourir le monde alors que sa seule expérience outre-Atlantique était un séjour en Angleterre pour ses études. Il n’est jamais sorti des États-Unis autrement. En revanche, son frère Will Henry, qui rêvait d’être écrivain, est devenu marin et a vécu quantité d’aventures tout autour du monde, notamment une certaine aventure sur l’île de Pachatan, endroit qui sera à nouveau évoqué plus tard.

On parle finalement assez peu de la totalité de son œuvre, qu’on découvre petit à petit dans les citations de début de chapitre, mais son récit le plus marquant dans le livre est son conte Le Corbeau, écrit en 1845. C’est comme si l’œuvre s’effaçait pour ne laisser voir que l’homme qui se cache derrière Edgar Allan Poe. Octobre solitaire ne raconte pas la vie d’un auteur, mais celle d’une personne à l’imaginaire incroyable et à la vie précaire.


Virginia et le thème de l’amour

Le personnage de Virginia apparaît très rapidement dans le roman, dès le chapitre trois, par le biais de souvenirs. Au début, Virginia est présentée comme une enfant, la cousine de Poe. C’est à 13 ans qu’elle change de statut et qu’elle devient sa femme. Rapidement, elle attrape une bronchite dont elle ne guérira jamais vraiment et qui la fragilisera énormément.

Virginia est très présente dans le livre. On trouve des passages très tendres entre les deux personnages comme lors de leur voyage de noces, des passages tout en douceur. Poe est très respectueux de Virginia et de sa jeunesse. Il ne la brusque en rien. Mais au fur et à mesure de leur relation, chacun va se reprocher des choses. Virginia se reproche de ne pas pouvoir offrir à Poe ce qu’il désire, de le retenir à la campagne à cause de sa maladie, d’être un poids pour lui et de ne pas lui offrir une vie maritale (ils vivent avec la mère de Virginia, la tante d’Edgar Poe qui l’a recueilli lorsqu’il n’avait rien). Edgar Poe, au contraire, se reproche d’être si loin et surtout culpabilise. Il a l’impression que Virginia dépérit à ses côtés et que sa santé empire auprès de lui. Il ira même jusqu’à dire qu’il l’a tuée à petit feu. Il y a cependant une réelle complicité et un amour véritable entre cet homme et cette femme qui se soutiennent dans leur malheur tant bien que mal. Virginia pousse son mari à vivre afin de mener une vie par procuration à travers lui. C’est une jeune femme très forte, qui ne se plaint jamais de sa situation, ce qui augmente encore plus la culpabilité de Poe. Leur dernière résidence sera à Fordham, dans le quartier du Bronx.

Il n’y a pas que des moments de tendresse entre les deux personnages. Virginia, consciente que son mari a besoin d’une affection plus passionnelle, qu’elle ne peut pas lui donner à cause de sa maladie, le pousse dans les bras d’autres femmes. On peut l’assimiler à la figure de Sara, la femme d’Abraham dans la Bible qui, tout comme Virginia, pousse son mari à avoir des relations extraconjugales. Mais Poe est fidèle. Le seul écart que l’on peut lui reprocher est sa relation (tout à fait platonique) avec Fanny Osgood, auteur elle aussi, mariée elle aussi. Ils se rencontrent lors d’une réception donnée par Anne Charlotte Lynch, femme de lettres, qui l’introduit au monde en quelque sorte. Virginia devait accompagner Poe à cette réception mais elle fut prise d’une quinte de toux épouvantable juste avant le départ et dut rester alitée. Elle encouragea Poe à y aller sans elle afin de tout lui raconter en rentrant. Le courant passa très vite entre les deux auteurs qui se virent à plusieurs reprises après cet événement ; leur relation se transforma en « amourette », pour citer le texte. Une correspondance épistolaire s’établit entre Edgar et Fanny, correspondance qui s’éteignit en même temps que leur amour sur un malentendu provoqué par Virginia. La jalousie eut raison de cette dernière qui mit fin à leur idylle. Fanny Osgood fut la source d’une violente dispute entre Virginia et Edgar Poe, qui n’altéra cependant pas leur amour.

L’amour et les femmes sont très présents dans Octobre solitaire. Avant sa mort, Edgar Poe fut fiancé secrètement à son amour de jeunesse, Elmira Royster. Une autre femme fut également présente dans la vie de Poe, mais pas dans la réalité…


Auguste C. Dupin

Quiconque a déjà lu Edgar Allan Poe a entendu parler de Dupin. Afin d’éclairer les esprits moins au fait de l’œuvre de Poe, précisons que Dupin est un personnage décisif, présent dans les Histoires Extraordinaires. C’est un détective qui ne vit que la nuit et résout différentes énigmes grâce à un sens du discernement hors du commun et presque magique. Dans Octobre solitaire, il a sensiblement le même rôle. Il se donne comme mission de résoudre le « cas des frères Poe » et de définir ce qui arrive à chacun d’eux. C’est le conseiller de Poe, son ami. Il l’accompagne jusque dans son dernier souffle. Et finalement, on peut même se demander si Dupin n’est pas la conscience de Poe qui serait personnifiée de manière plus ou moins réelle.



La question du réel et de l’imaginaire

La frontière entre le réel et l’imaginaire est on ne peut plus floue dans ce roman.


On peut douter de toute une partie de l’histoire, de la véritable aventure qui se joue en réalité. Dans le récit « Comment les Yaanek ont perdu leur Dieu », qui est d’ailleurs un livre qu’on attribue à Poe sans que cela soit véritablement certain, nous est racontée l’histoire d’un peuple indigène qui vivait pour servir une idole, une statuette. Cette statuette fut un jour détruite par deux étrangers et, à partir de ce moment, le peuple dépérit.

La première fois que Poe se perd dans un réel qui n’est pas le sien, c’est au début du roman, après avoir été percuté par une brique. Il se relève en pensant s’appeler Phidias Peacock, se rend dans une demeure qu’il croit la sienne et rencontre une jeune femme habillée en Amazone du nom de Nolie Mae Tangerie qui semble connaître son frère et lui parle d’un Tesson à retrouver, pour lequel elle serait capable de tuer. Tout au long du roman, nous retrouvons cette femme sous diverses identités (Nola May Frederick, Maia Tangeri). Nola deviendra narratrice le temps d’un chapitre pour nous expliquer qui elle est, d’où elle vient et son rapport avec le Tesson qu’elle cherche. Plus tard, Poe trouve un Tesson dans la cave de l’ancien appartement de son frère, Tesson qui l’emmène dans un autre monde le temps d’une poignée de secondes. A partir de ce moment, nous ne savons plus où se termine le réel et où commence l’imaginaire. Poe part terminer un manuscrit dans un phare où il retrouve la trace de son frère censé être mort. Est-ce la réalité ? Il devient subitement Thomas W. Frederick, fils d’un riche propriétaire de plantation à Panchatan, endroit qui se trouvera être plus tard le théâtre des aventures liées au dieu-statuette. De Thomas, il devient Phidias, ne comprend plus ce qu’il fait, se voit lui-même, Edgar Poe, sortir d’un bar un peu avant la fin de sa vie terrestre. Est-il schizophrène ? L’imaginaire prend-il le pas sur le réel ? Est-il devenu fou ? La brique qui l’a percuté lui a-t-elle fait perdre l’esprit ? Nous sommes dans la plus grande confusion. Les personnages de la réalité apparaissent dans un autre univers, passent d’un monde à l’autre par l’hypnose ou le Tesson, et finalement, c’est alors que ce que Marlowe fait dire à Poe prend tout son sens :

 

« Parfois, n’importe où est mieux qu’ici. Je dois apprendre à ne pas croire à tout ce que j’écris. Car qu’est n’importe où sinon un autre ici, qui nous attend ? Et pourquoi devrais-je m’attendre à ce que le prochain ici soit meilleur que le précédent ? Ou pourquoi, parmi une multitude de possibles, n’importe où, celui-ci, et non un autre, deviendrait-il un nouvel ici ? » (page 56-57)

 

On réalise alors que la frontière entre réalité et imagination n’est pas cruciale pour Poe et qu’il n’exclut pas l’existence d’autres mondes dans lesquels nous pourrions vivre.

Toute cette interrogation est reprise dans les dernières pages de sa vie, lors du récit de ses derniers jours, où tout semble se mélanger dans la tête de Poe et on commence même à douter de ce que l’on prenait pour réel. À la fin du roman, Dupin essaye de faire comprendre à Poe que ce qu’il vit n’est pas la réalité et qu’il est en train de rêver. Cela se tient et des caractéristiques du rêve se retrouvent dans le livre. Lorsque Poe se voit comme une autre personne et que son identité change brusquement ou lorsque plusieurs personnes de sa connaissance se retrouvent ensemble confrontées à une situation étrange. La difficulté à discerner le réel de l’imaginaire se trouve également dans le fait que tout se relie d’une façon ou d’une autre et que la question du « et si c’était vrai » se pose souvent.



Ce roman utilise la vie de Poe comme une base sur laquelle exploiter le rapport à l’imagination que peut avoir un auteur avec son œuvre. De plus, le mystère planant autour de ces cinq derniers jours de sa vie dont personne ne sait rien est un matériau rêvé pour un auteur tel que Stephen Marlowe.

Les hallucinations présentes dans le livre sont finalement très proches de ce que l’on peut trouver dans les contes d’Edgar Allan Poe. L’univers est le même, le fantastique demeure. Le flou du réel est en fait un élément central de l’œuvre de Poe, et c’est l’essence même de l’œuvre de Marlowe. Plus que la réelle biographie de l’auteur, il est intéressant avant de lire ce texte d’avoir une connaissance des différents titres de Poe, d’avoir lu ses œuvres, afin de comprendre les références présentes dans ce livre.

C’est un livre très dense avec beaucoup d’événements qui s’entrecroisent et s’enchâssent. Sur un fond d’autobiographie fictive nous suivons plusieurs aventures menées par divers personnages.

Il est parfois difficile de suivre l’histoire de ce roman, mais ce dernier est cependant très intéressant. La structure, originale, nous perd dans un monde où l’on n’est sûr de rien et où tout est possible. Le tout est de se laisser entraîner dans la narration en laissant de côté son esprit cartésien et en profitant du plaisir de lecture.


Sarah Chamard, 2e année édition-librairie.

 

 

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