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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 07:00

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Susan ABULHAWA
Les matins de Jénine

Traduit de l’américain

par Michèle Valencia
Editions Buchet/Chastel, 2008

Editions Pocket, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Susan Abulhawa est née en 1967 dans un camp de réfugiés palestiniens, alors que ses parents venaient d’être expulsés et dépossédés de leurs terres par Israël à la suite de la Guerre des Six Jours. Elle a grandi dans divers pays (le Koweït, la Jordanie, Jérusalem-Est occupée...) avant de venir vivre aux Etats-Unis, où elle a suivi des études de sciences biomédicales à l’Université de Caroline du Sud et a effectué depuis une brillante carrière de biologiste médicale.


Les Matins de Jénine est son premier roman. Il a remporté le Best Book Award 2007 dans la catégorie Fiction historique.


Allons tout droit vers le Sud, là où l’air libère un chant de résistance, un chant d’humanité malgré les pressions et les bombes de l’occupant…

Extrait du roman. C’est en 1947. Hassan, palestinien, discute avec son ami israélien juif, Ari.


« La situation est grave, Hassan, dit Ari. Les sionistes sont très bien armés. Ils ont recruté des soldats parmi les Juifs qui arrivent tous les jours par bateaux entiers. Il y a des choses que tu ignores, Hassan. Ils disposent de véhicules blindés, et même d’avions.
[…]
Hassan, ils vont prendre la terre. Ils ont lancé une campagne à travers le monde intitulée “la Palestine, une terre sans peuple”. Ils vont en faire un pays juif.
[…]
Ce n’est pas facile, Hassan. Je suis juif. En fait, je trouve que ce n’est pas juste. Mais tu ne peux pas savoir par quoi nous sommes passés. Ça nous a tués, même si nous en avons réchappé. Tu n’as jamais remarqué le regard vide de ma mère ? À l’intérieur, elle est morte. Mon père aussi. Hassan, tu n’imagines pas comment c’était. Et maintenant, nous ne sommes plus certains d’être à l’abri. Papa affirme que ce qu’ils font est injuste et il ne veut pas y participer. Mais nous ne sommes plus à l’abri. Il paraît que les Britanniques vont se retirer. Et alors, l’inévitable se produira. Ils sont bien décidés à faire de ce pays un Etat juif. Mais je crois que si les Arabes acceptent, tout se passera bien, nous pourrons vivre ensemble. »


Hassan s’assit par terre à côté de son ami. « Tu viens pourtant de dire qu’ils voulaient un Etat juif.


–  Oui, mais je pense qu’ils permettront aux Arabes d’y rester. » Les mots étaient sortis de sa bouche avant qu’Ari puisse les arrêter.


« Alors comme ça, ces immigrants vont me permettre de rester dans mon propre pays ?
»
riposta Hassan en haussant le ton.
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Pour essayer de faire simple, cette fiction historique retrace la vie des membres de la famille Abulheja sur trois générations. Tout commence en 1941, à Ein Hod, un village palestinien où la majeure partie des habitants vivent de la culture des olives. Puis en 1948, année de la création de l’Etat d’Israël sur les terres historiques de la Palestine, Ein Hod est détruit, occupé par la population nouvelle. Ainsi, les habitants du village et notamment la famille Abulheja sont amenés à se réfugier dans le camp de Jénine. Tout au long du roman nous les suivons de très près, nous vivons presque avec cette famille. Au fil de l’histoire et toujours dans un contexte colonialiste, Susan Abulhawa consacre le récit à la dernière fille de la famille, Amal, nom qui signifie « espoir » en arabe. Dès son plus jeune âge, la jeune fille voit tout, entend tout, comprend tout. Entre malheurs, séparations, souvenirs, Amal vit. Plus tard, elle partira pour les États-Unis chercher une vie meilleure. Cependant, elle ne se remettra jamais de cette ultime séparation. Entre sa nouvelle vie et la Palestine meurtrie, elle tentera de réunir à nouveau les siens.


Bien sûr, en lisant ce résumé, on ne peut que se demander si ce roman a un aspect autobiographique ou non. Libre à nous de supposer ce que l’on veut. Sur ce point, nous pouvons néanmoins relever quelques lignes de la préface de l’auteur :
« Bien que les personnages de ce roman soient imaginaires, la Palestine, elle, ne l’est pas. Pas plus que les événements et personnages historiques qui apparaissent au fil du récit. […] J’ai essayé de restituer aussi honnêtement que possible le cadre et le déroulement des faits en me fiant à ma mémoire et à des documents d’archives. »

Les enfants naissent tandis que les bombes éclatent. Mais tous, hommes, femmes, enfants, vieillards, tous vivent. Dans des conditions humainement déplorables, mais sans plainte aucune. Simplement en savourant des moments de tendresse, de plaisir, de souvenir, de projet, de sourire… Ils vivent simplement de la chance consciente qu’ils ont d’être en vie, ensemble, entourés de générosité, de solidarité, de révoltes, d’amour, de rêves et d’espoirs. Parce que c’est à l’intérieur de leur peuple qu’ils trouvent les valeurs et les promesses que les pays arabes voisins et l’Occident ne leur accordent pas.


Un livre bouleversant, dont on ne veut pas se détacher une fois qu’on l’a commencé, qui fera verser des larmes aux plus sensibles et aux plus révoltés. Mais un livre empli d’humanité, d’espoir en l’homme, tant nous le voyons dans toute sa splendeur : avec ses contradictions mais surtout, avec tout l’amour qu’il porte en lui.


On ne voudrait pas que ce livre se termine car on aimerait voir grandir tous ces enfants, sur un sol libre, qui leur appartient, sans occupation. On voudrait qu’à l’instant où on achève la lecture, la Palestine renaisse dans la réalité, qu’elle puisse s’épanouir à son gré.

Extrait du discours de Mahmoud Darwich, poète palestinien, prononcé à Ramallah en 2002.


« Nous souffrons d'un mal incurable qui s'appelle l'Espoir.


Espoir de libération et d'indépendance. Espoir d'une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l'école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d'amour et de paix.


Merci de porter avec nous le fardeau de cet espoir. »


 
terre_palestine.jpg

Emeline K., 1ère année Bib

 

 

 

 

 

 

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