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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 07:00

Comme du sable
Texte Sylvain LEVEY
Mise en scène et scénographie
Pascale Daniel-Lacombe

 

 

 

Avec Ophélie Marsaud – Mélanie Jaunay – Sophie Tzvetan – Audrey Le Bihan – Etienne Kimes – Léo Reynaud – Nicolas Orlando – Romain Louvet / Création lumière Xavier Baron / Création sonore Stephan Krieger /Son – Vidéo Clément Marie Mathieu / Plateau Stéphane Holvêque / Costumes Claire Bigot

création lumière xavier baron  / régie lumière yvan labasse / création sonore stephan krieger / son - vidéo clément - marie mathieu / plateau stéphane holvêque / costumes claire bigot / stage de formation danse Cie Ex Nihilo

production Théâtre du Rivage
coproduction TnBA Théâtre National de Bordeaux Aquitaine - Scène Nationale Bayonne - Sud Aquitain - Le Moulin du Roc Scène Nationale Niort - Théâtre Georges Leygues / Villeneuve sur Lot - Théâtre Le Liburnia / Libourne - OARA Office Artistique de la Région Artistique - Espace Michel Simon de Noisy le Grand - Conseil Général des Landes - Arguia Théâtre et la ville de Dax - Communauté d’Agglomération du Marsan

La compagnie du Théâtre du Rivage est conventionnée par le conseil Général des Pyrénées Atlantiques, soutenue par la DRAC Aquitaine, la Région Aquitaine. La compagnie est implantée à Saint Jean de Luz et  associée à le Scène Nationale Bayonne - Sud - Aquitain pour trois saisons

Le Théâtre du Rivage est implanté à Saint-Jean de Luz et associée à la scène nationale de Bayonne et du Sud Aquitaine.



Une critique à demi-voilée d’un monde sans concession

Scène ouverte, passerelle à mi-hauteur sur roulettes, siège en bois pliant, c’est un décor épuré et chaotique qui accueille le spectateur au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine du 3 au 6 avril 2013 pour Comme du sable. Les acteurs sont déjà là, regardant les gens qui s’installent. La salle se remplit bruyamment, les classes sont nombreuses et les spectateurs déconcertés par l’absence d’ouverture solennelle. Petit à petit, le silence se fait.
Sylvain-Levey-Comme-du-sable-01.jpg

© Xavier Cantat

 

Un jeune homme imposant et une jeune femme se retrouvent en milieu de plateau et s’embrassent longuement. La première scène est jouée par l’ensemble de la troupe : les répliques fusent et rebondissent dans les bouches. On comprend que ces deux-là sont américains, vivant dans une banlieue résidentielle, avec des voisins qui regardent avec joie un documentaire sur les rapports de classe entre les escargots.


Le couple est désabusé : victime de la crise des subprimes comme bientôt leurs voisins, dont le fils, banquier, «investit», ils ont tout perdu, et en particulier l’amour qui les unissait.

 

Sylvain-Levey-Comme-du-sable--03.jpg

© Xavier Cantat
 

 

Ce passage constitue l’introduction à une succession de courtes scènes qui invite le spectateur à se questionner sur la vacuité de sa société, de notre société. Ce fil rouge relie ces vingt et une propositions : vingt et un fragments de vie percutants, critiques d’un monde en crise qui pousse à la consommation de masse, qui laisse les gens se pendre devant la faillite, qui sous-estime le racisme ambiant autant que la solitude, qui met des enfants en prison sans se questionner sous couvert de peur pour soi-même... Les angles d’attaque sont nombreux et divers, les chutes inattendues et finement travaillées. Les raccourcis langagiers sont décortiqués, déconstruits. Comme ce parallèle entre « vie active » et « vraie vie ». Ou l’importance d’être « dynamique » avec un acteur survolté, presque hystérique. On rit jaune, on grimace plus volontiers. On se sent perdu par la musique, mal à l’aise avec l’ironie de ce texte engagé. On méprise certains personnages, on a pitié d’autres à première vue. Les mots mettent en lumière des situations criantes de banalité par petites touches. Cette présentation de faits divers met le spectateur face à ses propres failles, à son manque de logique et à sa demi-mesure. Et la prose fait son chemin dans sa tête... On ne ressort pas indemne de la représentation de Comme du sable, malgré l’apothéose de la dernière scène, potentiellement optimiste, énumérant des faits  historiques dans le désordre : « et au milieu à peu près de tout cela, dans ce beau bazar qui fait la vie, il y a moi, et puis vous, et puis on verra bien ce qu’il va se passer ».

 


Sylvain Levey Comme du sable 02

© Xavier Cantat

 

Un théâtre engagé qui se voit et se lit   

L’auteur, ancien comédien, est reconnu pour ses textes de théâtre dit pour jeune public. Il a écrit quatorze pièces et répond essentiellement à des commandes dans son écriture. Les productions que nous avons eu l’occasion de lire sont engagées et soulignent subtilement les souffrances des personnages1 et les incongruités et les cruautés de la vie. Contrairement à son habitude, il connaissait les acteurs et leur potentiel avant d’écrire. Revendiquant d’offrir au public «plusieurs portes d’entrée», soucieux que le public se pose des questions à la vue de ces pièces, Sylvain Levey a, à mon sens, magistralement relevé le défi.

Ses mots sont servis par une équipe d’acteurs assez inégaux et on regrette d’avoir peiné à entendre la prestation d’une des actrices qui ne faisait pas suffisamment porter sa voix, peut-être gênée par le bruit de la salle. Ces acteurs évoluent parfois dans une mise en scène épurée souhaitant rappeler le réel, sont parfois mis en avant, seuls, par la lumière.

Pas de nom, pas d’identité, ils sont « une femme », « un homme », « un couple ». Ici, le théâtre se voit et se lit. La densité du texte invite en effet à le lire2 pour prendre toute l'ampleur de la « claque » que l'on reçoit lors de la représentation. Car ce fut l’effet ressenti pour ma part, tant les tracas de tous les jours peuvent cacher des réalités bien plus graves. J’ai souri souvent et me suis demandé : « qu’est-ce que j’aurais fait, moi? Comment aurais-je réagi ? ». Je me suis sentie très bête, empêtrée dans mon quotidien, mais aussi un peu plus consciente de la réalité m’entourant.

Le texte est clairement ancré dans notre temps, des références sont faites aux derniers faits divers, notamment à certaines paroles d’hommes politiques. C’est à la fois sa force et sa faiblesse : il est facilement accessible au spectateur contemporain. Qu’en sera-t-il dans des décennies ? Une peinture sans complaisance d’une époque en crise, avec des éléments factuels servant un propos universel.   


Maude E., AS Bib.

 

Notes

 

1. On pense notamment à Alice pour le moment. L’héroïne y parle de ses parents : « Mes parents étaient comme des fauves qui cherchent toute la journée de quoi manger pour le soir. J’imagine que la tendresse est un luxe dont on peut jouir quand le gîte et le couvert ne sont plus un problème. ».Ou encore dans Cent culottes et sans papiers : « Kiabi ® / La mode à petits prix / Fabriquée dans le sud de l’Inde / Par des Indiens tout petits petits. ».

 

2. On remercie à cet égard Sylvain Levey qui a eu l'amabilité de nous donner à lire ce texte inédit après la représentation

 

Pour en savoir plus

Sur la pièce :  http://theatredurivage.com/?page_id=219

Sur la compagnie Théâtre du rivage : http://theatredurivage.com

Sur Sylvain Levey : http://www.editionstheatrales.fr/auteurs.php?choix_auteur=173

 http://theatredurivage.com/?page_id=231

 http://vimeo.com/channels/theatralesjeunessea10ans/32175455


À écouter

 

L’émission «Les mercredis du théâtre » du 2 mars 2011 sur France culture : http://www.franceculture.fr/emission-les-mercredis-du-theatre-10-11-quel-theatre-pour-le-jeune-public-2011-03-02


À lire

Par les temps qui courent, Éditions Lansman, 2004

Ouasmock ?, Éditions théâtrales, 2004

Enfants de la middle class / Ô ciel la procréation est plus aisée que l’éducation / Juliette (suite et fin trop précoce), Éditions théâtrales, 2005

Journal de la middle class occidentale, Éditions théâtrales

Pour rire pour passer le temps / Petites pauses poétiques, Éditions théâtrales, 2007

Alice pour le moment, Éditions théâtrales, 2008

Cent culottes et sans papiers, Éditions théâtrales, 2010

Comme des mouches, pièces politiques, Éditions théâtrales, 2011

Costa le Rouge, Éditions théâtrales, 2011

Lys Martagon, Éditions théâtrales, 2012


Avec Juan Cocho, Daniel Keene,

Court au théâtre, Éditions théâtrales, 2005


Avec Lancelot Hamelin, Philippe Malone (et AL)

L’extraordinaire tranquillité des choses, Éditions Espaces, 2006


Avec Michel Azama, Nathalie Papin (ET AL)

Les 120 voyages du Fou, Éditions théâtrales, 2008


À voir

L’agenda de la compagnie du Théâtre du rivage :
http://theatredurivage.com/?page_id=173

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Published by Maude - dans théâtre
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