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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 07:00

Toru-Fujisawa-tokko.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FUJISAWA Tōru
藤沢 とおる
Tokkō

特公

(tome 1)
Pika éditions

collection Senpai, 2007





 

 

 

 

 

 

 

L’auteur


toru_FUJISAWA.jpgFujisawa Tōru est un mangaka japonais né le 12 janvier 1967 à Hokkaidō. Dans son enfance, il appréciait tout particulièrement les mangas et animes notamment ceux de Go Nagai, le créateur de Goldorak, à qui il voue une grande admiration. Il commence à dessiner dès la maternelle et publie son tout premier roman à l’école primaire. Mais c’est au collège qu’il se lance réellement dans la réalisation de mangas en créant des histoires originales ou en faisant des parodies d’animes connus, ce qu’on appelle des Dōjinshi (ou Doujinshi).

Durant sa scolarité, Fujisawa Tōru apparaît comme un élève moyen et plutôt dissipé bien qu’il obtienne quelques prix dans les domaines artistiques. À la fin du lycée, il lance un fanzine avec ses amis. C’est la révélation, il découvre sa vocation et décide de devenir mangaka. Il part alors pour Tokyo où il s’installe. Le Magazine Fresh accepte alors de prépublier son premier manga.

Il fait ainsi ses débuts en janvier 1989 avec Love You toujours dans le magazine Magajin Fresh tout en devenant l’assistant d’un célèbre mangaka. L’expérience sera pour lui enrichissante et lui permettra d’affiner son sens de la perspective et du détail. À partir de cet instant, les succès arrivent et s’enchaînent.

Dans un premier temps avec Adesugata Junjou Boy, qu’il publie en quatre volumes chez Kodansha de 1989 à 1990 et où il nous narre les aventures d'un garçon forcé par son père à se déguiser et se comporter comme une fille. Puis, dans un second temps en 1991 avec Shonan Junaï Gumi ou Young GTO (en cours d'édition en France). C’est dans ce manga qu’apparaît pour la première fois son personnage, aujourd’hui fétiche, Eikichi Onizuka et l’ami de ce dernier, Danma Ryuji. La série, composée de 31 volumes répartis sur 6 ans de travail et publications, connaît alors une grande réussite.

Mais Fujisawa y mettra un terme pour se consacrer à Bad company (histoire de la rencontre entre Onizuka et Ryuji) puis en 1997 à GTO (la suite de Shonan Junaï Gumi) où on retrouve à nouveau Eikichi Onizuka. Ici, il devient le professeur le plus anticonformiste du Japon.

Publié pour la première fois dans l'hebdomadaire Shōnen Magazine, GTO devient rapidement un manga incontournable et un best-seller international. Fujisawa obtient la consécration en 1998 en remportant la 22e récompense de la Kodansha. À la fois miroir de la réalité de la société et décalée, la série se fait le reflet du sens de l’observation de son auteur qui s’inspire de sa vie personnelle : son quotidien, ses assistants, ses amis, les émissions de télévision, l’attitude des badauds et même les conversations des usagers qu’il entend dans le métro. C’est pour cette œuvre qu’il est le plus connu en France.

Peu de temps après avoir achevé cette série, Fujisawa change de genre en se lançant dans une série plus noire où il parvient habillement à mêler humour, action et batailles sanglantes : Rose Hip Rose. Son succès devient alors variable et il est contraint d’interrompre la publication de Rose Hip Rose en 2003 puis celle de Tokkô contre l'avis des fans européens qui le soutiennent. En 2006, il reprend et termine l’histoire de Rose Hip Rose pour ensuite en commencer une autre, parallèle, Rose Hip Zero.

À la même époque, Fujisawa participe en tant que scénariste à la série Baseballers et prépublie également Himitsu Sentai Momoider dans le Weekly Young Jump Magazine. Un an après la parution du 25e et dernier tome de GTO, il commence un nouveau manga en trois volumes : Tokkō, qui mêle cette fois ci le rêve, la notion de parcoure initiatique, le fantastique, l’enquête policière, et s’adresse à un public plus mature au vu des scènes parfois d’une grande violence qu’elle contient. Ce nouveau style surprend et fait mouche notamment auprès du public européen bien que la parution soit stoppée au bout de trois tomes. Néanmoins, on sait que la série connaîtra une suite et comprendra certainement une douzaine de volumes au final.
 
Grand travailleur, Fujisawa est un mangaka qui aime toucher à tous les styles et nous surprendre. Il bouillonne littéralement d’idées et de scénarios nouveaux qu’il cherche à explorer. Pour lui, ce sont les personnages eux-mêmes, ainsi que leurs caractères, qui font évoluer ses histoires dans telle ou telle direction. Cette « liberté » ne l’empêche cependant pas d’accorder une attention quasi maniaque à ses dessins qu’il retouche sans cesse dans les moindres détails dans un désir de perfection.

En 2007, Fujisawa commence une nouvelle série nommée Kamen Teacher, qui renoue avec l’univers scolaire et la baston, thèmes qui avaient permis sa consécration avec GTO. On retrouve ici aussi un professeur atypique et peu conventionnel mais cette fois-ci chargé d’enseigner à une classe de délinquants. La série à peine terminée, il poursuit avec Revend D, nouveau titre dont on pressent qu’il nous réserve de nouvelles surprises. Mais qu’attendre d’autre d’un auteur qui déclare vouloir toujours surprendre ses lecteurs ? Il est aussi à noter qu’il a repris la narration des histoires d'Onizuka depuis le 9 juin 2009 dans un nouveau titre, GTO Shonan 14 Days.



Résumé

2011 à Tokyo. La capitale du Japon est en proie à une vague de criminalité sans précédent. Face à l’augmentation croissante des crimes, la police crée la Tokkō, groupe spécial d’enquête.

Le personnage principal, Shindō Ranmaru fait partie des nouvelles recrues du département de police de la Tokki. Son ambition est de réduire à néant la criminalité, et d’élucider le mystère de la tragédie de Machida qui a bouleversé son enfance. Cette journée, il ne peut l’oublier, car elle les a vus, sa sœur et lui, devenir orphelins. Sur les habitants du bloc d’immeubles où habitaient les Shindō, 185 personnes sont mortes, sauvagement assassinées et retrouvées mutilées par des bêtes sauvages que pourtant personne n’a vues. Sa famille, ses amis, ses voisins, tous sont morts. Mais une dizaine d’enfants semblent avoir miraculeusement survécu comme ce fut le cas pour Shindō et sa sœur.
toru_FUJISAWA-Tokko-possedes.jpg
Durant une mission avec sa division et son meilleur ami et collègue Hanazono, Shindō se fait attaquer par de jeunes délinquants au comportement étrange . Ces derniers semblent possédés par des espèces de parasites à visage humain collés sur eux et libérés par un autre monstre à apparence humanoïde. Devant leur sauvagerie, leur force inhumaine et face à l’inefficacité de leurs balles, tout semble perdu. Mais surgit alors une fille aux cheveux rouges qui sauve les rescapés de son équipe en tranchant les monstres à coups d’épée. Cette fille, Shindō la connaît, et pour cause, il la voit en rêve presque toutes les nuits tenant à la main une épée et juchée sur un monceau de cadavres sanglants.

En réalité, cette fille appartient à la Tokkō, unité secrète de la police dont le rôle officieux est d’éradiquer les monstres et de couvrir leurs agissements pour éviter un mouvement de panique général. Cette inconnue s’appelle Suzuka ; elle aussi est l’une des survivantes de Machida et elle apprend à Shindō que cette tragédie n’est pas sans rapport avec les choses qui viennent de les attaquer. D’après elle, elles rechercheraient les survivants de Machida ; elle le met donc en garde. Il apprend aussi à cette occasion que l’ensemble de la Tokkō, à laquelle elle appartient malgré son jeune âge, est composée de rescapés de cette tragédie.

Shindō entreprend alors d’entrer à la Tokkō afin de se rapproche de son but, mais cela ne sera pas sans problèmes pour lui comme pour le reste de son entourage au vu de la menace de possession.



Analyse

Les personnages

Shindō Ranmaru, le personnage principal, a 24 ans, il vit avec Shindō Saya, sa sœur, avec qui il entretient une relation très fusionnelle depuis la mort de leurs parents. Tous deux appartiennent aux forces de l’ordre. Au début du premier volume, on le voit obtenir son diplôme et devenir membre de la 3e division de la Tokki, le groupe spécial d'enquêtes antiémeutes créé par l'Agence Nationale de Police. Sa vocation n’a qu’un seul motif, le désir de retrouver les assassins de ses parents. C’est un personnage à l’apparence un peu gamine bien qu’il lui arrive de prendre des expressions graves qui contrastent avec cette première expression.

Toutes les nuits, Shindō rêve d’une jeune femme aux cheveux rouges se tenant sur un charnier une épée à la main. Ses sentiments à propos de cette femme sont ambigus mais ce qui est certain c’est qu’il éprouve une certaine attraction et fascination pour elle. De prime abord, on se demande si elle ne serait pas l’expression d’un fantasme de Shindō. Peu après sa prise de service, il découvrira que cette fille, Sakura Rokujō existe réellement et appartient à la Tokkō. Dans sa quête de vérité, Shindō est aidé d’Hanazono, son collègue et meilleur ami depuis l’école de police. Ce dernier lui a promis de l’aider à découvrir la vérité sur le drame de Machida et d’en trouver les responsables. Affecté avec Shindō à la division de Shibuya, il va, comme leur supérieur aux attitudes d’ancien voyou, être entraîné dans cette aventure.

Durant leur enquête, les personnages vont être amenés à s’intéresser aux circonstances de la tragédie de Machida et au séisme qui l’a précédée, créant en plein Tokyo un gouffre aujourd’hui étroitement surveillé par la Tokkō.


Les références

Tout au long de ce premier tome, on trouve des références et des sens cachés. Tout d’abord le nom de l’équipe spéciale, « Tokkō », qui n’est pas anodin ; c’était en effet le nom de la « Haute police spéciale » (特別高等警察) qui était une force de police établie au Japon en 1911. Cette division avait pour but d’enquêter sur les groupes politiques et les idéologies vus comme une menace à l'ordre public. À l’époque, elle avait acquis le surnom de Shisō Keisatu ou « police de la pensée ». Cette homonymie semble voulue et il est à penser que l’auteur a voulu ici y faire un clin d’œil. Dans l’esprit de Fujisawa, c’est comme si l’ancienne menace politique avait aujourd’hui fait place à une menace surnaturelle.

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L’apparence des monstres. Tout d’abord il y a celle des « parasites », lancés par les démons, et qui ont été les premières créatures auxquelles Shindō et ses amis ont été confrontés. Ces parasites possèdent des corps d’insectes surmontés de visages humains rappelant ceux de nourrissons. L’auteur a-t-il voulu nous faire comprendre que ce qui rend les possédés inhumains n’est pas tant le parasite qu’une partie d’eux-mêmes ? D’après moi, cela renvoie à la dualité humaine et à la partie sombre qui fait partie de chacun d’entre nous.

toru_FUJISAWA-Tokko-monstre.jpgPuis viennent ensuite les autres monstres à l’apparence plus « humanoïde » mais au look assez particulier. Le haut du visage bandé, parfois un bâillon sur la bouche, des pics autour du cou et de multiples bandages font d’eux des sortes de momies revisitées. Tout cela m’évoque la culture gothique, certaines pratiques comme le bondage (très populaire au Japon), mais aussi les « trois singes de la sagesse ». Ce dernier symbole, illustre à l’aide des gestes de trois singes cette ancienne maxime : « Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal » qui, si elle est respectée, permettra le bonheur à son adepte. Il est aussi à noter qu’une des plus anciennes  représentations connues de ces trois singes se trouve au Nikkō Tōshō-gū, l'un des Sanctuaires et temples de Nikkō au Japon. C’est donc un symbole qui fait entièrement partie de la culture japonaise. Là aussi, l’apparence des monstres fait référence à quelque chose de positif alors que, dans l’histoire, ils représentent le mal. De même, après leur première apparition, ces monstres changent d’apparence pour en revêtir une plus humaine avant de redevenir monstrueux au fil de leurs meurtres et possessions. Ainsi, leur brève apparence humaine serait une sorte de stade dans leur évolution ce qui renvoie, selon moi, au visage des parasites qu’ils contrôlent et aux rites funéraires de l’ancienne Égypte. Cette dernière référence semble pertinente au vu de leur première apparence. Ainsi, c’est comme si les meurtres commis redonnaient vie à leurs corps desséchés. Or, les Égyptiens pensaient qu’en momifiant les morts ils leur permettraient d’accéder à l’Au-delà et à l’immortalité, comme ce fut le cas pour l’un de leurs dieux, Osiris.



Impressions de lecture

C’est un manga à l’intrigue difficile, de prime abord, mais dont le graphisme vaut le détour. L’auteur nous fait rapidement entrer dans l’histoire et on se met assez naturellement à éprouver de l’empathie pour les personnages. Très vite, on en vient à partager leur désir de vérité face aux mystères qui s’offrent à eux. Qui sont les responsables du massacre de Machida ? D’où viennent les monstres apparaissant à Tokyo? Ont-ils un rapport avec la faille de Tokyo et les événements de Machida ? Quelle est la véritable fonction de l’équipe Tokkō ?

Le suspens reste entier et la lecture devient vite passionnante. Et, c’est ce plaisir qui a motivé mon désir de partager ce manga. À travers cet ouvrage, j’ai pu également découvrir, dans une ambiance proche du polar américain, le paysage urbain de Tokyo, ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant. De même, l’apparition de démons (« Yōkai » en japonais) fait entrer l’inhumain au sein du récit, ce qui ajoute alors une dimension surnaturelle à l’histoire, tout en faisant le lien avec les anciens mythes de la culture japonaise encore profondément ancrés chez les Nippons.

 

 

Perrine, 1ère année Bib.-Méd. 2010-2011


Webographie


- Page consultée sur le site Bedethèque :
 http://www.bedetheque.com/auteur-6141-BD-Fujisawa-Toru.html
 
- Pages consultées sur le site  Tokkô FR :
 http://tokkofr.free.fr/index.php?page=auteur-tokko
 http://tokkofr.free.fr/index.php?page=personnages-tokko

- Pages consultés sur Wikipedia :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C5%8Dru_Fujisawa
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Tokk%C5%8D
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Singes_de_la_sagesse
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Rite_fun%C3%A9raire#.C3.89gypte_antique

 

 

 

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