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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 07:00

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Taichi YAMADA
Présences d’un été
 

Ijin-tachi to no natsu.

(異人たちとの夏)

Traduction : Annick Laurent

Picquier, 1998

Picquier poche, 2006










 

 

 

 

Taichi Yamada est né à Tokyo en 1934. Il est célèbre au Japon pour ses scénarios télévisés. Il a également écrit beaucoup de romans et pièces de théâtre. Site de l'auteur (en anglais) ici.
Ijintachi-tono-natsu.jpg
 

 

 

 

Présences d’un été a été publié au Japon en 1987, et est paru en France aux éditons Picquier en 1998, puis en 2006 pour l’édition de poche. Il a été traduit par Annick Laurent. L’original japonais a remporté en 1987 le prix Yamanoto Shugoro. Le roman fut adapté au cinéma un an après sa parution sous le titre : Ijintachi tono natsu (異人たちとの夏)


 

 

 

 

 

 

Résumé

Difficile de faire un résumé tant le roman est riche de détails et de rebondissements ; pour ne pas dévoiler tout l’intérêt du l’histoire je ne résume ici que les premiers événements.

Le narrateur, Hideo Harada, a quarante-sept ans, tout comme l’auteur ; il est scénariste de télévision, il a un fils de dix-neuf ans, à qui il parle peu, et vient tout juste de divorcer de sa femme. Ses parents sont morts renversés par une voiture quand il avait douze ans. C’est un homme solitaire qui, depuis son divorce, vit à son bureau qu’il loue dans un grand immeuble près d’un axe autoroutier à Tokyo. Les appartements étant principalement loués comme bureaux, la nuit, il est la seule âme qui vive de tout l’immeuble. Du moins c’est ce qu’il croit, jusqu’au jour où il rencontre la mystérieuse Kei, elle aussi résidente de l’immeuble. Un soir, l’étrange locataire se présente à sa porte, une bouteille de champagne à moitié vide à la main, à la recherche d’une certaine compagnie, mais Hideo ne la laisse pas entrer, préférant sa solitude.

Le temps passe et, le jour de son anniversaire, Hideo est poussé par l’envie soudaine de retourner dans le quartier populaire de son enfance à Asakusa. Hideo se replonge dans ses souvenirs et, en entrant dans un bar, il fait la rencontre d’un homme ressemblant trait pour trait à son père. Surpris, Hideo suit cet homme qui l’invite chez lui et, de nouveau, l’impensable se produit : la femme de l’homme en question est elle aussi l’exact sosie de sa mère décédée.

Passé l’effet de surprise, ce jeune couple semble bien être les parents d’Hideo Harada. Le héros renoue alors des instants de vie avec ses parents dont il n’avait jamais pu véritablement faire le deuil.

Entre temps, pris de remords d’avoir laissé sa voisine Kei à la porte le soir où elle semblait avoir besoin de compagnie, il l’invite à plusieurs reprises chez lui et ils deviennent amants. Tout irait alors pour le mieux, dans la vie de cet homme qui sort peu à peu de son isolement, si Kei ne semblait pas si effrayée de le voir maigrir. En effet, même si Hideo ne perçoit aucun changement dans la glace, ses visites fréquentes chez ses parents décédés semblent causer des dommages à son apparence et à sa santé. Mais cela importe peu à Hideo qui ne peut lutter contre l’attrait des moments volés de son enfance au contact de ses parents, retrouvant ainsi l’affection et le confort familiaux.

Néanmoins, voyant la peur toujours plus grande dans les yeux de sa compagne, Hideo finit par avouer son secret à Kei. Cette dernière, pensant alors qu’il risque de mourir à vieillir si brutalement, l’oblige à ne plus fréquenter ses parents. Dès lors un vrai dilemme s’installe pour le narrateur : choisir entre son présent, sa nouvelle vie tournée vers Kei, ou se réfugier dans le passé, synonyme de mort mais de réconfort auprès de ses parents.

Yamada-Taichi-Presences-d-un-ete-2.gif

Une atmosphère étrange

« Le bruit assourdissant des camions sombra au fond de ma conscience, celui du climatisateur s’estompa aussi, et, par moments, je ne distinguai plus que le tic-tac de l’aiguille des secondes de l’horloge murale. Puis à nouveau ce silence trop pesant. »

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une atmosphère inquiétante. Le personnage est désabusé, presque dépressif : « j’avais l’impression de n’être fait que d’eau et d’indifférence. »

Silence oppressant, solitude du personnage, immeuble vide, femme étrange... Ces différents éléments pourraient aisément planter le décor d’un film d’horreur. Pourtant, même si par la suite il est question de revenants, de secrets inavoués, rien n’est franchement effrayant. Tout se passe comme si Harada flottait entre deux mondes, celui du réel et celui de l’irréel, sans pouvoir s’accrocher à aucun d’eux.

Le basculement vers le surnaturel est progressif. Le narrateur se questionne, allant jusqu’à se perdre dans des réflexions métaphysiques sur l’existence de ses parents. L’acceptation du surnaturel se fait progressivement avec quelques hésitations par moments, par exemple quand le narrateur se reprend : « Ma mère. Cette femme qui me rappelait ma jeune mère ». Puis Hideo tente de rationaliser le phénomène qu’il vit comme une hallucination intense provoquée par la solitude et le chagrin enfoui :

« Pour des parents de trente et quelques années, un fils de quarante-huit ans appartient au monde de l’irréalité, mais si les hallucinations autorisaient ce genre de choses je ne demandais qu’à m’y abandonner. »



La fête des morts

Dans le récit, la fête des morts est évoquée :

« Les volets des maisons sont fermés. Jusqu’au 17, c’est complètement désert. – Je réalisai alors que pendant la fête des morts qui commençait le 8 août, il n’y avait personne à Tokyo. »

La fête des morts ou O-Bon est un festival bouddhiste japonais qui existe depuis plus de 500 ans, et qui fut importé de Chine. Ce festival honore les esprits des ancêtres. Au fil des ans, cette fête religieuse s'est transformée en un jour férié consacré à la réunion de famille, durant laquelle les gens des grandes villes retournent à leur ville natale et s'occupent des tombes de leurs ancêtres.

 

 

Rituels

Pour guider les âmes des morts pendant la journée, des lanternes sont allumées devant chaque maison. La partie la plus importante du rituel est l'offrande de nourriture qui est le symbole du partage. Cette fête, bien que religieuse et grave, est l'occasion de réunions joyeuses. (Source : Wikipédia)


Cette référence à la culture japonaise peut donner quelques clés d’interprétation lorsque Hideo retourne dans sa ville natale ou encore lorsqu’il apporte de la nourriture à ses parents. De plus, l’apparition des parents d’Hideo coïncide avec la fête des morts.



Conclusion

Le va-et-vient progressif entre d’une part le réel, le rationnel et d’autre part le surnaturel laisse dans un premier temps planer le doute sur les causes de ces événements : pure invention de l’esprit prolifique du narrateur-scénariste ? Entités inventées sous les effets de l’alcool ? Ou bien le narrateur est-il tellement éloigné des vivants que s’est ouverte une porte par laquelle les morts peuvent passer le jour de la fête O-bon ? Le style laconique laisse place au début à plusieurs interprétations.


Par ailleurs, les doutes du narrateur permettent au lecteur de tracer son portrait psychologique. On comprend les liens qui ont façonné la personnalité d’Hideo et combien sa vie fut affectée par la mort de ses parents puisque de nouveau à leur contact s’opère un véritable changement : il devient plus sociable, plus efficace dans son travail, allant jusqu’à renouer contact avec son fils.


Présences d’un été est un roman court où s’entremêlent le surnaturel et le réalisme des sentiments. Les dernières pages sont de loin les plus marquantes puisque la tension monte d’un cran, les scènes deviennent quasi cinématographiques, et le malaise s’intensifie… Tant et si bien qu’une fois la lecture achevée, l’ambiance puissante de mélancolie plane encore sur le lecteur.

 

 

 

Élise, A.S. Bib.-Méd.

 

 

 

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