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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 07:00

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TAKAYA Natsuki
高屋・奈月
Twinkle Stars
星は歌う
hoshi wa utau
(Le chant des étoiles)
Delcourt
13 mai 2009-30 novembre 2011.
11 tomes







 

 

Biographie

Natsuki Takaya est née à Shizuoka (sud de Tokyo) le 7 juillet 1973. Son manga le plus connu est Fruits Basket qui a eu un grand succès aussi bien au Japon (elle a reçu le prix Kodansha) qu’en France. Il a aussi été adapté en un anime de 26 épisodes qui reprend les 6 premiers tomes du manga, alors que celui-ci en compte 23, mais au moment de l’anime, le manga n’était pas encore terminé.

(Pour une biographie plus complète, cf. Wikipédia ou Nautiljon)



Résumé

Shiina Sakuya vit avec son cousin Kanadé dans une maison au bord de la mer. Un jour, elle rencontre Aoi Chihiro, qui l’intrigue. Ce dernier lui offre un cadeau le jour-même, qui est aussi le jour de son anniversaire, avant de disparaître. Sakuya alors n’aura de cesse de le chercher pour pouvoir le rencontrer à nouveau, intriguée par ce mystérieux personnage.

Elle le retrouve finalement dans son lycée où il a été transféré ; cependant, ce dernier fait comme si rien ne s’était passé, préférant rester froid et indifférent à ses tentatives pour engager la conversation ou pour lui montrer sa sympathie. Sakuya ne comprend pas ce revirement de situation ni la raison pour laquelle il la repousse.

Pourtant, touchée par le jeune homme, par sa mélancolie, et se souvenant toujours de cette soirée où ils ont discuté comme s’ils étaient de vieux amis, elle se rend finalement compte qu’elle est tombée amoureuse de lui.

Commence alors une histoire douce et tendre, comme Natsuki Takaya sait si bien les raconter. Les personnages se croisent, s’évitent, se comprennent mal mais se ressemblent pourtant : il faut néanmoins beaucoup de détours pour arriver enfin au point d’arrivée.



Personnages

 

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Shiina Sakuya : Le personnage principal est une jeune fille timide et profondément gentille. Elle aime plus que tout regarder les étoiles, et c’est la fondatrice du club d’astronomie. Elle vit chez son cousin Kanadé, et sa rencontre avec Chihiro l’a profondément marquée.

 

 

 

 

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Aoi Chihiro : Jeune homme calme et paisible, il garde au fond de lui des secrets enfouis qui le rendent solitaire et mélancolique. Il se sent coupable de quelque chose dont il n’est en fait pas responsable, mais cela ne l’empêche pas de maudire son impuissance. Si c’est lui qui fait le premier pas vers Sakuya, son attitude change du tout au tout lors de leur rencontre suivante.

 

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Honjō Hijiri dite « Sei » : Fille unique d’une famille très riche, c’est la meilleure amie de Sakuya. Elle a très mauvais caractère, mais elle est toujours gentille avec Sakuya qu’elle essaye d’aider par tous les moyens, quitte parfois à la bousculer un peu.

 

 

 

 

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Murakami Yuuri : C’est un garçon très sociable, il a beaucoup d’amis. Il aime passer du temps avec Sakuya qui le considère comme un véritable ami, même si lui est amoureux d’elle. Il est particulièrement maladroit pour exprimer ses sentiments.

 

 

 

 

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Miyako Kanadé : C’est le cousin de Sakuya : ils habitent tous deux ensemble dans une maison au bord de la mer. C’est un personnage froid et cynique au premier abord, qui a beaucoup de mal à se sociabiliser et à entrer dans le moule de la société, mais il veille néanmoins sur Sakuya.

 

 

 

Une patte graphique très « fruits basketienne »
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Quiconque connaît un tant soit peu l’oeuvre de Natsuki Takaya ne sera pas dépaysé au contact de ses dessins, qui affermit ce qui était amorcé par la deuxième moitié de son manga à succès Fruits Basket. Des personnages aux traits particulièrement fins, des doubles pages pleines de poésie, des alternances entre des cases de dessins et de purs moments de poésie transcrivant les pensées des protagonistes : telles sont les marques de fabrique de Natsuki Takaya, qui remplit ses cases et ses trames avec la même douceur et la même nostalgie que pour sa corbeille de fruits.

Les traits sont bien affirmés, moins brouillons que dans ses premières séries ou one-shots. Les personnages ne sont pas sans nous rappeler ceux de ses précédents mangas, tout en s’en distinguant par leurs personnalités différentes et une histoire qui reste ancrée dans un réalisme qui lui donne aussi plus de gravité qu’il n’y en avait dans Fruits Basket. L’humour est moins présent, les thèmes sont sensiblement les mêmes, mais traités avec une maturité qui rend le manga beaucoup plus adulte qu’on ne pourrait s’y attendre.



Le « chant des étoiles »

Le « chant des étoiles » est le sous-titre donné à Twinkle Stars, qu’on peut traduire par ailleurs comme « les étoiles scintillent ». Le titre vient du fait que l’héroïne, Sakuya voue une passion particulière à ces astres. Fondatrice du club d’astronomie qui ne compte que trois membres (Sei, Yuuri, et Sakuya) puis quatre avec l’arrivée de Chihiro, elle a toujours considéré les étoiles comme des astres bienveillants. L’étoile est d’ailleurs le fil conducteur de l’histoire ; Sakuya considère par exemple Chihiro comme une « étoile solitaire » qu’elle aimerait en fait atteindre (« Cette étoile ne se rend pas compte de sa solitude » tome 5). À chaque moment de faiblesse ou de tristesse, elle s’en remet toujours aux étoiles. Dans le flash-back où Kanadé se remémore leur rencontre, le premier contact qu’il a avec elle se fait par un livre d’astronomie. Elle lui raconte ainsi que les étoiles « chantent », ce dont il se moque ouvertement. Par la suite, forcés de cohabiter ensemble, ils finissent par se rapprocher au moment où Kanadé se sent le plus désemparé. Alors elle lui montre les étoiles en lui souriant. Certes les étoiles ne peuvent pas chanter, mais c’est le fait d’y croire et de trouver un réconfort qui compte alors.



Une réalité aigre-douce

La particularité de Natsuki Takaya réside dans toute la poésie qu’elle parvient à mettre dans ses histoires. Remplis d’humanité, de sentiments, de tristesse, ses chapitres laissent une empreinte particulièrement forte dans l’esprit du lecteur.

Les thèmes abordés traitent à la fois de la différence, de la tolérance, de la solitude, du désir d’être soi, et de la peur d’être repoussé et donc de la difficulté à faire confiance à autrui. De même les conflits familiaux, la maltraitance des enfants, le harcèlement moral, le mal qu’on peut s’infliger à soi-même sont autant de thèmes que l’auteur traite avec la délicatesse qui est la sienne.

S’il y a bien une chose que la mangaka dénonce dans ses histoires, c’est bien l’injustice, surtout celle subie par les enfants. Celle-ci vient surtout de la famille des personnages qui évoluent rarement dans un milieu paisible et sans problème. Un membre de la famille est toujours responsable de l’exclusion de ces personnages, qui finissent par ne plus pouvoir compter que sur eux-mêmes, ou trouver hors du cercle de famille une manière de compenser ce manque.

Sakuya a été abandonnée par sa mère quand elle était toute petite ; son père ne fait pas grand cas d’elle et la traite comme un fardeau ; sa belle-mère lui fait clairement comprendre qu’elle ne la traitera jamais comme sa fille. Et dieu sait pourtant que Sakuya fait des efforts pour parvenir à se faire aimer par cette femme qui l’humilie sans cesse, la rabaisse sans raison et lui fait comprendre, alors que ce n’est encore qu’une gamine, qu’elle ne vaut « rien ».

Son cousin Kanadé, jeune homme aux résultats scolaires brillants, subit la pression de ses parents qui refusent de le voir échouer. Cependant, le jeune homme qui n’est encore qu’un adolescent au final, finit par craquer et s’enferme dans sa chambre une année durant sans communication aucune avec l’extérieur.

Chihiro, qui a peu connu son père, pour sa part, fut obligé de grandir vite auprès d’une mère volage évoluant au gré de ses petits amis, se souvenant de la présence de son fils qu’après chaque rupture.

Si chacun d’eux vit différemment ce rejet familial, ce sont néanmoins trois personnages « blessés par la vie ». S’ils se ressemblent et se reconnaissent, c’est parce qu’ils sentent au plus profond d’eux-mêmes qu’ils ont éprouvé des sentiments similaires, des pensées communes (« Chihiro, tu es tout seul ? Comme moi. On est pareils. » tome 6). Néanmoins, si chacun d’eux trouve une personne qui leur tend la main pour les sortir de leur situation (Sei, Yuuri et Kanamé pour Sakuya alors que Chihiro et Kanamé ont en commun d’avoir été touchés par la gentillesse naturelle de Sakuya), Natsuki Takaya montre aussi à quelles extrémités les êtres humains peuvent arriver lorsqu’ils se sentent désespérés et seuls au point de vouloir en finir définitivement. Lorsque Chihiro raconte l’histoire de sa petite amie Sakura, qui a tenté de se suicider en se pendant à un cerisier (« Sakura » en japonais signifie « fleur de cerisier ») pour échapper à la brutalité et au rabaissement moral de son père, sans doute le lecteur sentira-t-il une pointe au coeur devant tant de faiblesse et d’impuissance. La réalité nous saute aux yeux alors que des passages d’une douce cruauté défilent devant nous.



Une dualité symbolique : Sakuya/ Sakura

Twinkle Stars est construit à partir d’une dualité fondamentale entre l’héroïne, Sakuya, et en quelque sorte son « double » Sakura. Chacune d’elles représente des sentiments différents, deux chemins de vie aussi différents, qui convergent malgré tout par la rencontre d’Aoi Chihiro. Si on entend juste parler de Sakura tout le long du manga jusqu’aux derniers tomes, on sent son ombre planer dans les pensées de Chihiro et dans la tête de Sakuya, qui voit en elle sa rivale. Elle sait qu’elle ne pourra jamais avoir la place de son double, elle se résigne d’ailleurs à cet état des choses. De plus, on remarque que toutes deux s’opposent, aussi bien dans leurs caractères que dans leurs rôles dans l’histoire : « C’est vrai qu’il m’est arrivé de voir Sakura à travers elle, bien qu’elle n’ait pas tout à fait le même caractère. » Ainsi, Sakuya représente en quelque sorte l’ « espoir ». Chihiro le dit lui-même :

« Quand j’y pense, Sakuya m’a toujours tiré vers le haut. » (tome 6)

« (…) Pourquoi ce monde est-il aussi sombre, glacial et sans espoir ? Je m’enfonce simplement dans les ténèbres. Pourtant tu as toujours été là, souriante… Alors que toi aussi, tu as connu la tourmente. Crois-tu qu’un monde meilleur existe vraiment ? Si moi aussi j’arrivais à le croire… Si j’arrive à le croire… je pourrais peut-être m’en sortir ? » (tome 6)

Elle représente tout le contraire de Sakura, qui a baissé les bras après avoir trop subi de violence, et de mépris de la part d’autrui. Quand Chihiro hésite à propos de Sakuya, il se rappelle les mots et les paroles de Sakuya qui a partagé avec lui sa solitude lorsqu’ils étaient plus jeunes. Ils ont vécu et traversé ensemble des épreuves, et il n’arrive pas à se détacher de son souvenir, toujours rattaché à elle par la souffrance. Sakura est dans le coma après sa tentative de suicide et Chihiro se sent coupable de s’en être éloigné, il a l’impression d’être bloqué encore à l’époque où il était avec elle, et où il n’a pas bougé. Sans cesse alors, au moment où il arrive un peu à penser qu’il peut changer de vie, Sakura se rappelle à lui :

Il pense ainsi au sujet de Sakuya : « Quand [elle] souri[t], quand [elle] es[t] à mes côtés, j’ai l’impression que je pourrais m’en sortir et que le monde est en fait un peu plus doux que ce que je croyais. » Pourtant l’image de Sakura se superpose immédiatement et lui fait comprendre que tout cet « espoir » ne serait en fait qu’illusion : « Ce n’est qu’un rêve. Un monde pareil n’existe pas. » (tome 6)

Par ailleurs, on peut aussi retrouver cette dualité dans ce que Sakura et Sakuya représentent aussi : Sakura « fleur de cerisier », symbole d’une beauté éphémère, alors que Sakuya, aspire à un ailleurs dans lequel elle parvient non sans mal à se réaliser : membre du club d’astronomie, elle écoute les étoiles chanter, celles qu’elle montre à Kanadé lors de leur cohabitation, celle qu’elle offre à Chihiro pour lui montrer qu’il n’est pas seul.

De même, à la différence de Sakura, qui est celle qui reçoit de la part de Chihiro, lorsqu’elle est avec lui, Sakuya lui donne surtout ce qu’il a pu donner à la première. Même si Sakura l’a empêché d’être profondément seul parce qu’ils partageaient leur fardeau, il était celui qui devait la protéger. L’héroïne est ce qu’il a été pour Sakura, comme Sei, Yuuri et Kanadé l’ont été pour Sakuya, et inversement. Dans toutes ces relations, des échanges équivalents se nouent, chacun est en quelque sorte la bouée de secours d’autrui. Comme pour le manga Fruits Basket, on assiste ici à une histoire qui se déroule au gré de personnes qui interagissent, avec pour point d’ancrage l’héroïne, Sakuya. Et comme point commun avec Tohru, l’héroïne du shōjo à succès de Natsuki Takaya, Sakuya est aussi une jeune fille particulièrement chaleureuse, qui renferme ses faiblesses et ses souffrances au fond d’elle, quitte à s’oublier pour aider les autres.



Conclusion

Twinkle Stars est donc un shōjo manga d’une subtilité extrême et d’une grande douceur. Les thèmes abordés sont graves, mais traités avec finesse. Les personnages peuvent paraître moins attachants que pour Fruits Basket mais les onze tomes parviennent quand même à poser l’histoire de sorte qu’on puisse entrer dedans et se laisser emporter dans un concentré doux-amer de sensibilité et de mélancolie. L’un des autres points forts du manga, c’est aussi que comme pour son succès précédent, la mangaka donne une vraie fin à son histoire, ce qui n’est pas toujours courant.

Enfin, plus mature et plus sombre que les autres oeuvres de Natsuki Takaya, Twinkle Stars n’en est pas moins une histoire à conseiller à tous ceux qui cherchent un manga original et rafraîchissant.

 
Marion, AS éd.-lib.

 

 


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