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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 07:00

Jiro-Taniguchi-Furari.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TANIGUCHI Jirō

(谷口 ジロー)
Furari

(ふらり。 )
édition originale japonaise, 2011
traduction

Corinne Quentin

Casterman
collection « écritures », 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation éditeur

« En japonais, Furari signifie « au gré du vent »... tout comme semblent se dérouler ces longues marches dans Edo, l'ancien Tokyo. Mais le promeneur, inspiré d'un personnage historique, ne laisse  pourtant rien au hasard. Géomètre et cartographe, il arpente la ville, mesurant les distances, comptant chacun de ses pas, afin de dresser la première carte moderne du Japon. Sensible à tous les détails qui forment le charme pittoresque d'Edo au début du XIXe siècle, Jiro Taniguchi nous propose de partager une nouvelle fois son goût pour les déambulationsenrichissantes. »

« Jirō Taniguchi est né en 1947 à Tottori. Il débute dans la bande dessinée en 1970 avec Un été desséché. De 1979 à 1989, il publie notamment, avec le scénariste Natsuo Sekikawa, les cinq volumes d'Au temps de Botchan. À partir de 1991, Jirō Taniguchi signe seul de nombreux albums, dont L'Homme qui marche, Le Journal de mon père, Un ciel radieux, et plus récemment Le Gourmet solitaire, Le Promeneur, en collaboration avec Masayuki Kusumi, et Un zoo en hiver. Le premier volume de Quartier lointain, qui a remporté lors du Festival d'Angoulême 2003 l'Alph'Art du meilleur scénario, a également reçu le prix Canal BD des librairies spécialisées. Une adaptation cinématographique de cette oeuvre est sortie en salles en 2010. Auteur très populaire en France, Jirō Taniguchi a été nommé chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture en juillet 2011. »


 

Furari

 

« Pas d'impatience. Prendre le temps qu'il faut.
Et avancer, toujours avancer. Si on marche, on arrive toujours. »

 

Furari propose les promenades solitaires d'un homme dans Edo. Lentes, méditatives, elles accordent une grande place à l'image et aux décors au détriment, du moins semble-t-il, du texte. Cette relation entre les deux peut cependant être nuancée si approfondie. Le présent texte se focalisera donc, non pas sur les thèmes ou le message du manga, mais sur sa narration, la façon dont les scènes sont présentées. Ainsi, comment texte et image s'harmonisent-ils en ce livre ? Y a-t-il prédominance de l'un des deux ? Car si l'image semble prépondérante, elle ne serait rien sans le texte... et inversement.

Taniguchi-Furari-pl-01.jpg

Une primauté de l'image ? Le paysage retranscrit

Jirō Taniguchi est reconnaissable à son trait, simple pour les personnages mais extrêmement détaillé pour les arrière-plans, les animaux ou les détails comme la pluie ou les petits objets. Il s'agit donc aussi des caractéristiques du dessin de Furari, qui mettent ainsi en valeur les personnages dans leur environnement. Son style reste celui du gekiga, avec des onomatopées sobres et réduites, des proportions réalistes, des cases rectangulaires aux bords non transgressés et une absence de signes graphiques propres à la bande dessinée tels que les lignes de mouvement ou de vitesse. Tout cela donne une impression de réalisme, de sobriété, et surtout de paix, en accord avec le thème de la promenade de l'ouvrage. Tout au long de Furari, le lecteur est invité à être actif, à s'immerger lui-même dans un monde de noir et de blanc aux sons seulement suggérés.

L'histoire n'en garde pas moins du dynamisme : les scènes de marche à pied ou d'observation, bien que lentes, n'ennuient pas le lecteur et sont développées avec art. Alternance des points de vue, focalisations d'une case sur des détails... Une seule planche est suffisante pour dépeindre le personnage sous toutes ses coutures et ce qui l'entoure de façon complète et détaillée.

Furari emporte donc le lecteur vers des paysages, des scènes urbaines dépeignant de façon vivante un Japon médiéval avec son architecture, ses vêtements, ses métiers... Pour cela, aucun texte n'est nécessaire. Ce désir de croquer les aspects de la vie de cette époque est une part importante du manga.

Il est à noter que la narration au travers des yeux du personnage principal est interrompue à plusieurs reprises ; le narrateur, qui croise au cours de ses sorties différents animaux, imagine ce qu'ils peuvent vivre. Le lecteur fait donc différentes promenades à la première personne, au ras du sol dans le cas d'une fourmi, sur les toits avec un chat, sous l'eau avec une tortue... Cela rompt la monotonie du texte, permet à Taniguchi Jirō de nous montrer ses capacités de dessin de paysages et crée des scènes rapides et dynamiques qui, avec peu de texte, emportent le lecteur dans des points de vue originaux.

De plus, il est tout à fait possible de saisir l'histoire générale du manga sans lire le texte, preuve que l'image se suffit à elle-même... du moins au début. En effet, si Furari commence sur les errances du personnage, ce dernier leur trouve à la fin un sens qui ne peut pas être exprimé par le simple dessin.

Taniguchi Furari 04

Le texte sublimant l'image : le voyage canalisé

La narration par le texte est dans Furari à l'image de l'évolution des promenades du héros : si, dans les premiers chapitres, il se laisse guider par ses pas, par les paysages – et donc ce qui l'entoure, le dessin –, il devient petit à petit maître de sa destinée et trouve une raison de vivre, à savoir mesurer la distance séparant Edo de Ezochi afin de pouvoir calculer la mesure d'un degré sur le méridien, comme le résume la réflexion du personnage principal, s'adressant à la tortue : « C'est quoi, la liberté ? On te dit de faire ce que tu veux, mais au fond tu n'as nulle part où aller ? » Ce qui n'était au départ qu'un passe-temps devient donc un moyen de parvenir à une fin et le texte est bien sûr nécessaire au lecteur pour pouvoir saisir les désirs du personnage.

 

« Heureusement, mes pas et mes mesures sont devenus plus fiables. J'ai pu calculer la distance entre Fukagawa-Kuroé et cet observatoire, ici. Vingt-deux chō et quarante-cinq ken. On peut en déduire la distance d'une minute sur le méridien. »

 

Comment exprimer cela autrement que par le texte ? Cette fois, le dessin passe après la narration par le texte. L'errance devient maîtrisée.

D'un autre point de vue, la langue est importante dans Furari, au travers notamment de la poésie. Dans le chapitre intitulé « Les étoiles », le personnage principal rencontre Issa, qui sera plus tard considéré comme un maître du haïku. Pour le poète, voyage est synonyme de formation et de création artistique, verbale. En quelques mots, ses haïku permettent de saisir la nature, de la rendre sublime.

Les haïku sont évoqués tout au long du manga, par exemple dans « La baleine » ou « La lune ». Le personnage principal s'y essaie même, sans grand succès. Par ailleurs, il rencontre un conteur, qui lui mimera une histoire humoristique fantastique.

D'un point de vue visuel, on remarque que les phylactères sont plus nombreux et fournis à la fin de l'ouvrage. Les premiers ne font que planter le décor, mettre en scène la vie de la rue, les appels des commerçants, etc. À la fin, ils semblent plus utiles, dépeignent des échanges réels et fructueux entre les différents personnages, comme lorsque le personnage principal explique son objectif à son épouse. Le texte ne sert donc plus la rêverie du personnage mais fait réellement progresser l'histoire, éviluer le personnage.


En conclusion, le lien entre texte et image est dans Furari plus complexe qu'on ne pourrait le croire. Si l'on pense spontanément que les illustrations ont un rôle prépondérant, il agit en réalité en étroite collaboration avec le texte, qui l'approfondit et, surtout, lui donne une raison d'être en faisant progresser l'histoire. Les deux, par leur narration différente, se complètent et donnent finalement une œuvre graphiquement esthétique et historiquement intéressante qui devient bien plus qu'un simple tableau de l'Edo médiéval.

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Avis personnel sur Furari

Ayant lu d'autres oeuvres de Taniguchi Jirō, je n'ai pu m'empêcher d'effectuer des comparaisons. En lui-même, le manga est poétique et en effet très esthétique, mais le personnage et l'histoire en eux-mêmes sont moins prenants que peuvent l'être Le journal de mon père ou Le Sauveteur, par exemple. Le rythme lent ou l'abondance des paysages, qui sont pourtant les points forts de l'oeuvre, sont un frein si on la compare au dynamisme des autres.

Cependant, cette oeuvre m'a confortée dans l'idée que ce mangaka a une production très variée : nous quittons l'alpinisme, les animaux et les questions sociales pour partir en promenade.

Un dépaysement paisible et agréable !

 

 

Lauralie, 2e année éd.-lib.

 

Note :  Furari s'inspire de la vie d'un personnage réel, Tadataka Inō, « célèbre géomètre et cartographe qui, au début du XIXe siècle, établit la première carte du Japon en utilisant des techniques et instruments de mesure modernes » (site Casterman).

 

 

TANIGUCHI Jirō sur LITTEXPRESS

 

 

Taniguchi Jiro Un ciel radieux

 

 

 Article de Mathilde sur Un ciel radieux

 

 

 

 


 

 

 

Taniguchi Le Journal de mon pere couv

 

 

 

 

 Article d'Elsa sur Le Journal de mon père

 

 

 

 


 

taniguchi L HOMME QUI MARCHE

 

 

 

 

  Article de Delphine sur L'Homme qui marche.

 

 

 

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas).

 

 

 

 

 

taniguchi-quartier-lointain.gif

 


 

 

 

 

 

 

 

 

  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).

Taniguchi Jiro un-zoo-en-hiver-zoo-en-hiver-

 

 

 Article de Pierre-Yann sur Un zoo en hiver.

 

 

 

 

 

 

 

 

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