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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 07:00

Taniguchi-Jiro-un-zoo-en-hiver-zoo-en-hiver-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TANIGUCHI Jirō
Un zoo en hiver
Traduction de
Corinne Quentin
Casterman
Coll. Écritures, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

taniguchi_jiro_autoprotrait.jpgJirô Taniguchi, de l’influence du gekiga à celle de la bande dessinée européenne

Fils d’un père coiffeur et d’une mère femme de ménage, Jirō Taniguchi est né le 14 août 1947 à Tottori, au Japon. A cause de la fragilité de sa santé, le jeune Taniguchi passe beaucoup de temps à lire, des mangas notamment. Il commence par de nombreux shōnen avant de s’intéresser au seinen et au gekiga à partir de la fin des années 60, sous l'influence d’auteurs comme Yoshihiro Tatsumi et du magazine Garo. Dessinant depuis son plus jeune âge, c‘est à 19 ans qu'il réalise sa première histoire, Samouraï. Mais il faut réellement attendre 1969 pour qu’il décide de devenir mangaka.

 

Il monte alors à Tokyo où il devient l'assistant de Kyūta Ishikawa. Il publie sa première bande dessinée en 1970, Karetaheya, avant de devenir l’assistant de Kazuo Kamimura. C'est durant cette période qu'il découvre la bande dessinée européenne, peu présente au Japon, et devient un fan inconditionnel de Moebius. Le style européen influencera fortement son trait qui acquerra avec le temps de nombreuses caractéristiques de la bande dessinée franco-belge : netteté et diversité du dessin, notion de ligne claire, etc. Dans les années 1980, Jirō Taniguchi prend son indépendance et s’installe avec les scénaristes Natsuo Sekikawa (également journaliste) et Caribu Marley, avec qui il publiera des mangas tantôt d’aventures, tantôt policiers, mais surtout un manga historique, Au temps de Botchan (1987), sur la littérature et la politique dans le Japon de l'ère Meiji. Il décide alors de limiter ses parutions éditoriales, malgré sa charge conséquente de travail.

A partir des années 1990, Taniguchi concentre son œuvre sur les choses simples de la vie quotidienne, sur les relations entre êtres humains, mais aussi entre les hommes et les animaux (L'Homme qui marche, en 1995 et Terre de rêves, en 2005). Suivront Le Journal de mon père (1999), Quartier lointain (2002), L'Orme du Caucase (2004) ou Un Zoo en hiver (2009), édités en France dans la collection Écritures de l'éditeur Casterman.Toujours dans son thème de la relation entre l'homme et la nature, il s'attache particulièrement à l'alpinisme, avec Le Sommet des dieux (2004 à 2005), Le Sauveteur (2007) et avec la nouvelle « La Terre de la promesse » (dans le recueil Terre de rêves, en 2005).

En 1997, il dessine Icare, d'après un scénario de Moebius. C’est en 2003 qu’il reçoit le prix du meilleur scénario au festival d'Angoulême pour Quartier Lointain.



Synopsis de l’œuvre

Hamaguchi est un jeune dessinateur frustré de ne pouvoir se consacrer à une passion reléguée au rang de simple loisir. Lui qui s’imaginait dessiner des modèles pour une entreprise de textile à Kyoto se retrouve à la réception des produits commandés aux ateliers de tissage et à la livraison auprès des détaillants. Alors, dès qu’il en a l’occasion, le jeune Hamaguchi se rend au zoo avec son carnet de croquis et se plaît à dessiner les animaux alentour. Lorsqu’il se retrouve à s’occuper de la fille de son patron, déshonorée pour avoir trompé son mari, il sent le vent tourner et décide de partir pour Tokyo pour travailler comme assistant d’un grand dessinateur de manga. Vient alors les temps de l’incertitude, des rêves, mêlés à la passion et à l’insouciance. Hamaguchi poursuit son chemin dans l’immense ville japonaise, son crayon à la main, tentant par tous les moyens de suivre la voie qu’il s’est choisie.

Taniguchi-Jiro-Un-zoo-en-hiver-image.jpg

 

Un Zoo en hiver, entre autobiographie et fiction

L’ouvrage commence par une promenade du héros, Hamaguchi, dans un zoo de Kyoto. On découvre alors un jeune homme au caractère doux, empreint d’une légère mélancolie. Muni de son carnet de croquis, il erre dans ce lieu qu’il affectionne particulièrement. Dès lors, il se rend compte que sa place dans une entreprise de textile n’est pas à la hauteur de ses attentes. Il saisit alors l’occasion de quitter son travail pour aller dessiner à Tokyo comme assistant d’un mangaka. Cette histoire, c’est également celle de l’auteur, Jirō Taniguchi, parti explorer à ses débuts de dessinateur la mégalopole japonaise, en quête d’une occasion qu’il savait proche. On ne peut s’empêcher d’ailleurs de remarquer l’étrange ressemblance entre les noms du personnage et de l’auteur, respectivement Hamaguchi et Taniguchi.

Clin d’œil de l’artiste ? Pas simplement. L’auteur se plaît à réinventer ses échecs, ses doutes, au travers de son timide héros. Les difficultés éprouvées par Hamaguchi au cours de son apprentissage ne sont pas simplement fictives mais résultent des embûches que l’auteur a pu surmonter au cours de sa longue carrière. Le sentiment de jalousie pour le collègue prêt à être publié, la gêne de montrer le travail fini, la peur de ne pas avoir fait comme il faut donnent au lecteur une nouvelle vision de la vie de mangaka, de ce qu’a pu vivre l’auteur. Bien que personnage et auteur soient différents, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a du Taniguchi derrière chaque émotion de Hamaguchi. Et que penser des croquis d’animaux que l’auteur comme le personnage affectionnent tant ? Les traits de l’auteur et du personnage se mêlent au papier, nous plongeant dans une mise en abyme où on ne sait plus qui, du mangaka ou du héros, a pris le crayon le premier.

L’auteur ne déroge pas à ses habitudes en mettant une nouvelle fois en avant ses thèmes favoris. Les animaux sont très présents, que ce soit au zoo ou dans les planches du manga du héros. L’influence de romans animaliers, comme ceux d'Ernest Thompson Seton (dont il s’est inspiré pour Blanca et à qui il rendra hommage dans Seton), reste très présente, tout comme l’attachement aux valeurs simples de la famille, des amis et du travail. Taniguchi s’attache aux choses simples de la vie, et son ouvrage est à l’image du déroulement de l’existence. Il n’y a pas de construction spécifique, chaque élément venant s’imbriquer à la suite du précédent comme un jour après un autre. Le héros se laisse alors emporter, tentant de changer le cours des choses avec les moyens dont il dispose, chaque choix faisant pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Faut-il voir « une sorte de destinée derrière les choix que nous faisons dans la vie ? » À cela, Taniguchi répond, dans une interview accordée à Jean-Philippe Toussaint pour le site www.sakka.info  :

« On se pose souvent la question : si j’avais fait ceci plutôt que cela, que se serait-il passé ?  […] Je n’ai jamais pensé que ma vie était le résultat d’une destinée, mais je crois que ce qui se passe dans le monde en général n’est pas dû au hasard. »

Les thèmes de Taniguchi permettent de mettre en avant la simplicité de l’existence. Au travers de dessins accessibles à tous, même aux non-initiés, l’auteur touche le lecteur. Les relations qui existent entre les personnages sont celles d’êtres humains, aucun trait n’est exacerbé. La culture japonaise reste très présente, mais l’influence occidentale reste, notamment dans les dessins épurés et la ligne claire issue de la bande dessinée européenne. Et lorsque Philippe Toussaint interroge le mangaka sur ce qu’il y a de « spécifiquement asiatique » dans ses mangas, il déclare :

« Je pense que les hommes et les animaux sont essentiellement des êtres tranquilles pour lesquels une certaine réserve, une certaine discrétion, sont des moyens de survivre. Dans la vie quotidienne, on ne voit pas souvent des gens hurler ou pleurer en se roulant par terre. Si mes mangas ont quelque chose d’asiatique, c’est peut-être parce que je m’attache à rendre au plus près la réalité quotidienne des sentiments des personnages. Si on y pénètre en profondeur, une histoire peut apparaître même dans les plus petits et les plus banals événements du quotidien. C’est à partir de ces moments infimes que je crée mes mangas. »

Taniguchi se plaît à décrire simplement des événements qui auraient pu arriver à n’importe qui, puisant un peu dans son expérience pour donner de l’humanité à l’œuvre, nous offrir quelques instants de sa vie et de celle du héros.

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Avis du lecteur

Un Zoo en hiver est une vraie bouffée d’air frais dans le monde du manga, tout comme toutes les œuvres de Taniguchi. A une heure où shōnen et shōjo envahissent les tables des libraires pour présenter toujours plus de coups d’estoc, de poitrines disproportionnées et de ninjas bourrés de magie, l’ouvrage de Taniguchi devient une petite perle dans un monde de brutes. Simple, pure et éclatante. Loin de tous les clichés des mangas habituels, Un Zoo en hiver reste une œuvre entière où héros et auteur se mêlent pour offrir au lecteur un instant de sérénité. Taniguchi nous présente une tranche de vie comme lui seul sait le faire, et c’est un réel plaisir de se plonger dans cette histoire qui, bien que banale, n’en reste pas moins tout simplement humaine. Les dessins permettent une immersion directe dans l’ouvrage, tout comme les dialogue sans fioritures. Ici, pas d’onomatopées outrancières ni de débordements hachés, juste des cases qui se succèdent les unes aux autres dans un ordre clair et précis. Car Taniguchi possède ce don précieux d’insuffler un peu de vie dans ses dessins, dans ses histoires qui brillent sous nos yeux comme brillent ceux des visiteurs dans un zoo en hiver.

 

 

Pierre-Yann, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

 

TANIGUCHI Jirō sur LITTEXPRESS

 

 

Taniguchi Jiro Un ciel radieux

 

 

 Article de Mathilde sur Un ciel radieux

 

 

 

 


 

 

 

Taniguchi Le Journal de mon pere couv

 

 

 

 

 Article d'Elsa sur Le Journal de mon père

 

 

 

 


 

taniguchi L HOMME QUI MARCHE

 

 

 

 

  Article de Delphine sur L'Homme qui marche.

 

 

 

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas).

 

 

 

 

 

taniguchi-quartier-lointain.gif

 


 

 

 

 

 

 

 

 

  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).


Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 

 


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Published by Pierre-Yann - dans manga - manhwa - manhua
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