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29 mai 2012 2 29 /05 /mai /2012 07:00

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TANIZAKI Jun’ichirō

谷崎 潤一郎
Un amour insensé,1924

痴人の愛

Chijin no ai

traduction

de Marc Mécréant

Gallimard, 1988
Folio, 1991

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Tanizaki est un auteur japonais du XXe siècle, connu pour une œuvre très large, comptant plus d’une centaine de textes, et plus d’une vingtaine de livres traduits en français.

Tanizaki est l’auteur d’une œuvre qui a toujours été controversée, régulièrement exposée à la censure à cause des thèmes qui la parcourent  : érotisme, sadomasochisme, mort…

Son œuvre a été particulièrement influencée par l’Occident ; Tanizaki a même été membre honoraire de l’Académie américaine, prouvant ainsi son intérêt pour la littérature occidentale. L’occidentalisation du Japon est un sujet récurrent de ses textes ; les conséquences de cette influence y sont toujours remises en question et Un amour insensé reflète parfaitement ce dilemme entre occidentalisation et valeurs traditionnelles.



L’œuvre

Jōji est un Japonais de 28 ans, attaché aux valeurs japonaises traditionnelles, vivant un quotidien dédié au travail. Le Japon des années 1920 est en pleine occidentalisation et comme tous les autres jeunes Japonais, Jōji est fasciné par la culture occidentale, spécialement la culture américaine. C’est pendant cette période qu’il fait la rencontre de Naomi, une jeune serveuse de quinze ans, d’origine très modeste ; contre toute attente, Jōji est fasciné par cette jeune fille, lui trouvant une ressemblance avec une actrice américaine, Mary Pickford. Victime d’une obsession naissante pour Naomi, il va décider, avec l’accord de sa famille, de la prendre sous son aile afin de lui offrir une éducation, suivant un objectif quasiment paternel.

« C’était d’un côté manifester ma sympathie à la jeune fille ; de l’autre, satisfaire mon aspiration à un peu de changement dans ma vie de tous les jours, si banale, si monotone. »

Ils s’installent alors tous les deux dans une nouvelle maison et la vie quotidienne, comme le caractère des deux personnages, va totalement changer. Jōji, fasciné par Naomi, ne va plus penser qu’à une seule chose : concentrer tous ses efforts pour faire d’elle sa femme idéale, belle et intelligente. Ainsi, il va lui insuffler la confiance en elle qui lui manque, et Naomi de jeune fille timide et introvertie va devenir une jeune femme sûre et fière d’elle-même. Cette transformation voit en même temps un changement de leurs rapports, qui évoluent d’une relation paternelle à une véritable attirance physique, puis à une situation conjugale. De cette relation physique, Naomi va se servir de cetté évolution pour manipuler Jōji, inversant les positions dans le couple. Face à cela, l’homme reste incrédule, fasciné, et ne se rend pas compte du rôle qu’il a joué dans ce renversement. Pourtant, peu à peu, il doit faire face à un dilemme, résoNNant avec le dilemme auquel le Japon fait face à la même époque : il se trouve partagé entre le dégoût qu’il éprouve pour la personne vulgaire, arrogante, méchante, qu’est devenue Naomi, trop occidentale, et la fascination qu’il avait pour elle lorsqu’elle était seulement une Japonaise simple, traditionnelle :  « Naomi était devenue, à mon insu, cette créature proprement insupportable et odieuse. »



De nouveaux éléments vont alors venir troubler le quotidien du couple : la trahison de Naomi. Jōji découvre qu’elle l’a trompé et le trompe encore, avec plusieurs hommes. Malgré cette découverte, Naomi continue d’entretenir plusieurs liaisons ; la sensation de dégoût éprouvée par Jōji prend alors le dessus et il décide de mettre Naomi dehors. Après son départ, cette décision ferme s’étiole peu à peu, et les nombreux passages de Naomi dans la maison vont alimenter la fascination toujours présente dans son esprit, l’amenant à la désirer à nouveau. Naomi, par ses techniques de manipulation habituelles, va se faire désirer afin d’obtenir tout ce qu’elle veut : «  Naturellement, après l’Eustace en question, il y en a eu un autre, un troisième ; je suis moi-même le premier surpris d’être aussi accommodant. »



L’ouvrage prend fin avec un tableau de leur vie conjugale actuelle, quelques années plus tard. Le couple habite la même maison, mais chacun vit de son côté. Cette relation est toujours entretenue par la même chose : une chaîne d’admiration, de fascination. Naomi, fascinée par l’Occident, s’inspire de la culture pour alimenter son occidentalisation, et Jōji, lui, est fasciné par cette occidentalisation, cette culture, ce mode de vie tellement différents des valeurs japonaises traditionnelles, même s’il semble se détester pour cela.

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Analyse

Dans cet ouvrage, on retrouve des thèmes récurrents de l’œuvre de Tanizaki : l’érotisme, souvent incarné par le personnage de Naomi, thème toujours présent de façon subtile, sous-entendu. C’est pourtant ce qui semble être la plus grande arme de manipulation de Naomi.

Le thème principal de l’œuvre reste cependant l’occidentalisation du Japon, très présente dans ce récit, comme dans bon nombre d’œuvres de Tanizaki. L’auteur dépeint une génération de jeunes Japonaises fascinées par la culture occidentale et qui essaient de la reproduire, mais en conservent essentiellement un aspect superficiel, ce qui les rend elles-mêmes superficielles. Le personnage de Naomi incarne parfaitement cette génération, et il a donné naissance à un terme qui qualifie cette attitude : le Naomisme.
 

En conclusion

Un amour insensé est le récit d’une relation destructrice, fondée sur un paradoxe. Si le sujet semble plutôt triste, l’histoire, relatée du point de vue de l’homme conscient de sa faiblesse, à la limite du cynisme, ravit par son aspect presque humoristique. Pourtant, au-delà de cette histoire, on ressent le problème que pose l’auteur, beaucoup plus profond, beaucoup plus politique, donnant du relief à ce qui pourrait être une histoire banale, sans réel intérêt.


Sasha, 2e année Éd-Lib.



 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

 

 

 


Tanizaki le chat son maitre et ses deux maitresses 

 

 

 

Articles de Justine et de Perrine sur Le Chat, son maître et ses deux maîtresses.

 

 

 

 

 

 

 

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 Article d'Hélène et de Lara sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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