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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 19:00

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TANIZAKI Jun.ichirô
Journal d'un vieux fou
Titre original : Fûten Rôjin Nikki
Traduit du japonais par Cécile Sakai
Editions Gallimard, 1998.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Héritier d'une lignée de riches commerçants, Junichirô Tanizaki doit sa vocation pour l'écriture à sa rencontre en 1910 avec un enseignant féru de belles lettres et de pensée bouddhique. Sa fascination  pour la culture occidentale et la Chine exotique influencera ses premiers écrits : une pièce de théâtre, Naissance, suivie de Le Tatouage, Les Jeunes Garçons et Tourbillon.

Frappés par la censure, les premiers textes de Jun.ichiro Tanizaki annoncent déjà les thèmes  provocateurs qui alimenteront toute son oeuvre : le désir sexuel, la domination, le fétichisme...

Son déménagement pour Kyôto en 1923 suite au séisme de Tôkyô marquera la fin de cette première période littéraire. Désormais, son oeuvre va prendre un nouveau tournant. L'auteur confrontera  la culture du vieux Japon à sa veine moderniste scandaleuse. Jusqu'à sa mort, son écriture va être alimentée par son obsession toujours plus grande pour la provocation et la perversion. Ce plaisir atteint son paroxysme dans son dernier ouvrage : le Journal d'un vieux fou.  Il utilisera l'illusion comme axe central à la fois dans le fond et dans la forme de ses oeuvres.

En jouant sur la frontière entre réel et imaginaire, comment Tanizaki réussit-il à se révéler à travers le personnage du grand-père ? Comment arrive-t-il à faire illusion et persuader le lecteur qu’il s'agit d'une oeuvre autobiographique ?

On s'intéressera dans un premier temps aux caractéristiques de l'écriture de soi dans l'oeuvre. Ce qui nous permettra dans une deuxième partie de mettre en lumière l'image du « vieux fou ». Enfin, on se penchera sur la relation sulfureuse que le grand-père entretient avec sa belle-fille.

 

 

L'écriture de soi

Âgé de 76 ans, le narrateur tient un journal intime dans lequel il évoque sa vie quotidienne. Stimulé par son imaginaire, le vieil homme décide de poser sur le papier les événements les plus exaltants de sa fin de vie. Soumis à une souffrance physique récurrente et lancinante, le narrateur n'hésite pas à donner les détails de sa maladie : « la névralgie à ma main gauche me fait davantage souffrir, et ma peau est de plus en plus engourdie » (p.13).

Le narrateur réussit à persuader le lecteur qu'il s'agit d'un témoignage vrai. Cette dimension authentique du récit, se retrouve dans le projet littéraire énoncé par le vieil homme :  « J’écris un journal parce que je m’intéresse à l’acte d’écrire. Je n’ai pas pour but de le faire lire. » (p.48).


Le récit est donc un objet d'exhibition qui plonge le lecteur au coeur des fantasmes frustrés du vieil homme.


L'image du «  vieux fou »

Comédien et capricieux, le grand-père trompe son entourage avec délectation en contrariant particulièrement sa femme à toute occasion. Loin d'être sage à son âge avancé, il se définit lui-même comme un « vieux fou » :

« Puisque fou j'étais, advienne que pourra, me dis-je, et c'est alors – et malencontreusement – que, subitement, je recouvrai mes esprits, prenant peur devant cette folie qui me guettait. Dès lors et d'évidence, je me mis à jouer la comédie, imitant délibérément les manières d'un enfant gâté et capricieux » (p.138).

 À l’approche de la mort, il relate avec émotion sa jeunesse et projette en toile de fond l'univers du vieux Japon : « Les femmes de l'Ère Meiji, belles ou pas, déambulaient ainsi, exactement comme des oies » (p.102).

Animé par les petites cruautés quotidiennes, le grand-père est un homme cynique qui éprouve un penchant prononcé pour les individus mauvais :

« Par un fait curieux, même quand je souffre, j'éprouve du désir sexuel. Ou plus exactement, mon désir est plus fort quand je souffre. Autrement dit encore, je suis davantage séduit, attiré par les personnes de l'autre sexe qui acceptent de me faire du mal. On peut, si l'on veut, parler de tendance masochiste. Je n'ai pas le souvenir d'avoir eu ce goût dans ma jeunesse, mais j'en suis arrivé là au fil de ma vieillesse » (p.37).

 

 

La relation du grand-père et de sa belle-fille

Stimulé par ce plaisir sensuel de la souffrance, il tombe amoureux de sa belle-fille, Satsuko, danseuse de music-hall. Consciente de l'affection qu'elle suscite chez le vieil homme, elle profite de sa faiblesse pour obtenir de nombreux présents onéreux :

« Voilà qu'envoûté par le charme de ma belle-fille, je m'étais délesté de trois millions de yens pour lui offrir un oeil-de-chat en échange du droit de petting » (p.101).

En contrepartie, elle éveille les pulsions fétichistes du grand-père en ne lui accordant que de maigres faveurs. La jeune fille vénale fait preuve d'une cruauté malsaine en jouant avec les sentiments du vieil homme frustré.

Rattrapé inéluctablement par sa mauvaise santé et son impuissance, le grand-père tente d'éloigner l'idée de la mort par ses  pensées érotiques. Mais plus son impuissance physique grandit, plus le vieil homme fantasme et sombre dans la folie obsessionnelles des pieds :

« Au départ, j'avais l'intention de cacher à Satsuko la raison pour laquelle je voulais estamper son pied […] mon projet de faire graver son empreinte sous le pied d'un Bouddha en pierre, de me faire enterrer dessous, et d'en faire ainsi la tombe du nommé Utsugi Tokusuke » (p.189).


Analyse

À cheval entre le monde imaginaire et le réel, Jun.ichiro Tanizaki réussit à créer l'illusion d'une autobiographie. Il se révèle, éprouve du plaisir à se raconter et à raconter la nature humaine sur laquelle il ne porte aucun jugement moralisateur ou religieux. Tel un observateur détaché, il s'attache uniquement à décrire les vices psychologiques humains construits autour de deux thèmes centraux : la séduction et la menace de mort (relation sadomasochiste entre le vieil homme et Satsuko). Ces vices ne font pas partie du monde de l'irréel, ils sont présentés comme des facettes de la nature humaine. 

C'est à travers cette veine moderniste que Tanizaki s'inscrit en rupture avec la mentalité des Japonais de son époque. Le mal triomphe face au bien, les rapports de domination s'inversent. Avec une sensibilité particulière, Tanizaki joue finement avec les modèles établis, avec le lecteur, avec lui-même.

 

 

L'écriture 

En écho avec le Tatouage et La Clef, le Journal d'un vieux fou expose l'univers singulier et percutant d'un auteur controversé ne laissant aucun lecteur indifférent.

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Adaptation cinématographique

de Journal d'un vieux fou.

 

Titre original : Diary of a Mad Old Man , 1987.

 

 

 

 

 

 

 

Lara Richard, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

Tanizaki le chat son maitre et ses deux maitresses 

 

 

 

Articles de Justine et de Perrine sur Le Chat, son maître et ses deux maîtresses.

 

 

 

 

 

 

 

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 Article d'Hélène sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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Article d'E.M. sur Eloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 

 


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