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11 décembre 2010 6 11 /12 /décembre /2010 07:30

Tanizaki-le_chat_son_maitre_et_ses_deux_maitresses.jpg

 

Fiches de Justine et de Perrine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TANIZAKI  Jun.ichirô
Le chat, son maître et ses deux maîtresses
titre original: Neko to Shozo to futuari no onna
traduit du japonais
par Cécile Sakai et Jean-Jacques Tschudin.
Gallimard, collection Folio, 1994

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Tanizaki.jpgL’auteur

Jun.ichirô Tanizaki ( 1886-1965) est un auteur japonais très apprécié en Europe.


Originaire d'une famille de riches marchands, il étudie la littérature japonaise à l’université de Tokyo. Suite à la reprise de l’affaire familiale par son père, un homme faible de caractère et peu attentif aux évolutions de la société japonaise, l’entreprise fait faillite, en 1910. Sa famille se retrouve obligée de réduire son niveau de vie, et lui demande d’arrêter ses études.

C’est cette même année que va réellement démarrer la carrière d’écrivain dont Tanizaki rêvait depuis plusieurs années. Il publie dans la revue Shinshichô, créée avec des amis, une nouvelle sur une jeune courtisane tatouée d’une araignée : Le Tatouage. Cette nouvelle fait partie du recueil Neuf nouvelles japonaises.

Le scandale qui va naître autour de ce texte va être à l’origine d’un énorme succès. Tanizaki, soucieux de dévoiler les passions humaines qu’il voit comme naturelles chez l’Homme, suscitera bien d’autres scandales. La morale spirituelle ou religieuse n’est pas un obstacle à son inspiration. La surveillance et la censure de ses écrits par les autorités, vont être fréquentes.

Ses œuvres mettent en valeurs des traits de caractère considérés comme des vices. Il aborde les questions du désir, de la haine, de l’attachement, de la paresse, de la suspicion… ainsi que des sujets controversés comme l’homosexualité, le fétichisme, l’érotisme ou la libération de la femme.

Sa passion et son admiration pour la culture occidentale sont visibles dans ses œuvres. Mais, comme beaucoup d’auteurs de sa génération, il hésite entre la modernité occidentale et les traditions de son pays.
 

L’œuvre
 
Dans le recueil de nouvelles, Le chat, son maître et ses deux maîtresses , Tanizaki, montre toute la subtilité de son écriture et nous entraîne dans les passions, les peurs de ses personnages.

Dans la première nouvelle, éponyme, le chat est le personnage central. Un animal souvent source d’inspiration pour la littérature japonaise.

L’histoire est donc centrée sur la chatte Lily, animal adorée par son maître Shozo, plus qu’il ne faudrait. La nouvelle épouse et l’ex-femme de ce dernier vont tout faire pour que le lien d’amitié qui unit l’homme et le chat se brise.

Son ex-femme, Shinako jalouse et humiliée par son divorce, va vouloir accueillir cet animal. Un chat qu’elle n’a jamais apprécié. Mais elle espère ainsi pouvoir récupérer son mari, ou au moins le faire souffrir.

Sa femme, Fukuko, va, sur les arguments de Shinako, réaliser que son mari accorde une importance démesurée à son chat. Pour garder la première place dans le cœur de Shozo, elle lui demande de céder Lily à sa rivale Shinako. Shozo, sous la contrainte, cède.

Mais, déprimé et inquiet, il va alors tout faire pour retrouver son chat. Il tente d’échapper à la surveillance de sa femme jalouse et incompréhensive, pour aller récupérer Lily chez son ex-femme. Le chat de son côté va également souffrir de cette séparation et, désorienté, va essayer de s’enfuir de chez sa nouvelle maîtresse.
La chute inattendue, ou prévisible pour certains, montre que l’animal ne se soucie pas au fond des passions humaines.

 
 
L’œuvre de Tanizaki aborde la jalousie et l’obsession sous un angle léger et humoristique, équilibré d’une touche d’émotion. Un récit très agréable à lire.
On retrouve dans cette nouvelle des personnages attachants guidés par leur jalousie et leurs sentiments .
 
Tout d’abord Shozo, un personnage passif, « un homme paresseux, inapte au travail, lourdaud ». Un homme naïf , qui ne s’affirme pas. On peut voir ici l’image que se fait Tanizaki de l‘homme, un reflet de l‘image paternelle qu‘il a connue.

Shozo est très attaché à son chat. De façon excessive. Il en perd le sens des priorités (maritales, familiales…). Il est posé en victime tout au long du récit. On lui enlève ce qu’il a de plus cher. Il ne réagit presque pas, se laisse faire. Mais il va beaucoup souffrir du départ de Lily. L’affection forte qu’il a pour son chat peut paraître excessive, mais pour un homme très peu considéré par son entourage, il est sûrement normal de trouver dans un chat, un ami, une relation à laquelle se rattacher. En effet, Shozo n’est pas entouré des personnes les plus bienveillantes. Les femmes de son entourage dominent sa vie, décident pour lui.

Son ex-femme, Shinako, jalouse et désireuse de se venger. Sa femme, peu préoccupée par les sentiments de son mari, souhaite juste être la première à ses yeux.

Sa mère, trop protectrice et soucieuse de l’image et de la richesse familiales, impose ses choix à son fils. Elle est la cause du premier divorce de Shozo, pour la raison qu’elle ne supportait plus sa belle-fille. Elle choisit également sa nouvelle femme. Ce qui se révèle, d’ailleurs, ne pas être un choix judicieux.
 
La dernière femme à être très présente dans la vie de Shozo, celle qui occupe tous les esprits, la cause de toutes les jalousies et les tristesses, Lily, la chatte. Elle est très humanisée dans la nouvelle, par les sentiments qu’elle semble ressentir et ceux que Shozo lui accorde. Mais son instinct animal a le dernier mot. Entre son maître et ses deux maîtresses, le choix ne se pose pas, seule lui importe une vie paisible.


Justine Genois, 1ère année édition/librairie.

 

 

 

 


 

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     Fiche de Perrine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Junichiro_Tanizaki_1913-copie-1.jpg

 

 

Un auteur de génie controversé

 

Romancier japonais issu d’une riche famille marchande de Tōkyō, Jun.ichirō Tanizaki est né à Tōkyō le 24 Juillet 1886 et meurt le 30 Juillet 1965. Provocateur, il aura déconcerté la critique tout au long de sa vie et provoqué les foudres de la censure jugeant ses œuvres « immorales ». On l’a d’ailleurs entre autres qualifié de diabolique, charlatan, pervers sexuel, masochiste et esthète décadent… Il est vrai qu’il aimait multiplier sciemment les provocations au grand dam de ses contemporains. À ce sujet la critique s’interrogera et essayera de comprendre ses motivations : est-il sincère ou ne fait-il que jouer les dandies pour avoir trop lu Baudelaire ? Aussi n’est-ce qu’après sa mort, lorsque les remous de ses frasques se sont calmés, qu’on lui a véritablement collé l’étiquette de « classique » qu’il conservera par ailleurs dans l’histoire de son pays.

 

 

(Photo de l’auteur datant des débuts de sa carrière en 1913)

 

Né à Tōkyō, il vécut une enfance insouciante au sein d’une famille bourgeoise avant d’entamer de brillantes études le menant en 1908 à la prestigieuse Université Impériale (aujourd’hui Université de Tōkyō). Ses débuts furent difficiles et en septembre 1910 il dut interrompre ses études lorsque son père ruina l’entreprise durement construite par son grand-père (Kyūemon Tanizaki). Cette même année, il fit une entrée fracassante dans le monde des lettres en publiant dans une revue (qu’il venait de créer avec des amis) une nouvelle scandaleuse : Le Tatouage. Ses débuts seront salués par Nagai Kafû, chef de file des naturalistes, et l’illustre médecin-romancier, Mori Ogai. Son style nerveux et concis, le cynisme cruel dont il fait preuve dans ce conte sont en totale opposition avec le néoromantisme et le naturalisme à la mode au début du siècle et donnent le ton pour la suite de sa carrière.

Cette nouvelle fut suivie par beaucoup d’autres réunies dans divers recueils. On sait aussi de lui qu’il écrivit quelques pièces de théâtre, s’essaya au jeune cinéma et à la traduction.

Parmi les faits marquants de sa vie, il est à noter qu’il s’est une première fois marié en mai 1915 à l'âge de vingt-huit ans avec Chiyo Ishikawa, une geisha âgée de dix-neuf ans. De ce mariage naîtra une fille en mars 1916. Très vite il se rend compte que la personnalité de son épouse ne lui convient pas et qu’il ne supporte pas son enfant. Suite à plusieurs démêlés sentimentaux dus à un quatuor amoureux, il fait publier en 1930 l’annonce de « la cession de l’épouse de Tanizaki » à Haruo Satō, non sans polémiques.

 En 1923, Tanizaki survécut au tremblement de terre qui ravagea la région de Tōkyō. Cet événement lui permit de voyager et d’en apprendre davantage sur les coutumes de la région de Kyōto-Ōsaka-Kōbe qui enrichirent ses œuvres de manière appréciable.

Il se remarie en 1931 et divorce en 1935 de Tomiko Furukawa, une jeune journaliste de vingt-quatre ans. Puis épouse en troisièmes noces Morita Matsuko la même année. Il exprimera dans un essai les satisfactions psychologiques et physiques que lui procure cette nouvelle vie conjugale.

En 1936, Tanizaki publie Le Chat, son maître et ses deux maîtresses (Neko to Shōzō to futari no onna).

A cinquante-sept ans il se lance dans la traduction de Genji monogatari (le Dit du Genji) qu’il publiera en 1939-1941 et sera censuré. Loin de se calmer avec l’âge, Tanizaki renoue avec ses fantasmes profonds, il publie ainsi une série d’œuvres défrayant la chronique dont le célèbre Kagi en1956 (ou La Clef aussi traduit La Confession impudique) où il traite sans détours du problème du désir sexuel dans un couple. L’opinion publique réagit vivement, en s’interrogeant et en se demandant si c’est une simple œuvre pornographique.

Son état de santé s’aggrave après 1960. A partir de ce moment, on retrouvera dans ses œuvres  son désir de se libérer de sa souffrance physique  et son obsession de la mort en particulier dans le  Journal d’un vieux fou (1961). Dans ses derniers essais, Jun.ichirō Tanizaki se souviendra de sa préférence pour la fiction romanesque plutôt que pour le récit autobiographique, avec cette célèbre formule : « Je ne m’intéresse qu’aux mensonges ».

Il s’éteint le 30 Juin 1965, laissant une œuvre considérée par tous comme l’une des plus importantes du XXe siècle japonais.

 


Bibliographie

 

Le Dictionnaire des auteurs, Robert Laffont (1989) p449-452. Ainsi que l’article de Wikipedia .

 

 

 

Résumé

Le chat, son maître et ses deux maîtresses (ou Neko to Shōzō  to futari no onna) peut être considéré comme un « brillant divertissement » nous narrant l’histoire d’un étrange triangle amoureux où le chat devient otage et objet de manipulation. L’histoire commence par une lettre de Shinako à Fukuko. Cette dernière est la nouvelle femme de l’ex-mari de Shinako, Shōzō. Dans cette lettre, la première femme demande à la seconde de lui céder la chatte de Shōzō, Lily. Elle tente ainsi de convaincre Fukuko en lui parlant de son « attachement » pour Lily et en partageant ses craintes avec elle. En effet Shōzō aime démesurément cette chatte, aussi Shinako est-elle préoccupée par l’incidence que cela pourrait avoir sur le tout jeune ménage. Cela n’étant bien sûr qu’un prétexte de la part de Shinako dont l’intention est d’attirer son ex-mari dans ses filets et de semer la discorde dans le nouveau couple. Nous suivrons donc à travers cette nouvelle l’évolution des personnages et de leurs sentiments suite à la « passation » de la chatte…


L’oeuvre


Étude des personnages et de leurs relations complexes

Bien que cela puisse sembler paradoxal, il me semble évident de commencer par celle qui est selon moi le personnage principal : Lily. Après tout, le titre de l’œuvre est Le chat, son maître et ses deux maîtresses. Le chat, c'est-à-dire Lily, est donc placé en première place avant même que l’on ait lu l’ouvrage. De même, au fil de la lecture, on commence progressivement à se demander si cette jolie petite chatte écaille de tortue, n’est pas finalement la véritable « maîtresse de Shōzō ». En effet, la manière qu’il a de déifier chacun de ses gestes, l’émotion à l’évocation de leurs souvenirs communs, leurs jeux secrets presque sensuels, le fait qu’il fasse cuisiner des « chinchards marinés » à sa femme pour ensuite les lui donner traduisent la profondeur de son affection pour elle. Après tout il l’aurait lui-même dit à Shinako : « Nous, on peut bien se séparer, mais je ne pourrais jamais me séparer de la chatte ».

Ce qui est intéressant aussi, c’est de voir l’évolution des sentiments des deux « maîtresses » vis-à-vis de Lily. D’après Fukuko, les critiques de Shinako sur la relation de son mari avec le chat lui ont permis de gagner le cœur de Shōzō. En effet, qu’y a-t-il de plus ridicule que de jalouser une chatte ? En outre, autant Lily fut pour la première épouse cause de souffrance (lorsque son mari les laissait seules toutes deux à la maison pour aller voir sa maîtresse), autant pour la seconde épouse elle est une chance de se faire bien voir de l’homme qu’elle convoitait. Mais et Lily dans tout ça ? Je dirais qu’elle est autant victime de Shōzō que ces deux femmes car après tout, elle sera lâchement cédée par son « maître » pour ménager la jalousie de sa jeune épouse fortunée. Pourtant, dans les premiers temps de son exil chez Shinako, elle lui restera fidèle, refusant de manger et tentant de s’enfuir, mais finissant par adopter la même attitude que sa nouvelle maîtresse : la résignation. Au final, on peut se demander si elle n’est pas la seule à pouvoir réellement obtenir vengeance, car lorsque Shōzō n’y tenant plus finira par céder en allant la voir chez Shinako, Lily ne daignera même pas le saluer et le boudera.

Le choix de l’auteur quant au fait de prendre un chat comme lien entre les personnages est par ailleurs assez intéressant. Nous savons que Tanizaki aimait profondément ces animaux et qu’il avait décidé de leur consacrer un ouvrage avant sa mort. Mais est-ce si étonnant ? Cet animal est en effet très aimé des Japonais qui le voient dans certains cas comme un symbole de chance ou au contraire de malheur. D’ailleurs le comportement de Lily n’est pas sans rappeler celui du bakeneko (monstre-chat) du folklore japonais, dont elle possède certains des attributs : une dizaine d’années et une longue queue. Selon certaines légendes ce  Yōkai (ou démon) aurait des attitudes humaines et pourrait, dans certain cas, dévorer sa maîtresse et en prendre sa place. Or Lily est plus importante dans le cœur de son maître que ses femmes. On peut donc dire que d’une certaine façon, elle a pris la place de la « maîtresse ».

Néanmoins, il est peu probable que Tanizaki ait pris cette légende comme source d’inspiration. En effet, le Japon du début du siècle se passionne plus pour la littérature étrangère que pour ses propres légendes. Il est donc plus raisonnable de penser que l’auteur se soit inspiré de la nouvelle Le Chat noir, d’Edgar Allan Poe dont on sait que Tanizaki aimait les ouvrages. Cette histoire, nous narre la vengeance d’un chat envers son ancien maître et bourreau qui l’a tué sur un coup de folie. Il n’est donc pas exclu au vu des points communs avec la nouvelle de Tanizaki que ce dernier s’en soit inspiré.


Si on se réfère au titre, c’est ensuite par le « maître » ou Shōzō qu’il faut poursuivre.


Ce dernier est décrit comme un bon vivant, une sorte de grand gamin uniquement doué en cuisine et qui se repose sur sa mère, O-Rin, avec qui il tient le commerce familial. Son air enfantin fait qu’on lui passe facilement ses caprices et compense son manque de charme par un certain charisme. Shōzō a, dans sa jeunesse, commencé plusieurs apprentissages abandonnés en cours de route et c’est durant l’un deux qu’il a ramené Lily. Il a épousé en premières noces une servante, Shinako, et en seconde Fukuko, la riche fille de son oncle et par conséquent sa cousine. Il n’est pas décrit comme une personne très fine mais plus comme un homme manquant d’autorité face aux femmes de sa maison et facilement influençable. Ce qui n’est pas sans rappeler le propre père de l’auteur qui, rappelons-le, a causé la faillite de l’entreprise familiale, et dont l’auteur parlait comme d’un homme faible de caractère et ayant du mal à s’imposer. De plus Shōzō doit à sa propre inconstance et aux manigances de sa mère (et du frère de celle-ci) sa relation avec sa cousine, elle-même n’était pas non plus étrangère aux manigances des deux aînés pour évincer la première épouse. Il est aussi à noter dans le choix du nom une certaine ironie de l’auteur : en effet Shōzō peut signifier selon le sens que l’on choisit pour le caractère Shō, « celui qui fabrique », soit de la « stabilité » ou « platitude » soit de la « solennité ».
 
Ensuite viennent les deux « maîtresses ».

La première épouse, Shinako, est d’après la signification de son nom la « femme marchandise de qualité ». Cette dernière s’est en effet donnée corps et âme dans le commerce de son mari allant jusqu’à vendre ses biens pour mieux l’aider, supportant toute les brimades de sa belle-mère sans sourciller et finissant par se retirer sans faire de scandale lorsque son mari la remplaça par Fukuko. Pourtant, au début du roman, la manière dont elle est décrite nous laisse penser qu’elle est une personne méprisable. Impression renforcée par sa lettre où les propos mielleux qu’elle tient dans le but de cacher le venin du doute qu’elle cherche à instiller dans l’esprit de sa rivale nous laissent imaginer une femme aigrie et médisante, une vraie vipère. Jugement qui sera renforcé par le comportement qu’elle adoptera vis-à-vis de Lily dans un premier temps, en cherchant à se faire aimer d’elle pour mieux l’utiliser. Mais progressivement, il va y avoir un changement d’attitude chez elle, et elle va peu à peu abandonner sa vengeance pour une relation plus proche de celle qu’entretenait Shōzō avec Lily. Cette dernière devient rapidement son seul compagnon d’infortune dans l’exil qu’elle subit. Au final, on découvre un nouveau visage de Shinako, celui d’une femme aimante cherchant juste à retrouver l’homme qu’elle aime et dont on l’a séparée. Shinako va se sacrifier pour pouvoir offrir à Lily le même confort dont elle jouissait chez son maître car elle représente son dernier lien avec son amour. Et finalement dans leur exil elles finiront par se consoler mutuellement et entretenir un lien qu’elles n’auraient peut être jamais entretenu si Fukuko n’avait pas été chassée par son mari.

Puis vient la deuxième épouse, Fukuko, qui est la femme du « bonheur ». Cette dernière s’est très vite adaptée à la vie qu’elle mène avec son mari car sa belle-mère étant sa tante elle n’a pas eu à faire « des manières » avec elle. Fukuko est issue d’une famille riche et a suivi un véritable enseignement, contrairement à sa rivale. Mais ses frasques de jeunesse ont terni sa réputation, aussi son père et sa future belle mère décidèrent-ils de manigancer un complot contre Shinako, satisfaisant ainsi leurs désirs respectifs : marier une fille dont on ne savait que faire et se débarrasser d’une bru que l’on détestait. Au début du roman, Fukuko nous apparaît comme une femme, sinon parfaite, du moins meilleure que Shinako. Cependant, on la découvre peu à peu manipulatrice. Elle a ainsi manigancé avec ses parents et a fait semblant d’affectionner Lily pour dévaloriser Shinako et prendre sa place. Puis elle torture verbalement et physiquement son mari à coup de griffes durant la nuit pour lui faire céder la chatte à Shinako et du même coup se débarrasser de l’animal qu’elle juge maintenant nuisible à son couple. De même, elle est capricieuse et ne s’investit que peu dans le ménage, laissant les corvées à sa belle-mère et jouissant de la rente ou plutôt de l’« argent de poche » qu’elle reçoit de son père. L’exemple le plus flagrant et dégoûtant étant lorsque Shōzō montre à sa mère les linges maculés de sang de sa femme qui les cache dans un coin de la chambre conjugale pour ne pas avoir à les laver et qui en rachète au fur et à mesure. Au final, tout cela se retournera contre elle, car lorsque son mari va rendre secrètement visite à Lily, étant elle-même manipulatrice, elle va penser que c’est la « maîtresse » qu’il va voir et non le chat, se mettant ainsi dans une rage folle qui fera fuir Shōzō. Mais, a-t-elle vraiment tort ? Car après tout, cette obsession et cet amour proche de la passion qu’éprouve son mari pour cet animal, nous font douter de l’identité de sa véritable « maîtresse ». Ainsi Tanizaki avec l’exemple de Fukuko illustre le principe de « l’arroseur arrosé ».


Analyse personnelle et impressions de lecture.

D’après mes propres impressions, je dirais que la nouvelle qui pourrait presque être qualifiée de court roman – au vu de sa longueur  – est intéressante par l’évolution de ses personnages. Ainsi, par l’écriture, l’auteur nous permet d’entrer dans la psyché de ses personnages et de comprendre leurs sentiments et comportements. C’est l’évolution de Fukuko qui m’a notamment le plus fascinée. Voir la dignité de cette femme qui petit à petit va s’attacher à cette chatte qu’elle détestait pourtant et finir par retrouver, grâce à elle, une certaine stabilité est selon moi magnifique. Le personnage de Lily en lui-même ou plutôt l’influence qu’elle a sur son entourage est par ailleurs tout aussi intéressant. Quand à Shōzō et à sa nouvelle femme, ces derniers ne m’ont inspiré que mépris, bien que comprendre leurs raisonnements et idées m’aient parfois fait sourire et amusée. Tanizaki fait pour moi preuve d’un véritable talent et mérite bien son surnom de « génie », il a ainsi su nous dépeindre ce triangle ou plutôt quatuor amoureux (si on compte Lily) avec brio. En effet, il n’y a selon moi rien de plus banal que ce genre d’histoire amoureuse, mais la manière dont il nous en parle la rend intéressante et ô combien « divertissante » pour reprendre le dos de la jaquette du livre. À travers les pensées des personnages, il a su les rendre vivants à nos yeux et l’habileté dont il fait preuve n’est peut-être pas étrangère à sa propre expérience personnelle. Car je tiens à rappeler que son deuxième mariage s’est fini en quatuor amoureux entre lui, sa belle-sœur (la cadette de son épouse), sa femme et l’amant de cette dernière.

Néanmoins, entrer dans l’œuvre est assez difficile dans un premier temps, car la lettre de Fukuko par laquelle commence le livre est tellement enrobée de phrases doucereuses, que le style en paraît lent et ennuyeux. De plus, l’auteur a, si j’ose dire, la manie d’enchâsser au milieu du récit de longs paragraphes de retour en arrière sur l’histoire et les événements (qui ont conduit les personnages au point où ils en sont). Ce qui a tendance à désorienter un peu le lecteur et parfois même à l’agacer. Mais cela ne m’a personnellement pas gênée ; au contraire, cela empêche la monotonie de s’installer et ne motive que davantage pour connaître la fin de l’histoire. Ce qui est, selon moi, le plus appréciable dans une œuvre, car le lecteur n’aime pas être ennuyé.

Perrine, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

 

 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

 

 

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 Article d'Hélène sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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Article d'E.M. sur Eloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 


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Published by Justine et Perrine - dans Nouvelle
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