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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 07:00

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TANIZAKI Junichirō

谷崎 潤一郎
Le pont flottant des songes
Titre original
夢の浮橋
Yume no ukihashi, 1959
traduction
Jean-Jacques Tschudin
Extrait de
Œuvres II, bibliothèque de la Pléiade,
Gallimard, 1998
Folio 2€, 2009


 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Tanizaki Junichirō naît à Tōkyō en 1886. Sa première nouvelle, « Le tatouage », publiée en 1910, fait scandale. En 1913, il rassemble toutes ses nouvelles dans Le diable, qui est censuré. S’inspirant des cultures chinoise et occidentale, il écrit des drames, des comédies ainsi que des scénarii pour le cinéma.  Après le tremblement de terre de 1923, Il s’installe dans le Kansai et commence à s’inspirer de la culture japonaise dans ses écrits. Il publie en 1924 son premier roman, Un amour insensé. En 1946 paraît Quatre sœurs, dont la parution sous forme de feuilleton avait été interdite en 1943 parce que jugée inconvenante en temps de guerre. Il publie ensuite des romans audacieux, tels que La Clé, ou Journal d’un vieux fou.

Il meurt en 1965. Son œuvre est considérée au Japon comme majeure dans la littérature du XXème siècle ; le prix Tanizaki est une des plus grandes récompenses de la littérature au Japon. 



Le pont flottant des songes

Résumé

Le pont flottant des songes est un roman publié en 1956. 

Le narrateur, Tadasu, écrit pour lui-même, sans avoir aucunement l’intention d’être lu. Son récit commence par l’histoire de son enfance. Il raconte la perte de sa mère, le deuil de son père, puis l’arrivée d’une nouvelle femme dans la vie de celui-ci. Cette nouvelle épouse prend entièrement la place de sa mère, car son père lui demande de porter le même nom, Chinu, de jouer comme elle du koto. Il demande à Tadasu de l’appeler Maman et de la traiter comme telle. Une grande complicité naît entre la nouvelle maman et l’enfant, alors âgé de huit ans, qui ne parvient plus à dissocier celle qui lui a donné la vie de sa remplaçante.

Tadasu grandit, devient jeune adulte, et sa mère tombe enceinte. Loin d’être jaloux, Tadasu attend son petit frère. Mais ses parents ne parlent jamais de l’enfant devant lui, et semblent lui cacher quelque chose. Takeshi naît mais quelques jours plus tard Tadasu ne le trouve pas en rentrant. Ses parents lui apprennent que le bébé a été placé dans une famille, suite à une décision mûrement réfléchie. Tadasu le cherche, mais n’ose pas le récupérer sans l’accord de ses parents.

Puis son père tombe malade. Sur son lit de mort, il demande à son fils d’épouser la femme qu’il lui a choisie, et de se dévouer entièrement à sa mère pour qu’elle puisse être heureuse sans lui. Il meurt, et le lecteur perçoit pendant la cérémonie funéraire des rumeurs qui courent sur les relations étranges entre Tadasu et sa mère. L’une d’elles dit même que le petit Takeshi serait l’enfant de Tadasu et non de son père.


Le temps passe, Tadasu continue ses études. Sa femme et lui ne s’entendent pas très bien. Il passe de longs moments à masser sa mère, et décrit cela comme son unique plaisir.

Puis, un jour, sa femme crie : alors qu’elle la massait, sa belle-mère a été piquée par une scolopendre. Souffrant d’une faiblesse du cœur, elle meurt quelques jours plus tard.

Le livre s’achève sur la description de ce que Tadasu vit au moment où il écrit : il évoque les soupçons qui l’ont conduit à se séparer de son épouse, et raconte qu’il a récupéré son frère pour l’élever et  vit avec lui.



La difficulté de se souvenir

Tadasu est incapable de différencier dans ses souvenirs ce qu’il a vécu avec sa vraie mère de ce qu’il a vécu avec sa belle-mère. Il confond tout à fait les deux, de telle sorte que chacune d’elles est totalement sa mère. Cette absence de différence entre les deux est d’autant plus forte que sa belle-mère s’emploie, à la demande de son père, à ressembler trait pour trait à la première femme de son époux :

 

« Mon père s’était employé à me faire effacer toute différence entre ma mère naturelle et ma mère adoptive en me faisant confondre leurs faits et gestes, et il est certain qu’il avait fait part de son plan à la nouvelle venue. » (p. 42).

 

 

 

La relation aux parents, entre gratitude et rancœur

 Chez Tanizaki Junichirō, la relation aux parents est d’une grande complexité. Tadasu est très dévoué à son père et sa belle-mère. Plusieurs fois au cours du récit, il remercie son père de lui avoir donné une « deuxième Maman ». Même lorsqu’il reproche à ses parents de l’avoir privé de son frère, il ne songe pas à le récupérer sans recevoir l’aval de ses parents.

Cependant cette dévotion se mêle de rancœur face à l’abandon de Takeshi que Tadasu ne parvient pas à comprendre.

Dans ces relations, le mensonge est très présent malgré tout l’amour que se portent les membres de cette famille. Ainsi les parents font adopter Takeshi sans en parler à Tadasu, et de plus le cachent beaucoup plus loin qu’ils ne veulent le dire. Le père cache également sa maladie à son fils. Et jamais ses parents ne lui parlent de la vie qu’a vécue la seconde Chinu ; ce secret laisse penser à Tadasu qu’il a été en quelque sorte manipulé par son père.



Le rapport à la mère : amour filial ou désir charnel ?

La femme semble à la fois très importante, mais aussi être sans consistance. Tadasu dit qu’elle a un caractère fort, et pourtant la femme est présentée comme interchangeable, puisque  devient la parfaite copie d’une autre femme :

 

« Tes deux mamans se fondront en une seule, et tu ne pourras plus les différencier. Ta maman s’appelait Chinu et ta nouvelle maman s’appellera aussi Chinu ! Et de plus elle fera tout comme l’aurait fait ta première maman, elle agira comme elle, elle te parlera comme elle ».

 

Et sa dévotion est d’autant plus flagrante qu’elle abandonne son fils naturel pour se consacrer absolument à l’enfant de la première épouse et s’occuper de lui en permanence.

La femme est également mystérieuse. En effet Tadasu ne sait rien de celle qu’a été sa mère avant son mariage et ne découvre que par sa nourrice qu’elle est une ancienne geisha et a déjà été mariée à un homme, qui l’a répudiée.
   
La relation entre Tadasu et sa mère est très ambiguë, et cette ambiguïté est  encouragée par le père. Dans leurs rapports physiques, leur relation est peu commune dès son arrivée. En effet elle lui offre de téter son sein, alors que, n’ayant jamais été enceinte, elle n’a pas de lait. Et lorsque naît Takeshi, alors que Tadasu est déjà adulte, elle lui offre de la téter à nouveau, ce qu’il accepte.

Avant de mourir, son père lui demande de le remplacer dans la vie de Chinu, comme elle a remplacé sa première mère, et il lui choisit une femme dont il sait qu’elle acceptera ce rapport étrange. Même plus vieux, il avoue que son seul et unique plaisir est de « pétrir le corps de Maman » (page 96).

Ces rapports semblent d’autant plus étranges au lecteur que Tadasu avoue ne pas tout dire dans son roman, et omettre des faits.



La mort omniprésente

Junichirō Tanizaki accorde aussi une grande importance à la mort et à la déchéance du corps dans ce livre. En effet le roman est court, et il est marqué par trois morts : celles de la mère naturelle, du père, et de la deuxième mère. Il détaille la lente agonie du père avec beaucoup de précision. Il ne laisse pourtant que peu de place à l’expression des sentiments que lui inspire la perte des être qu’il a aimés, comme si seule avait compté leur vie avec eux.



Junichirō  Tanizaki explore dans ce roman la complexité d’une relation étrange et ambiguë entre une mère et son enfant dans une langue belle et poétique. Il porte une attention particulière aux détails, décrivant longuement le décor idyllique de la narration. Les références à la littérature japonaise y sont nombreuses. La douceur du langage contraste avec l’étrangeté du propos, donnant à ce récit une atmosphère très particulière.

La quatrième de couverture proclame que ce roman est « un magnifique éloge de la maternité ». Mais il y a plus qu’une « simple » relation de mère à enfant dans ce texte. Les relations, à la lecture du texte, semblent très contrastées : certains lecteurs ont dit l’avoir trouvé beaucoup trop étrange et ambigu, d’autre louent sa complexité et la beauté de la langue.

 Je trouvé pour ma part ce livre aussi magnifique que troublant. La complexité des sentiments décrits, ainsi que l’importance du non-dit laissent songeur, et la beauté de l’écriture passionne.


Juliette, 1ère année édition-librairie

 

 

 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

 

  Tanizaki Un amour insensé01-copie-2

 

 

 

Article de Sasha sur Un amour insensé.

 

 

 

 

 

 

Tanizaki le chat son maitre et ses deux maitresses 

 

 

 

Articles de Justine et de Perrine sur Le Chat, son maître et ses deux maîtresses.

 

 

 

 

 

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 Article d'Hélène et de Lara sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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Article d'E.M. sur Éloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

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Published by Juliette - dans Nouvelle
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