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12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 07:00

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Tatiana ARFEL
L’Attente du soir
éditions José Corti
Collection « merveilleux », 2009
 








 

 

 

 

 

 

 

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L’Attente du soir est le premier roman de Tatiana Arfel. Cette jeune psychologue de formation semble être une auteure prometteuse puisque ce roman a déjà reçu six prix littéraires ! Des Clous, fraîchement paru en janvier dernier, a lui aussi rencontré le succès auprès des lecteurs et de la presse.

 

L’Attente du soir est d’abord l’histoire de trois personnages : Mlle B., le môme et Giacomo.

Mlle B. est une jeune femme grise et triste. Elle n’a pas de nom. On ne la remarque pas. Entre une mère qui ne l’a jamais regardée dans les yeux et un père indifférent, son existence est vide d’amour et d’affection. Elle remplit sa vie froide et monotone en comptant les fissures au plafond, les lignes, les carrés et marmonne des tables de multiplication. Sa seule relation sexuelle a été accidentelle et a eu pour conséquence une grossesse et la naissance d’un enfant. Un espoir d’affection apparaît à la naissance du bébé, mais la mère de la jeune femme, qui a une emprise totale sur sa vie, lui retire son nouveau-né pour le donner à une famille, comme s’il n’avait jamais existé. Elle finit par perdre le goût de la vie et se soumet aux directives de sa mère.

Le môme est un enfant abandonné sur un terrain vague. Il survit avec l’aide d’un chien qui le nourrit et le protège. Il est seul et personne ne le voit. Alors que le chien meurt de ses blessures, le rouge du sang frappe la vue de l’enfant et il assimile cette couleur à la chaleur et à l’amour du chien. Le rouge devient sa couleur préférée. Il reste sur ce terrain vague et, en fouillant les poubelles pour manger, il trouve des couleurs. Il les goûte, les mélange, les étale. A chaque nuance, il associe un sentiment. Il les aime toutes, excepté le gris qui le hante et l’effraie. N’ayant pas de mots pour s’exprimer, il utilise les couleurs et il en cherche toujours plus pour satisfaire son besoin de communiquer.

À la recherche de nouveaux coloris, il entre par effraction chez une femme. Il est alors envoyé dans un centre pour jeunes en difficulté où une jeune éducatrice rousse lui apprend à s’exprimer par des mots, tout en respectant son amour des couleurs. Un fort lien affectif les unit mais il s’enfuit et retourne sur son terrain vague le jour où une famille vient pour l’adopter. Il a peur des humains.

Giacomo est né d’une mère trapéziste et d’un père clown. Directeur du Circo Giacomo à son tour, il est dresseur de caniches et compose des symphonies parfumées qui subjuguent le public. Les lumières brillantes du chapiteau rouge et jaune qu’il dirige de ville en ville constituent son univers quotidien. Une chose effraie Giacomo : le Sort noir qui apporte le trouble, la mort et la mélancolie. Bien qu’il entretienne des liens fraternels avec sa troupe, il s’isole régulièrement pour méditer et prendre du recul sur sa propre vie et sur celle des autres. Giacomo a beaucoup vécu. Après la mort de sa mère, puis de son père, il connaît la pauvreté, la faim, la solitude et le rejet de la femme qu’il aime. Malgré l’accumulation de malheurs dans sa vie, il apporte du rêve, de la joie et du divertissement aux spectateurs.

Ces trois personnages sont seuls, anonymes et vivent en marge de la société. La vie ne les a pas épargnés. Ils ont chacun leur lot de souffrance et de déception. En manque d’affection, Mlle B., le môme et Giacomo vont finalement être amenés à se rencontrer. Malgré leur peur des autres, vont-ils réussir à construire le foyer dont ils ont rêvé toute leur vie ?

 

Ce roman s’articule autour du chiffre trois : trois parties divisées en chapitres, eux-mêmes composés de trois temps de parole dans lesquels les trois personnages vont tour à tour raconter leur histoire. Dans la première partie, l’histoire de ces trois êtres est bien distincte. Dans la deuxième partie, Giacomo et le môme se rencontrent alors que Mlle B. reste enfermée dans sa solitude. Dans la troisième partie, la femme grise finit par rejoindre Giacomo et l’enfant.

Tatiana Arfel tient son lecteur en haleine en multipliant les difficultés stylistiques. D’abord, les trois personnages ne sont pas écrits à la même personne. Le « je » est utilisé pour Giacomo et Mlle B. et le « il » est attribué au môme. De plus, l’échelle de temps est différente pour chacun des protagonistes mais ils se retrouvent à la fin. On peut aussi ajouter que l’auteure décrit parfois les mêmes scènes au travers du regard de chacun d’eux. La psychologie de chaque personnage est décrite avec une telle finesse et tant de détails tout au long du texte, que le lecteur plonge au plus profond de leur âme. Il est porté par les trois personnages et transporté par les couleurs.

Effectivement, les couleurs sont omniprésentes dans le roman. Des couleurs chaudes et joyeuses pour le cirque, les nuances de gris pour Mlle B. et toutes les teintes pour exprimer les sentiments du môme. Le lecteur ressent lui aussi beaucoup de tristesse et de solitude suscitées par le gris dans le livre, mais l’espoir est bien là, grâce aux couleurs chaudes.

À travers cette histoire, les thèmes de la famille, la solitude, l’amour, la communication, la soumission, la vie tout simplement, sont abordés et nous touchent au plus profond de nous-même. Ce roman est exceptionnel par sa sensibilité et sa justesse.


Extrait

« Le tapis est rouge, le sac est bleu. Il ne dit pas bleu, mais il se fait son image du bleu. Le bleu est comme la langue du petit chien. Il lèche et caresse là où ça pique, dedans. Le bleu respire plus lentement que le rouge. Le bleu ne réveille pas comme le rouge. Au contraire, quand le môme le regarde, le bleu lui fait un peu fermer les yeux. »

 

 

Sara, 2e année Éd.-Lib. 2010-2011

 

 

 

 


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