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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 07:00

Tawada-Yoko-Journal-des-jours-tremblants.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TAWADA Yōko
多和田 葉子
Journal des jours tremblants
Après Fukushima
précédé de
Leçons de poétique
traduit de l'allemand
par Bernard Banoun
et du japonais
par Cécile Sakai (2012)





 

 

 

 

Tawada-Yoko-02.jpgTawada Yōko, née le 23 mars 1960, est une romancière japonaise née à Tokyo. Elle écrit et publie en japonais et en allemand, sa seconde langue d'écriture, car elle s'est installée à Hambourg en 1982.  Depuis 2006, elle vit à Berlin.

Elle a écrit de nombreux romans dont :

Narrateurs sans âmes (Erzähler ohne Seelen), traduit de l'allemand par Bernard Banoun (2001), Verdier.
Opium pour Ovide (Opium für Ovid), traduit de l'allemand par Bernard Banoun (2002), Verdier.
L'Œil nu (Das nackte Auge), traduit de l'allemand par Bernard Banoun (2005), Verdier.
Train de nuit avec suspects , traduit du japonais par Ryoko Sekiguchi et Bernard Banoun (2005), Verdier.
Le Voyage à Bordeaux (Schwager in Bordeaux), traduit de l'allemand par Bernard Banoun (2009), Verdier.

Mais aussi des essais, des nouvelles et des pièces de théâtre.



Le livre étudié aujourd'hui est son dernier écrit : Journal des jours tremblants. Après Fukushima, précédé de Leçons de poétique, traduit de l'allemand par Bernard Banoun et du japonais par Cécile Sakai (2012), édité chez Verdier.

Le journal se passe du 13 au 26 mars puis nous avons une ellipse jusqu'en juillet 2011, avec le texte intitulé « Franchir la barrière de Shirakawa ».

La première partie de l’œuvre, les épisodes datés, ont été écrits en allemand, mais « Franchir la barrière de Shirakawa » a été écrit en japonais.

Entre ces deux passages, on peut situer les Leçons de poétique, qui sont trois conférences données à Hambourg à partir du 4 mai 2011, deux mois après la catastrophe de Fukushima. Lors de ces conférences, Yōko Tawada nous explique l'image du Japon en Occident depuis trois siècles, tout en nous retraçant l'histoire de son pays, car après un renfermement sur lui-même, le Japon a fini par accueillir le monde occidental. L'auteure nous retrace cette histoire pour que l'on comprenne mieux le présent, et en l’occurrence pourquoi une telle catastrophe est arrivée, faisant écho aux textes publiés dans la presse allemande, qui répondent à un sentiment ressenti d'obligation d'écrire après Fukushima, ces textes constituant le Journal des jours tremblants.



Rappel de la catastrophe de Fukushima

Un séisme de magnitude 9 entraîne un tsunami le 11 mars 2011 et s'ensuit un accident nucléaire majeur, classé au niveau 7 (le plus élevé) de l'échelle internationale des événements nucléaires, ce qui le place au même degré de gravité que la catastrophe de Tchernobyl (1986). C'est ce qu’on appelle au Japon un Genpatsu-shinsai, un accident combinant les effets d'un accident nucléaire et d'un tremblement de terre.



Le journal commence le 13 mars 2011 soit deux jours après la catastrophe. Elle revient sur la façon dont elle apprend la catastrophe et les réactions des Allemands (beaucoup d'inquiétude).

Elle arrive à joindre rapidement sa famille, par mail, et la réponse de son père est plutôt cocasse : « le train recommencerait à rouler dès le lendemain et il pourrait donc aller me chercher le livre commandé chez le marchand de livres anciens » (p.91).

C'est alors l'occasion d'illustrer le  mythe du « calme des japonais » qui découlerait du bouddhisme, du shintoïsme ou du confucianisme. En effet, les séismes sont courants au Japon et nous (Occidentaux) avons l'habitude des reportages nous montrant le calme et la rigueur des Japonais lors de ces catastrophes.

De plus, ce sont les coupures de courant montrées comme le plus inquiétant, comme pour souligner l'importance des centrales nucléaires pour produire l'électricité et donc la lumière. L'auteure s'en étonne donc : « on parle de catastrophes naturelles, or ce n'est pas la nature qui est responsable de la mort par radioactivité » (p.93).

On trouve ensuite un deuxième texte du 13 mars, du même jour, beaucoup plus politisé et lié aux informations japonaises, où l'on parle toujours des coupures de courant mais où les dangers de la radioactivité sont peu évoqués : « une fois de plus, j'ai l'impression que le discours public tenu au Japon pendant la catastrophe naturelle est fortement manipulé » (p.94).

La presse japonaise insiste également sur les unités de l'armée d'autodéfense sauvant les populations, l'armée étant interdite dans la constitution japonaise ; ces photos sont vues par l'auteur comme une justification de ces unités.

Enfin, comme dans ces conférences, Yoko Tawada  lie désormais Fukushima à Hiroshima : p.94 : « Jusqu'à présent, la pire catastrophe n'était pas une catastrophe naturelle, cela restait la Seconde Guerre mondiale ».



Dans le texte du 20 mars, l'auteure revient à nouveau sur les photos et les vidéos des régions touchées pour illustrer les réactions qu'elle a reçues à propos de la situation des réfugiés : « En Allemagne, il y a manifestement une tradition qui veut qu'on offre abri et protection aux fugitifs. Au Japon, une chose semblable ne va pas de soi. » (p.98). De plus, quand elle demande à ses amis s'ils pensent à quitter le pays, la même réponse revient toujours : « nous sommes des insulaires ». Une pensée nationaliste à laquelle s'ajoute la peur d'être marginalisé au retour. Cela étant dit, un reportage récent montrait des «réfugiés » de Fukushima qui souhaitaient rester das leurs logements d'accueil provisoires, peut-être plus pour garder une aide de l'État que par peur de s'exposer aux radiations.

Cette réponse, « nous sommes des insulaires », nous rappelle l'importance de l'eau au Japon.

Yoko Tawada évoque également la peur d'une réaction nationaliste, comme cela s'était produit lors du grand séisme de 1923, et qui avait provoqué le génocide d'une partie de la minorité coréenne, accusée d'avoir contaminé l'eau potable. Ainsi, sur les 100 000 disparus on compte entre 200 et 6000 victimes du génocide.

Elle cite ainsi le 26 mars l'auteur Kamo no Chômei, auteur du XIIe siècle (p.101) : « La même rivière coule sans arrêt, mais ce n'est jamais la même eau », (Notes de ma cabane de moine, 1212) et ajoute : « ce n'est pas l'eau qui est le mal […]. Au contraire. Sans eau nous ne pourrions pas vivre » (p.102)



Enfin, le texte daté de juillet 2011 est l'occasion de nombreuses références au passé, de grandes figures et artistes en rapport avec Fukushima. Le titre de ce texte (Franchir la barrière de Shirakawa) est d'ailleurs une expression extraite du journal de voyage de Matsuo Basho, parti sur les routes du Nord-Est.

L'auteure évoque également le danseur Tatsumi Hijikata, né en 1928, qui s'est interrogé sur « le corps tōhoku » : les reins déformés, le dos écrasé par le labeur : « la beauté surpasse une beauté qui serait simplement définie comme le contraire de la laideur » (p.109)

Ces références font également écho à des réflexions sur l'histoire du Japon et notamment sur la séparation entre la région du Tōhoku au Nord-Est (région où se trouve Fukushima) et la région du Kantō où se trouve Tōkyō ainsi que sur la naissance de l'idée d'une fierté d'« être japonais », apparue dès la fin du XIXe siècle à l'ère Meiji, quand les préfectures remplacèrent les territoires de clan. Mais c'est avec la Seconde Guerre mondiale que s'efface complètement l'esprit clanique, avec l'idée que le sacrifice personnel est avant tout une identité nationale (exemple des kamikaze).

Pour mieux comprendre pourquoi Yōko Tawada nous parle de ce sacrifice au nom de la nation, il faut rappeler le fait que 50 ouvriers, appelés par les médias les « cinquante de Fukushima » et même « les héros de Fukushima » en France, sont restés travailler dans la centrale au début de la catastrophe. Quelques jours plus tard, ils étaient déjà 580 à y retourner.

En fait, lors de la construction des réacteurs à Fukushima, un bref mouvement de contestation avait éclos, mais vite étouffé et oublié : «Tokyo est une ville qui continue de rire joyeusement la nuit, avec l'électricité que Fukushima produit au péril de la vie des riverains » (p.111).

L’auteure souligne ainsi la différence d'attitude de l'Allemagne et du Japon face au nucléaire et termine sur une note « prophétique » : «on dit aussi que, d'ici vingt à trente ans, un séisme d'une amplitude supérieure risque d'ébranler le Japon. Le temps qui nous reste est compté » (p.117).

Voici une courte vidéo avant ma conclusion, où l'auteure, interviewé pour arte, nous parle de son livre :

http://www.arte.tv/fr/litterature-yoko-tawada-a-propos-de-la-mentalite-japonaise/3795260,CmC=3794330.html



En conclusion, Journal des jours tremblants est un livre facile à lire, sous forme de journal, on a l'impression d'être au cœur de l'action grâce à cette immédiateté de l'écriture. Il s'agit plutôt d'une bonne surprise face à mon appréhension de la littérature japonaise, mais peut-être aussi est-ce dû au fait que ce n'est pas un roman, que le texte ressemble à du journalisme, que même si l'action racontée se passe au Japon, l'auteure elle est toujours à Berlin à ce moment-là et nous offre la vision des Occidentaux confrontés aux réalités du Japon. On peut aussi apprécier les faits historiques racontés, avec des anecdotes inconnues jusqu'ici (comme l'interdiction de posséder une armée, le génocide des Coréens, etc.) et son positionnement net contre la passivité des autorités et la décision de construire des réacteurs nucléaires dans un pays soumis aux catastrophes naturelles.

Pour souligner ses propos, rappellons que le 12 octobre 2012, la compagnie d'électricité japonaise Tepco, qui opère la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, a admis pour la première fois qu'elle avait minimisé le risque de tsunami par peur d'une fermeture pour améliorer la sécurité.


Louna, AS bibliothèque

 

 

Yoko TAWADA sur LITTEXPRESS 

train-de-nuit.jpg

 

 

 

Train de nuit avec suspects. Articles d'Inès , Camille , Julien .

 

 

 

 

 

Tawada voyage a bordeaux

 

 

 

 

 Article de Camille sur Le Voyage à Bordeaux.

 

 

 

 

 

 

 

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