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21 décembre 2011 3 21 /12 /décembre /2011 07:00

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Tennessee WILLIAMS
Sucre d’orge
Titre original : Hard Candy
Traduction de Bernard WILLERVAL
Robert Laffont
Pavillons poche, 2006
(1ère édition française en 1964)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tennessee-williams.jpgThomas Lanier Williams, plus connu sous le nom de Tennessee (surnom qu’il doit à son accent du Sud), est un auteur américain né le 26 mars 1911 à Colombus (Mississipi), décédé le 23 février 1983 à New York. Plus largement connu comme dramaturge, avec bon nombre de ses pièces adaptées au cinéma, Tennessee Williams se révèle également comme romancier et nouvelliste de talent. C’est à la fois avec violence et passion, qu’il questionne les relations humaines. Son oeuvre se nourrit de sa propre expérience, de ses propres relations familiales, de sa vie.

Issu d’un milieu modeste, sa vie familiale n’est pas des plus sereines. En effet, il passe la plus grande partie de son enfance avec sa mère Edwina et sa soeur Rose, mais il entretient une relation conflictuelle avec son père, Cornelius Williams, qui lui préfère son jeune frère Dakin. Peu à peu, son père sombre dans l’alcool, le poker et les liaisons adultères…

Tennessee Williams trouve du réconfort auprès de ses grands-parents maternels et conserve tout au long de sa vie une grande admiration pour son grand-père, le révérend Walter Edwin Dakin, qu’il évoque longuement dans ses Mémoires d’un vieux crocodile (rédigés en 1972 et parus pour la première fois en France chez Robert Laffont en 1978).

En 1918, toute la famille déménage pour Saint Louis où son père travaille dans une fabrique de chaussures. C’est en 1919 qu’il découvre le plaisir de l’écriture lorsque sa mère lui offre une machine à écrire. Il est publié pour la première fois à l’âge de 17 ans, en 1928 dans Weird Tales. Pour payer ses études, Tennessee Williams enchaîne les petits boulots. Finalement en 1938, il obtient une licence à l’Université d'Iowa.

A l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, Tennessee Williams est réformé à cause de son dossier psychiatrique, de son alcoolisme, de son homosexualité (qu’il n’assume qu’à l’âge de 28 ans) et de problèmes cardiaques et nerveux. Les problèmes psychiatriques sont récurrents tout au long de sa vie : en 1943, sa soeur Rose est diagnostiquée schizophrène et subit une lobotomie, sa mère est elle aussi internée dans les années 1950.

En 1943, il part pour Hollywood avec son agent littéraire, Audrey Wood, et propose La Ménagerie de verre (Glass Menagerie) à la Metro Goldwyn Mayer (MGM) qui refuse le scénario. Cette pièce connait alors un grand succès à Broadway en 1947. En 1951, Elia Kazan adapte au cinéma Un Tramway nommé désir pour lequel Tennessee Williams a reçu le prix Pulitzer en 1947. Il collabore de nouveau avec Elia Kazan en 1955 pour l’adaptation cinématographique de La Chatte sur un toit brûlant (Pulitzer 1955). Tennessee Williams devient dès lors l’auteur américain incontournable des années 1950 et 1960. Les pièces se succèdent et rencontrent un grand succès comme Baby Doll, La Descente d’Orphée, Soudain l’été dernier ou La Nuit de l’iguane1.

En 1963, Tennessee Williams est bouleversé par le décès de son compagnon depuis 14 ans, Frank Merlo, qui a su lui apporter une certaine stabilité. Il perd alors en popularité mais ne cesse d’écrire.



Sucre d’orge est un recueil composé de neuf nouvelles rédigées entre 1948 et 1954 :


– « Les Jeux de l’été »
– « Billy et Cora »
– « La Ressemblance entre une boîte à violon et un cercueil »
– « Sucre d’orge »
– « Rubio y Morena »
– « Le Matelas près du parc à tomates »
– « Un Evènement dans la vie de la veuve Holly »
– « La Vigne »
– « Les Mystères du Joy Rio »

Tennessee Williams nous offre ici un voyage à travers les «tats-Unis, de New-York à St Louis en passant par la frontière mexicaine, et met en scène une grande diversité de personnages. Il s’intéresse avant tout aux personnes exclues de la société, incomprises. Leur existence peut être décadente (alcoolisme, prostitution dans « Billy et Cora »…) ou marginale (vagabondage…). Il dépeint des rapports humains problématiques et troublés en désaccord avec la morale et la bienséance d’une Amérique puritaine et conservatrice.

Tout au long de ces nouvelles, Tennessee Williams fait référence à une multitude d’éléments autobiographiques et certaines thématiques reviennent de façon récurrente. L’alcoolisme de son père et l’adultère par exemple sont largement mis en scène dans la première de ces nouvelles, « Les Jeux de l’été », à travers le personnage de Brick Pollitt.

Ce thème de l’adultère est également repris dans « Rubio y Morena », avec l’écrivain Kamrowski, qui rencontre quelques problèmes relationnels avec les femmes avec lesquelles il ne se sent pas des plus à l’aise, et une prostituée, Amada, qu’il rencontre à la frontière du Mexique et avec qui il finit par entretenir une relation amoureuse. Kamrowski, ayant repris confiance en lui et dans ses rapports avec les femmes, ne cesse de tromper Amada qui, malade (douleur au ventre inexpliquée), finit par partir. Ce n’est qu’une fois Amada sur le point de mourir que l’écrivain réalise son erreur. Associé à la thématique de la maladie, l’amour paraît condamné… « Rubio y Morena » fait allusion à plusieurs éléments de la vie de l’auteur. Le personnage de Kamrowski et sa timidité envers les femmes évoque quelque part Tennessee Williams lui-même et sa propre timidité avec les hommes dans sa jeunesse et à l’université. Par ailleurs, la maladie d’Amada et ses douleurs au ventre peuvent faire référence à sa soeur Rose qui a souffert de telles douleurs inexpliquées pendant des années avant que ne soient diagnostiqués ses problèmes psychiatriques.

La question de l’amour tient une place importante dans ce recueil. On le retrouve tout d’abord dans la seconde nouvelle, « Billy et Cora », un gigolo et une prostituée qui se rencontrent dans un bar à New York et qui décident de partir pour la Floride. Ils entretiennent alors une relation ambiguë entre amour et amitié. Comme « Rubio y Morena », Billy (écrivain) et Cora n’ont personne d’autre. Ce sont des personnes aux mauvaises moeurs qui dérangent et qui n’ont plus de contact avec leur famille. Ils sont définitivement seuls et s’offrent tout le bonheur qu’ils peuvent.

L’amour revient également dans la nouvelle « La Ressemblance entre une boîte à violon et un cercueil ». Cette dernière est autobiographique. Tennessee Williams évoque la période où sa soeur est passée de l’enfance à l’adolescence et où lui a découvert sans vraiment le savoir ses premiers sentiments amoureux et le désir en observant un ami de sa soeur, Richard Miles. L’auteur met ici en scène avec beaucoup de poésie, la sensualité et sa fascination pour le corps avec une certaine culpabilité.

« Comment diable parvenais-je à m’expliquer, à l’époque, la fascination que son corps exerçait sur moi sans m’avouer, en même temps, que j’étais un véritable petit monstre de sensualité ? Ou bien était-ce antérieur à l’époque où je commençais d’associer le sensuel à l’impur, erreur qui devait me tourmenter pendant et après ma puberté ? »

Il met ici en avant cette idée d’interdit qui plane autour du corps mais aussi de l’homosexualité. Il se trouve alors dans un rapport très sensuel et évoque la beauté de Richard Miles avec une certaine fatalité : pour lui la beauté ne perdure pas, elle « se fan[e] par degrés, vulgairement, à une saison de décadence de la nature ». Dans l’oeuvre de Tennessee Williams, la beauté, comme l’amour, sont condamnés et donnent lieu à la mort… Comme Amada décède à la fin de la nouvelle, Richard Miles est mort jeune d’une pneumonie.

Dans « La Vigne », Tennessee Williams nous emmène de nouveau à New York, auprès de Rachel et Donald, des acteurs sur le déclin et un couple en perdition. L’idée du caractère éphémère de la beauté est encore présente dans cette nouvelle. Ce rapport très sensuel au corps est lui aussi présent avec la description des corps amoureux qui s’entrelacent comme des pieds de vigne.


L’auteur fait une fois encore référence à certains éléments de sa propre vie, les palpitations cardiaques de Donald, par exemple,  faisant allusion à ses propres problèmes cardiaques et nerveux.

Les deux nouvelles majeures de ce recueil, sont la nouvelle éponyme, « Sucre d’orge », et « Les Mystères du Joy Rio » qui le clôt. Elles ont toutes deux le même décor, le Joy Rio, un cinéma de seconde zone, et le même thème, celui de relations homosexuelles entre des hommes d’âge mûr et de jeunes éphèbes à l’abri des regards, dans les loges obscures du Joy Rio. « Sucre d’orge » est la deuxième version et met en scène Mr Krupper, un confiseur retraité de 70 ans qui a laissé son affaire à un cousin éloigné à qui il dérobe tous les jours des poignées de sucre d’orge dont il se remplit les poches. Ce pauvre Mr Krupper n’est pas bien beau et est rejeté et haï par le peu de famille qui lui reste. Il passe tous ses après-midis dans la salle obscure du Joy Rio. Le second personnage que Krupper rencontre cet après-midi là reste anonyme et est décrit comme « une beauté sombre », « une vision de rêve ». Ce jeune homme n’est qu’un vagabond et rappelle une période de la vie de Tennessee Williams où lui aussi n’avait plus d’argent et errait dans les rues. Les relations homosexuelles sont ici évoquées comme un péché qui ne peut être commis que dans l’ombre et qui a pour conséquence la mort (Mr Krupper décède d’une crise cardiaque suite à sa rencontre avec le bel inconnu qu'il a amadoué avec des sucres d’orge).

« Les Mystères du Joy Rio » sont plus une histoire d’initiation à l’homosexualité, avec Emiel Kroger, un vieil homme gras, et Pablo González, un jeune éphèbe de 17 ans. On retrouve ce thème de l’initiation à l’homosexualité dans Le Poulet tueur et la folle honteuse, mais cette fois-ci de façon plus libérée. Les rendez-vous clandestins du Joy Rio ont quelque chose de malsain mais montrent clairement les difficultés que rencontraient les homosexuels dans l’Amérique puritaine des années 1950. Tennessee Williams montre un côté très sombre et sordide de l’homosexualité à New York, avec des hommes d’âge mûr qui sont obligés de se cacher pour assouvir leurs désirs. N’oublions pas qu’il s’agit d’un sujet très délicat à traiter pour l’époque. Nous sommes en 1954 lorsque Tennessee Williams publie Sucre d’orge et l’homosexualité reste taboue. Elle est très loin d’être assumée et acceptée !

Sucre d’orge rassemble sans doute les nouvelles les plus pessimistes de Tennessee Williams. Les relations humaines et amoureuses sont ici troublées, parfois complexes, parfois violentes ou malsaines. Plus cynique, ce recueil et les histoires qu’il raconte sont aussi les plus dérangeants. Les personnages mis en scène sont marginaux et très souvent seuls, perdus dans leur existence décadente, mais n’en demeurent pas moins attachants. Ces nouvelles mettent par ailleurs en avant le poids considérable de la morale qui pèse sur les hommes dans cette Amérique des années 1950.

1 Une bibliographie plus complète est proposée en annexe.


Annaïck, AS Ed-Lib


Bibliographie de Tennessee Williams

Théâtre

La Ménagerie de verre (Glass Menagerie), 1945
Vingt sept remorques pleines de coton (27 Wagons Full of Cotton), 1946
Un tramway nommé désir (A Streetcar named Desired), 1947
Été et fumée (Summer and Smoke), 1948
La Rose tatouée (The Rose Tatoo), 1950
Camino real, 1953
Parle-moi comme la pluie et laisse-moi écouter (Talk To Me Like the Rain and Let me Listen), 1953
La Chatte sur un toit brûlant (Cat on a Hot Tin Roof), 1955
Baby Doll, 1956
La Descente d’Orphée (Orpheus Descending), 1957
Soudain l’été dernier (Suddenly Last Summer), 1958
Doux Oiseau de jeunesse (Sweet Bird of Youth), 1959
La Nuit de l’iguane (The Night of the Iguana), 1961
Le Visage du plaisir, 1961
Period of adjustment, 1962
Propriété interdite (This Property is Condemned), 1966
Boom ! (de The Milk Train doesn’t Stop Here Anymore), 1968
Vieux Carré
A Lonely Day for Crève Coeur
Clothes for a Summer Hotel

Romans
Le Printemps romain de Mrs Stone, 1950
Une femme nommée Moïse, 1975

Recueils de nouvelles
Le Boxeur manchot, nouvelles rédigées entre 1939 et 1948
Sucre d’orge (Hard Candy), nouvelles rédigées en 1948 et 1954
Le Poulet tueur et la folle honteuse
La Statue mutilée
Un sac de dame en perles

Poésie 
Le Belvédère d’été

Autobiographie 
Mémoires d’un vieux crocodile, 1972

 

 

 

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Published by Annaïck - dans Nouvelle
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