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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 07:00

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Thierry VERNET
Noces à Ceylan

Éditions L'Âge d'homme, mai 2010
236 p.

32 illustrations de Thierry Vernet

et Floristella Stephani

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mi-mars, je suis tranquillement installée derrière mon Macintosh quant tout à coup il y a effervescence aux éditions L’Âge d’homme  (Lausanne, Suisse) : c’est l’arrivage des nouveautés, fraîchement imprimées. Quoi, vous allez me dire, la Suisse ? Mais qu’est-ce qui peut bien être publié d’intéressant en Suisse ? Allez, ne faites pas vos parisianistes… Donc, disais-je, livraison des nouveautés. Le collègue, très fier, me tend un livre et me dit : « Tiens, c’est le dernier livre de Thierry Vernet  ― là mon cerveau fait légèrement tilt ―, c’est génial ! Bouvier se regarde écrire mais Vernet croque au contraire tout sur le vif et c’est juste savoureux. » Sans me départir de mon éternel scepticisme, je fourre le livre dans mon sac en me disant que je le lirai quand j’aurai le temps.

 

Quelques semaines plus tard, j’ouvre Noces à Ceylan. Et là… surprise ! Je suis tout simplement éblouie par le style de Thierry Vernet. C’est frais, c’est vif… C’est plein de finesse et d’humour. Les phrases sont lapidaires et truffées de mots d’argot, voire de familiarités ; le tout suinte la tendresse. Ah, j’ai oublié de vous dire ? Noces à Ceylan est en fait le recueil des lettres que l’artiste a envoyées à sa famille entre le 23 octobre 1954 et le 30 mai 1955.

 
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Rappelez-vous : Nicolas Bouvier et son ami peintre Thierry Vernet s’engagent dans un grand voyage puis se séparent en Afghanistan, poursuivant ensuite l’aventure chacun de son côté. Si les livres de Nicolas Bouvier sont aujourd’hui très célèbres, on connaît en revanche beaucoup moins le point de vue de son acolyte. Noces à Ceylan vient combler cette lacune et raconte le voyage de Thierry Vernet à partir de l’instant où il quitte Nicolas Bouvier pour Ceylan (l’actuel Sri Lanka). Là-bas, il s’installe tout en se rétablissant péniblement d’une jaunisse, et attend sa fiancée Floristella Stephani pour l’épouser. Au bout d’un mois, sa promise arrive et ils peuvent enfin savourer le bonheur de leurs retrouvailles… mais il n’est pas immédiatement question de mariage car les deux tourtereaux s’accordent le temps de la réflexion. Durant cette période, ils profitent de leur vie ceylanaise pour peindre, et connaissent aussi les premières difficultés matérielles ainsi que les inévitables maladies que cause le climat tropical. Thierry Vernet et sa compagne s’unissent finalement le 17 mars 1955, quand Nicolas Bouvier les rejoint :

 

« On s’est avancés les trois dans la mer, Nick nous a passé les anneaux au doigt. Tout le monde s’est embrassé et on s’est laissés retourner, traîner, basculer, en se marrant dans cette mer amie. Le souvenir de mon mariage restera toujours ces grosses vagues chaudes et lumineuses, et le soleil, et le sable et l’amitié. »

 

Personnellement, l’écriture de Thierry Vernet m’a fait fondre parce qu’il enrichit le récit quasi exhaustif de son quotidien (son état de santé, ce qu’il mange, l’avancement de son travail…) par de petites pointes d’humour tendre, notamment l’utilisation de surnoms. Il appelle Floristella « la môme », ses beaux-parents sont le Floripère et la Florimère, et il nomme affectueusement les proches à qui il écrit ses « tendres vélos », ou « réverbères », « pistons », « zébus », « pignons », « zigouigouis », « vilebrequins », « cocos », « racines », « sifflets » et autres « croques-croques ». J’ai tout particulièrement apprécié la spontanéité et la franchise de l’auteur ― il ne s’interdit aucun sujet. Un seul petit regret, une seule petite frustration, cependant, est l’absence des lettres que lui ont envoyées ses proches.
vernet peindre
 

La correspondance de Thierry Vernet pendant la première partie du voyage, Peindre, écrire chemin faisant, soit l’autre point de vue de L’Usage du monde, a aussi été publiée aux éditions L’Âge d’homme.


 

« Colombo, le 13 novembre 1954

Plus que demain et après-demain. Quelle veine. Pas de mauvaise journée aujourd’hui. Au petit matin à l’YMCA j’ai reçu une lettre du Floripère avec un tas d’ordonnances et de bonnes prescriptions. Je ne sais pourquoi, ça m’a tout à fait énervé. Au début. J’étais arrivé à ne plus psychoser sur la jaunisse et voilà que j’en reçois deux pages. […] Je ferai donc comme ceci : lundi matin, chez un certain docteur Martinus, je vais me faire faire une complète analyse de sang et d’urine, le rendez-vous est pris. Je l’enverrai au Floripère et depuis ça il me dira que faire. Je prends le régime qu’il m’indique, bien que ce soit fort emmerdant. Je le fais pour me guérir et pour ne pas avoir une belle-famille gentiment casse-pied toute ma vie. […] Autrement j’ai lu le merveilleux Bleak House de Dickens et une lettre de Nick mieux en forme. Bonnard copain bien présent. Et voilà mes croques-croques. Ce n’est pas grand-chose à raconter. J’ai passé ma journée en autobus ou en dortoir. J’ai bouffé du riz à l’eau, ce soir tout à l’heure du poisson grillé, mais vivement qu’on fasse la popote nous-mêmes sans ça le fric durera une semaine. […] (Pour vous seuls, les chères Racines) déchirez selon le pointillé : Maintenant que Floristella va être là il va m’arriver parfois de livrer une intimité encore plus grande et j’aime pouvoir écrire sans « précautions ». […] Déchirez ce journal ici pour pouvoir passer ce journal aux mânis1. […]

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Mes coucouilles, voilà un peu tout ce que j’ai à dire pour ce soir, je suis heureux, tout va bien. Je vous embrasse mille fois tous. Bonne soirée. »

 

1 Mânis : membres de la famille Vernet.

 

Anaïs B., 2e année Éd.-Lib.

 

 

Liens

 

Site Thierry Vernet


Éditions L'Âge d'homme

 

Nicolas BOUVIER sur LITTEXPRESS

 


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