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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 07:00

THUAN-Chinatown.gif





 

 

 

 

 

 

 

THUÂN
Chinatown
Seuil, Cadre vert, 2009




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteure

Thuân est originaire de Hanoi, a fait des études d’anglais à Leningrad et enseigné cette matière dans des collèges en France où elle vit en depuis une vingtaine d’années.

Elle a reçu le prix de l’Union des écrivains, la plus haute distinction littéraire au Vietnam.



L’histoire

On découvre non pas une mais trois histoires enchâssées.



Première histoire

Madame Aû est dans le métro avec son fils Vinh, douze ans. Le métro s’arrête à cause d’un colis suspect pendant deux heures. C’est le temps pour la narratrice de se remémorer son passé et d’imaginer son futur.



Deuxième histoire

Les pensées de madame Aû se multiplient et se mélangent, son passé, son présent, et son futur entremêlés. On découvre ainsi la vie de la narratrice par anecdotes, épisodes, sentiments…

Originaire d’Hanoi, elle y a vécu toute son enfance et adolescence, entourée de parents étouffants. Poussée en permanence par eux, elle est la meilleure élève du lycée et promise à un avenir brillant, mais sa rencontre avec Thuy, un garçon chinois, va tout bouleverser. Le conflit sino-vietnamien bat son plein et rend leur amour impossible, désapprouvé par les parents de la narratrice.

Après l’obtention de son diplôme, elle part faire des études d’anglais à Leningrad, sans toutefois oublier Thuy. Pendant ses cinq années d’études, elle est motivée par une seule peur, que Thuy ne l’ait pas attendue.

À son retour, Thuy l’a attendue, mais la désapprobation est toujours forte. Malgré cela, ils se marient et Vinh naît quelque temps plus tard. Cependant, après ces retrouvailles, on ressent un certain malaise à travers les sentiments de la narratrice. Elle pleure en permanence, il ne se sent pas à sa place. Après un an et demi, Thuy prend la fuite et part s’installer à Cholon, le Chinatown de Saigon, laissant la narratrice plus malheureuse que jamais. Rester seule à Hanoi, près de ses parents, est intenable. Elle décide donc de partir pour Paris avec son fils afin de poursuivre ses études, d’oublier Thuy, et d’échapper à la déception de ses parents.

Elle s’installe à Belleville, un des Chinatown de Paris. Elle arrête ses études et, pour vivre, enseigne l’anglais dans un collège de la banlieue parisienne. Les seules choses qui la motivent encore sont l’écriture, qu’on découvrira dans la troisième histoire, et regarder son fils Vinh grandir. La rencontre d’un homme français dans l’avion vient faire revivre l’espoir de ses parents de la voir faire un grand mariage. La narratrice, elle, semble détachée de cette relation puisqu’elle l’appelle « le Français », et on peut ressentir son hésitation à s’engager, motivée par la peur d’être encore une fois poussée par ses parents, de revivre le passé. De plus, ses pensées la ramenant en permanence à Thuy nous font comprendre la place, encore très importante, qu’il tient dans sa vie.



Troisième histoire

La troisième histoire est en fait le livre qu’écrit la narratrice, I’m Yellow.

Un homme, se sentant oppressé, quitte sa femme et sa fille et part sur la route, libre. Pendant son voyage en train, qui n’est pas sans rappeler le long trajet quotidien de la narratrice en métro, l’homme rencontre une femme qui semble comprendre son besoin de liberté et propose de l’accompagner.

Dans le personnage de cet homme, on retrouve la personnalité de Thuy, qui fuit l’identité pour laquelle on l’a rejetée et qui entretient un détachement certain par rapport à sa famille. Dans le personnage de la femme rencontrée, on trouve la narratrice, qui semble, par sa compréhension, accorder une forme de pardon à Thuy.



Analyse

La narratrice

Dans le personnage de la narratrice, on remarque une forte concordance avec la vie de l’auteure elle-même.

En plus de cela, la narratrice n’a pas de véritable identité, le seul nom qu’on lui connaît est Madame Aû, nom de son mari. On peut comprendre ici que sa vie a toujours été dirigée et influencée par les autres, d’abord ses parents, et ensuite Thuy. Elle a vécu toutes les étapes de sa vie en étant passive, elle a subi tous les événements.



L’influence de la ville

Les villes rencontrées dans le livre représentent les étapes de la vie de la narratrice. En effet, à chaque changement de ville, on peut observer une nouvelle étape dans l’histoire, mais aussi dans sa vie. Les quatre étapes sont Hanoi, Leningrad, Hanoi, et Paris.

Ensuite, on ressent l’influence de la ville par le seul titre du livre : Chinatown. Il illustre à la fois les différents temps du livre, mais est également symbole de la perte d’identité. On remarque que Chinatown est à la fois passé – Cholon, Chinatown de Saigon, où Thuy a fui –, présent – Belleville, Chinatown de Paris, où la narratrice vit actuellement avec son fils –,  futur – le XIIIe arrondissement, Chinatown de Paris, où elle imagine que Vinh vivra plus tard. C’est aussi un symbole de perte d’identité puisque tous les Asiatiques sont rassemblés dans ces quartiers, sans différences entre nationalités. Pour la narratrice, la distinction qui a gâché sa vie, le conflit sino-vietnamien, est ici totalement ignoré, et aucune différence n’est faite entre Chinois et Vietnamiens.



L’écriture

Le mélange d’écritures et de narrations différentes peut être assez troublant. On lit les pensées brutes de la narratrice, qui se caractérisent par une suite de phrases parfois incohérentes, des répétitions, des liens logiques manquants et des jeux d’écriture. Mais on lit aussi l’histoire qu’écrit la narratrice, caractérisée par une narration totalement structurée, une histoire claire. Il est possible de comprendre que les pensées de la narratrice représentent une grande liberté d’écriture, forte volonté de l’auteure.



Conclusion

Un livre qui enchante par sa forme originale, à la fois dans l’écriture et dans l’histoire désorganisée. Les passages d’un pays à l’autre sont extrêmement intéressants, ils permettent de sentir le poids de l’histoire sur les gens les plus ordinaires, et les changements ressentis dans la population, ici exprimés par les habitudes les plus ordinaires, la nourriture par exemple.

Cependant, avis aux âmes plus sensibles, préférant les lectures plus limpides. Ce livre n’est en aucun cas une lecture facile, sa forme assez originale rend la lecture plus ardue, mais plus intéressante encore.


Sasha, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 


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