Mardi 15 décembre 2009 2 15 /12 /Déc /2009 19:00
Tierno Monenembo Le Roi de Kahel

















Tierno MONENEMBO
Le roi de Kahel
(prix Renaudot 2008)
Seuil, 2008
Points, 2009


 











-Monenembo

Tierno Monénembo

Né en 1947 en Guinée-Conakry, il fuit la répression de Sékou Touré en 1969 et rejoint le Sénégal à pied. Arrivé en France  en 1973, il décroche un doctorat en sciences  avec lequel il enseignera quelques années au Maroc et en Algérie. Son premier roman, Les Crapauds-brousse, est publié en 1979 ; il y dénonce la dictature de Touré à travers le personnage de Sa Matraq, président despotique qui gouverne le pays. Dans L’aîné des orphelins paru en 2000, il évoque le génocide rwandais  à travers le regard d’un enfant de quinze ans condamné à mort. En 2004, Monénembo, peul lui-même, publie un roman dans lequel  il entreprend  la description de ce grand peuple : Les Peuls. C’est ici même qu’apparaît le personnage d’Olivier de Sanderval, qui sera le héros du Roi de Kahel.

 


Le roi de Kahel

Cette biographie inspirée de la vie d’Aymé Victor Olivier de Sanderval (1840-1919), entre roman d’aventure et récit de voyage,  retrace l’incroyable existence de cet ingénieur qui marqua l’histoire guinéenne par son audace et ses projets démesurés. Aujourd’hui oublié par la France : il fut pourtant un précurseur de la colonisation de l’Afrique de l’ouest et ses aventures faisaient le régal des gazettes de l’époque. Nourri des récits des grands explorateurs depuis son enfance, notamment des récits de voyages, de René Caillé à Tombouctou, de Mungo Park ou de Mollien, c’est à l’image de Don Quichotte, qu’il rêve en justicier d’apporter la civilisation aux Africains. A partir des archives familiales des Sanderval, Tierno Monénembo, rend hommage à ce surprenant personnage plein d’espoir.

Olivier de Sanderval est né dans une grande famille d’industriels à Lyon et fut lui-même un grand scientifique, connu entre autres, pour l’invention de la roue à moyeu suspendu. Elu à l’âge de trente ans à Marennes (Charente-Maritime), il sera le premier maire à mettre les facteurs à vélo. Grand ami de Léon Gambetta, il aurait pu devenir député ou ministre, mais au lieu de cela, après avoir fait ses preuves en France et créé la première usine de bicyclettes à Paris, il laisse sa femme et ses deux enfants à Marseille et s’en va pour le Fouta-Djalon, région montagneuse dans l’actuelle Guinée-Conakry. Le Fouta-Djalon ne représente pour lui que le point de départ d’un projet étudié longtemps à l’avance, avec plans et croquis à l’appui ; fonder un royaume où il pourrait diffuser le savoir occidental parmi les populations africaines, qui, selon lui, étaient appelées à reprendre le flambeau de la civilisation européenne. C’est avec cette ambition de se tailler un royaume qu’il débarque en territoire peul en 1879 ; il souhaite y faire passer le chemin de fer pour répandre le plus rapidement son savoir mais aussi pour faciliter ses déplacements sur ce qui deviendrait sa propriété. Ambition qu’il explique fort bien dans ses écrits :

 

« […] je me proposais (1877) de trouver quelque part en Afrique un empire primitif  où des tribus puissantes dont les maîtres et les peuples ardents à la vie, curieux sans en avoir conscience des forces de progrès qui mènent l’humanité, seraient aptes à recevoir les enseignements de notre civilisation. Je me proposais de trouver un peuple qui, vierge de nos erreurs, pratiquerait, sans hésiter, les lois toutes faites dont la découverte et la discussion nous ont coûté des siècles d’efforts. D’après les connaissances que j’ai recueillies à la côte, le Fouta-Djalon était la contrée habitable, l’empire bien ordonné par où je devais entrer et qui pouvait servir de base à mon pouvoir.
[…]
Pour eux, nous pouvons mettre en plus grande valeur ce riche continent où notre avenir se préparerait.
 Le Fouta devait être le centre à portée de la côte d’où mon action s’étendrait vers l’intérieur… »
(Peuls, p.441 à 443).

 

Malheureusement ses espérances viendront vite  se heurter aux dures réalités de la vie ; il  réalisera malgré tout son projet après de lourdes épreuves, tantôt considéré comme ami par les Peuls, tantôt empoisonné, emprisonné, boycotté, en plus des conditions de vie précaires et dangereuses au cœur de la brousse.  Les Peuls finiront après tout par le considérer comme l’un des leurs et lui céderont le plateau de Kahel. De Sanderval y battra monnaie à son effigie, le kahel, et se forgera une véritable armée qui finira par tomber dans les mains de la France.

La France est à ce moment dans une logique de colonisation et la Guinée est à cette époque convoitée par les Anglais, alors que la côte est occupée par les Portugais. Et c’est Olivier de Sanderval qui va persuader la France qu’elle doit prendre la Guinée avant les Anglais. Les troupes françaises débarqueront effectivement en Guinée en 1890, mais cet Olivier De Sanderval, roi de Kahel, devient vite gênant pour la France. Il sera alors rejeté par les Peuls qui ne le verront plus que comme le responsable de la présence française sur leur territoire.

La guerre éclate et, en même temps qu’il voit ses amis décimés dans la défense de leur pays, Olivier voit son rêve s’envoler.


 

Il résulte de la lecture de ce roman d’écriture agréable, aux descriptions de paysages magnifiques, et des divers caractères des personnages qui ne sont jamais ni tout blancs ni tout noirs, un sentiment affectueux pour ce héros tragique, une fascination aussi bien pour ses qualités que pour ses défauts dépeints avec une pointe d’ironie et de l’admiration face au courage d’Aymé Victor Olivier de Sanderval.

Kadija, 2e année Bib.-Méd.-Pat.



Par Kadija - Publié dans : Littératures africaines
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