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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 19:00
Tierno Monenembo Le Roi de Kahel

















Tierno MONENEMBO
Le roi de Kahel
(prix Renaudot 2008)
Seuil, 2008
Points, 2009


 











I. Situation auteur, histoire
II. Influences du roman picaresque
III. Oralité de l’ouvrage.



Tierno Monénembo est né en Guinée le 21 juillet 1947, dans la ville de Porékada. Il est considéré aujourd’hui comme un écrivain guinéen francophone à part entière ; on le désigne
souvent comme le plus grand écrivain peul contemporain. Cependant, il fuit son pays et la dictature de Sékou Touré à 22 ans. Il traverse différents pays avant de s’installer en France en 1973. Il fait alors des études de sciences à Lyon, avant de partir enseigner au Maroc et en Algérie. Il vit aujourd’hui près de Caen, pas très loin du château d’Olivier de Sanderval, qui l’a inspiré pour son roman Le roi de Kahel.

Il a passé la plus grande partie de sa vie hors de son pays natal, auquel malgré tout il est très attaché. C’est pourquoi il écrit sur ce pays, la Guinée, et ses habitants, les Peuls. L’Afrique noire reste importante pour lui. Dés son premier roman, il est considéré comme un écrivain à part entière. Les crapauds-brousse paraît en 1979 aux éditions du Seuil, qui reste son éditeur actuel. Sept ans plus tard, il reçoit le Grand Prix de l’Afrique noire pour son deuxième roman, Les Écailles du ciel. En 2000, il publie L’aîné des orphelins, qui traite du génocide rwandais ; en 2004 sa saga Peuls fait parler de lui. Quatre ans plus tard, il reçoit le prix Renaudot pour Le Roi de Kahel.

Le Roi de Kahel est une biographie romancée d’Aimé Victor Olivier de Sanderval. Olivier de Sanderval souhaite depuis son enfance voyager en Afrique et conquérir le Fouta-Djalon (ancien nom de l’actuelle Guinée). Un jour, il part, le cœur rempli d’espoir et se met à traverser ce pays et à découvrir ses habitants, les Peuls. Ce peuple a des principes très particuliers, et n’aime pas vraiment les étrangers. Ils sentent que c’est le début de la colonisation, et ne laissent pas passer les hommes porteurs de mauvais desseins. Cependant, Olivier de Sanderval ne fait pas partie de ces hommes-là. Il est venu pour séduire et non pour combattre. Il se lie d’amitié avec des Peuls, et est bien vu par son roi, l’almâmi. Il souhaite s’implanter au Fouta-Djalon, et installer le chemin de fer de part et d’autre du pays. Malheureusement pour lui, après avoir survécu à plusieurs maladies et après avoir attendu des réponses des Peuls, c’est l’administration française qui refuse son projet. La France souhaite conquérir le Fouta-Djalon avec des armes et non avec des traités comme le veut Olivier de Sanderval. Il va se battre contre son propre pays, et malgré tout s’implanter au Fouta-Djalon comme un ses habitants. Il va être nommé Peul, puis Seigneur. Il va acquérir le plateau de Kahel, au centre du pays, créer une monnaie à son effigie, etc. Mais la France ne reconnaîtra toujours pas sa réussite. L’administration française va le renier complètement jusqu’à la fin de sa vie, et encore aujourd’hui. Il va devenir fou et sa folie ne va plus le quitter.

Tierno Monénembo explique qu'Olivier de Sanderval est très connu et populaire en Guinée. Il est considéré comme un des fondateurs de la Guinée. C’est une célébrité. Il est vu comme un grand scientifique, un grand explorateur français. Il fait partie de l’histoire locale. En France, qui connaît Olivier de Sanderval ? Personne ! La France a complètement effacé ses traces.

On peut parler de roman picaresque pour cet ouvrage. En effet, on suit l’itinéraire d’Olivier de Sanderval qui erre à travers le Fouta-Djalon. Il attend des réponses des Peuls pour ses projets. Il voyage beaucoup à travers ce pays, mais aussi en France, où il fait des allers-retours entre sa maison et Paris, pour obtenir des autorisations de la part de l’administration française.  Olivier de Sanderval est alors livré à lui-même pendant toute une partie du roman. L’administration française le lâche, et les Peuls ne l’acceptent pas encore. Il déambule entre ces deux pays.
Dans ce roman, on trouve aussi certains traits d'oralité. Tierno Monénembo introduit de nombreux mots peuls  Ces termes ressortent dans le texte par leur mise en forme ; ils sont indiqués en italique. Ces mots de langue peule reviennent régulièrement dans le texte. Le lecteur s’habitue au fil de la lecture à les lire ces mots et à connaître leur sens. Tierno Monénembo insère ces termes dans le texte de manière ethnologique, anthropologique. Certes,
l’oral ne peut pas être intégralement transcrit mais on peut voir cela, de la part de l’auteur,
comme une volonté de faire découvrir au lectorat francophone ces termes, cette langue. Exilé de son pays, c’est pour lui un geste important. Il sait que ce roman va être lu en grande majorité en France. La littérature africaine est très peu diffusée dans ses pays d’origine, surtout lorsque l’auteur a fui son pays, comme Tierno Monénembo.

Mais on peut voir aussi l’insertion de ces mots comme le signe d'un métissage. C’est une façon de lier français et peul. L’auteur équilibre vision occidentale et vision peule. Ainsi, on peut parler de polyphonie, avec les voix des Peuls, les voix de l’administration française, et la voix métissée d’Olivier de Sanderval qui s’élève au milieu de tous. Derrière la voix de ce personnage principal, on entend celle de l’auteur, qui aimerait retourner dans son pays, et changer la politique actuelle.

Ce roman, c’est l’histoire d’un jeune colonisateur blanc du XIXe siècle racontée par un écrivain noir contemporain.



Inès, L.P.

Tierno MONENEMBO sur LITTEXPRESS

Tierno Monenembo Le Roi de Kahel




Article de Kadija sur Le Roi de Kahel

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