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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 07:00

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Todd STRASSER
La Vague
Titre original : The Wave
Random House, 1981
Traduit de l'anglais (États-Unis)
par Aude Carlier
éditions Jean-Claude Gawsewitch, 2008
Pocket, 2010

 

 

 

 

 

L’auteur

« Mondialement connu pour son best-seller La Vague, paru en 1981, Todd Strasser raconte dans cet ouvrage l'histoire vraie d'un professeur d'histoire qui cherche de manière radicale à faire comprendre les mécanismes du nazisme à ses élèves. » Lre la suite sur   http://www.evene.fr/celebre/biographie/todd-strasser-37056.php

 

Le roman

« Cela commence par un jeu et finit en dictature » (première de couverture)

 Lycée Gordon, États-Unis, 1969.

Tout commence dans la classe d’Histoire du lycée. Ben Ross, le professeur, projette à ses élèves un documentaire sur les camps de concentration et d’extermination de la Seconde Guerre mondiale. Les réactions sont alors différentes : choc, questionnement ou indifférence de ceux qui dormaient au lieu de suivre le film… Certains parmi les plus attentifs, comme Laurie Saunders (rédactrice en chef du journal de l’établissement, le Gordon Grapevine), s’attardent après le cours afin de pouvoir poser des questions à leur professeur. « […] Pourquoi personne n’a essayé de les arrêter ? » « Comment pourrait-on massacrer dix millions de gens sans que personne s’en aperçoive ? » « Comment les Allemands ont-ils pu laisser les nazis assassiner des gens presque sous leurs yeux pour ensuite affirmer qu’ils n’en savaient rien ? Comment ont-ils pu faire une chose pareille ? Comment ont-ils même pu dire une chose pareille ? » « Ma seule réponse, c’est que les nazis étaient extrêmement bien organisés et redoutés de tous. L’attitude du reste de la population reste un mystère… Pourquoi n’avoir rien fait pour les arrêter ? Pourquoi affirmer ne pas être au courant ? Nous n’en savons rien. ». Tandis que tous les élèves présents s’indignent, et affirment avec véhémence que jamais ils n’auraient laissé de telles choses se dérouler, Ben se questionne fortement sur le fait qu’il ne puisse pas répondre à la plupart de leurs interrogations. À partir de cette constatation, il décide d’effectuer une petite expérience avec eux, afin de comprendre les agissements observés durant la période nazie. Pour Ben, cette expérience se veut bien plus didactique qu’une simple « explication académique », car « la réponse ne figure dans aucun livre. Peut-être que les élèves doivent la trouver par eux-mêmes. » La première heure du projet, Ben la prépare comme s’il « bachot[ait] pour passer [son] diplôme de dictateur » suivant les termes humoristiques (bien que malheureusement prémonitoire) de sa femme Christy (professeur de chant et de musique dans le même lycée).

Durant ce fameux cours, il annonce le premier slogan du mouvement qu’il fait naître : « La Force par la Discipline ». Il ordonne une posture droite, mettant en disposition pour être attentif et concentré, qu’il indique en prenant comme exemple le souffre-douleur de la classe, Robert Billings (pour le faire participer et lui redonner de l’estime de soi). Il instaure également trois règles : « Premièrement, tout le monde doit apporter ses propres affaires pour prendre des notes. Deuxièmement, lorsque vous poserez ou répondrez à une question, vous devez vous lever et vous placer à côté de votre table. Et troisièmement, vous commencerez vos questions ou réponses par " Monsieur Ross ". » S’ensuit une série de questions/réponses courtes et de plus en plus spontanées, qui stimule et motive les élèves. Cette première journée d’expérience se solde par quelques éléments intéressants pour la suite : Laurie, qui sera la chef de file de la « résistance », fait face à sa première incompréhension : au moment où c’est son tour de répondre, elle oublie la consigne du « Monsieur Ross », et ce dernier réagit violemment en « frappant son bureau avec une règle », laissant la jeune fille inquiète de savoir ce qu’elle a bien pu faire de mal. Son petit ami, David, voit quant à lui l’utilisation de la discipline enseignée par Ross comme une possibilité d’améliorer les performances de son équipe de football. Quant à Christy Ross, elle fait la remarque suivante (toujours sur le ton de l’humour, pour le moment) : « Ben, je crois que tu viens de créer des monstres. C’est possible, répondit-il en riant » quand il lui raconte l’émulation provoquée durant ce cours particulier. Ces différentes attitudes font entrevoir les prises de position futures de chacun des protagonistes.

Le lendemain, la classe lui fait continuer l’expérience presque malgré lui, car il avait l’intention de reprendre normalement son cours. « Pris au jeu », il annonce une seconde devise « La Force par la Communauté ». Et afin de sceller ce nouveau groupe, il lui donne un nom, La Vague, un logo ainsi qu’un salut de reconnaissance. Cet ensemble d’éléments leur procure un sentiment d’unité et de pouvoir, à l’instar d’un « régiment ».  Pendant ce temps, la mère de Laurie s’inquiète de cette vague qui semble noyer la capacité de réflexion chez sa fille ; et Ben Ross se rend compte que « c’est incroyable de voir à quel point, ils [l’] apprécient davantage quand [il] prend les décisions à leur place. »

Le troisième jour, Ben (continuant à jouer son rôle de leader, car c’est ce qu’il est devenu !) distribue des cartes de membres, dont certaines sont marquées d’une croix rouge. Celles-ci donnent le statut de « moniteur », c’est-à-dire de dénonciateur (des membres non obéissants) afin de faire régner l’« autorégulation » au sein du groupe. Le professeur d’Histoire note également le dernier slogan de la Vague : « La Force par l’Action », les incitant à ne jamais avoir « peur d’agir pour défendre ce en quoi vous croyez ». Laurie commence à prendre peur de l’évolution de la vague, notamment à cause des saluts effectués et des slogans scandés à l’unisson par ses camarades ; ainsi que l’absence totale de remise en cause des propos avancés par M. Ross. Elle souhaite alors s’en éloigner petit à petit, si bien qu’elle finit par perdre son petit ami, David, et sa meilleure amie, Amy, qui restent fervents défenseurs du mouvement. En effet, elle a tenté de les prévenir que le groupe n’avait pas que des actions positives : si la vague est un groupe uni, elle rejette violement les personnes qui ne souhaitent pas l’intégrer ou qui émettent des réserves vis-à-vis d’elle. Laurie en possède la preuve par une lettre anonyme adressée au journal, décrivant comment un jeune a été intimidé pour rejoindre le groupe ; et par l’expérience du rejet, quand lors d’un match auquel elle veut assister, elle se retrouve interdite de gradin puisqu’elle refuse de faire le salut officiel. Cette « résistance », elle va la rendre publique en publiant un numéro spécial du Gordon Grapevine sur « La Vague ». On peut penser que c’est cette résistance qui amène la fin du mouvement perturbant le Lycée Gordon. En effet, la parution du journal énerve les membres du mouvement, qui voient sa rédactrice en chef comme une véritable menace à éliminer. David, en tant qu’ex-petit ami, est alors désigné comme le plus susceptible de la faire changer d’opinion. Or, leur discussion devient houleuse et David la pousse soudain à terre. Prenant conscience de ce qu’il était prêt à faire à la fille qu’il aime toujours, au nom de la Vague, il prend peur. Ensemble, ils décident d’aller voir Ben Ross, afin de le supplier de mettre un terme au groupe. Le professeur accepte, et met fin à son « expérience » le lendemain de façon particulièrement théâtrale, pour que les jeunes lycéens puissent en tirer eux-mêmes la « leçon ».

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L’expérience

La « Troisième vague ».

C’est sous ce nom que l’expérience du professeur d’Histoire, Ron Jones, fut connue. Elle eut lieu durant une semaine d’avril 1967 au lycée de Cubberley, à Palo Alto en Californie. Le professeur ne pouvant expliquer l’inaction des populations face au génocide perpétré par les nazis, décida d’une mise en situation. L’idéologie du mouvement reposait sur la force de la discipline, et la destruction de la démocratie, car celle-ci a pour centre l’individu et non la communauté.

Les sources datant de l’époque des faits sont rares : deux articles succincts dans le Cubberley Catamount (le journal du lycée) des 7 et 21 avril 1967 ; et un ouvrage publié par le professeur Jones lui-même en 1972. Dans ce livre, il offre une chronologie du déroulement de l’expérience, la voici :

Lundi : Ron Jones commence la journée par une « allocution sur la discipline » (sa nécessité pour certaines catégories de personnes comme les athlètes, etc. ; son bénéfice : la réussite) ; puis donne l’indication d’une position facilitant « la concentration et la volonté » ; et termine par des instructions pour répondre à ses questions (se lever et dire « Monsieur Jones » suivi de la réponse énoncée de façon claire et brève). Ces instructions sont mises en pratique lors d’une série de questions/réponses s’enchaînant de façon rapide, ce qui semble stimuler et motiver les participants.

Mardi : Le professeur inscrit deux devises au tableau : « La force par la discipline, la force par la communauté », et exalte la notion de communauté (une « communauté tournée vers l’accomplissement d’un but commun »). Pour que ses élèves prennent conscience de la force d’une communauté, il leur fait scander les deux devises jusqu’à une parfaite « coordination ». Il finit le cours par l’apprentissage d’un salut de reconnaissance entre membres.

Mercredi : Le mouvement attire les élèves d’autres classes, qui viennent participer à son cours. M. Jones distribue des cartes de membres, dont trois possèdent une croix rouge. Celles-ci donnent un statut particulier à leur propriétaire, ils sont les responsables des dénonciations (pour tous membres n’appliquant pas les préceptes, ou critiquant le mouvement). L’égalité instaurée entre les membres donne confiance aux « élèves les moins sûrs d’eux » et les fait participer. Alors que la règle des réponses courtes et spontanées semble leur ôter toute réflexion et argumentation. Le professeur demande à développer les « recrutements », c’est ainsi qu’il s’aperçoit que des intimidations y sont souvent associées. Un élève lui propose même de devenir son garde du corps, ce qu’il laisse faire.

Jeudi : L’expérience commence à échapper au professeur. La vie de l’établissement se trouve perturbée, puisque les élèves délaissent leurs propres cours pour assister à ceux de M. Jones. De plus, « une " police secrète " s’organise sur la délation et la peur ». Inquiet, le professeur décide de mettre fin à l’expérience. Il annonce qu’il s’agit en fait d’un projet national, et que le lendemain le leader national s’adressera à eux.

Vendredi : Les élèves ont d’eux-mêmes organisé une grande réunion. Des amis de l’enseignant sont déguisés en journalistes et en photographes pour servir de témoins. Les portes de la salle sont fermées et gardées par des élèves. Ron Jones leur fait faire le salut et scander les devises (qui sont devenues des slogans). Il fait enfin allumer les téléviseurs devant les lycéens obéissants. Or, seule la « neige » répond à leur attention. Aucun « leader national »… Ils prennent enfin conscience de la supercherie. Le professeur leur confirme comment, et dans quelle mesure, ils ont été manipulés ; et termine l’expérience par un dernier parallèle entre ce qu’ils viennent de vivre et ce que la population de la population nazie avait vécue.

Cette expérience est très étudiée, lors de recherches par les psychologues sur la « malléabilité d’esprit », notamment chez les adolescents.

(source : http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Troisi%C3%A8me_Vague)

La « Troisième Vague » fut tout d’abord adaptée en téléfilm aux États-Unis, en 1981. C’est cette fiction que Todd Strasser va à son tour transformer en roman (intégrant l’expérience de Jones), la même année. Pour enfin devenir un film, en 2008, sous la direction de Dennis Gansel.

 

Avis

Simple fiction ou manuel d’histoire ?

(sur la quatrième de couverture, Philippe Vallet, de France Info, nous informe que « ce best-seller […] est devenu un manuel d’histoire en Allemagne »)

Au final, ça n’a pas beaucoup d’importance ! Ce qui est majeur, dans la lecture de ce livre, c’est qu’il fait réfléchir. Si parfois, il peut sembler un peu étrange que les actions relatées s’enchaînent aussi rapidement et simplement, il reste que cette expérience pose la question du « recommencement » des événements dans l’Histoire, et cela malgré les « leçons » apparemment tirées du Passé. En effet, jusqu’à ce que des événements violents se produisent, les personnages ne se rendent absolument pas compte qu’ils agissent de façon totalitaire (en imposant le mouvement aux autres élèves notamment, allant jusqu’à les intimider et les menacer s’ils ne rejoignent pas la « Vague »). De plus, « l’effet de groupe » qui se développe au début, sous couvert d’égalité, de démocratie, entre ses membres se transforme très vite en unité, en cohésion, pour une puissance d’action (défense des membres les plus faibles par le groupe, dans lequel ces derniers trouvent enfin une place ; organisation ultra rapide d’événements comme des réunions…) ; il « contamine » élèves, professeurs (en particulier, le leader, M.Ross, qui se prend totalement au jeu) et même le directeur de l’établissement qui laisse se dérouler « l’expérience ».

Face à cette vague déferlant sur la population des lycéens de Gordon, une résistance se met en place autour des représentants de l’intelligentsia du lycée, à savoir ses journalistes ! Ce qui n’est absolument pas innocent, les gens de la presse étant le symbole de la vérité révélée au monde.

Si tous ces éléments tendent vers une lecture plutôt didactique de l’ouvrage, d’autres nous rappellent qu’il s’agit bien d’un roman : en effet, si la situation se retourne et que l’expérience peut prendre fin, c’est parce qu’un des couples de personnages prend véritablement conscience de la gravité de la situation grâce à : l’amour !

Pour conclure, je pense que la véritable ambition de ce livre est de faire réfléchir son lecteur pour qu’il se pose cette question : et moi, à la place des personnages, qu’aurais-je fait ? ou plutôt, qu’aurais-je voulu faire ?! et comment aurais-je véritablement agi ?!



Le film

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« Vous croyez qu’une nouvelle dictature n’est pas possible ? »

[Bande annonce :  http://youtu.be/xBwj28sflL4]

 Dennis Gansel, le réalisateur du film, transpose l’histoire dans l’Allemagne contemporaine, lui offrant ainsi plus de poids symbolique à cause de l’Histoire de ce pays. Contrairement au roman, le débat ne s’ouvre pas après le visionnage d’un documentaire, mais à partir du sujet de la semaine thématique choisi par la classe : l’Autocratie1. Débutant par la définition du terme, la discussion dévie rapidement sur l’exemple du régime nazi. Les jeunes lycéens allemands se montrent moins choqués que leurs homologues américains des années 1960, puisqu’ils proviennent d’une génération particulièrement informée sur les atrocités commises durant la Seconde Guerre mondiale. C’est pour cette raison qu’ils se croient d’autant plus à l’abri d’une récidive de l’Histoire. Pourtant, comme dans le roman, élèves et professeur se prennent au « jeu » de l’expérience, jusqu’à un état complètement hors de contrôle ; en effet, la vague finit par déferler hors des murs du lycée pour se propager dans la ville. De plus, cette version de l’histoire n’offre pas de « happy end » à l’américaine, la « leçon » y est fatalement apprise…

Ce film a été « double lauréat des Prix du Film Allemand avec : le Prix de Bronze dans la catégorie Meilleur film et du Prix d’Or décerné à Frederik Lau (Meilleur Second Rôle pour son interprétation de Tim). Le film a également été nommé au Festival du Film de Sundance (Grand Prix du Jury). » (source : wikipédia)

1 Autocratie : étymologiquement, autocratie signifie « qui tire son pouvoir (cratie) de lui-même (auto) ». L'autocratie est donc un pouvoir [attribué à un individu ou à un groupe] qui n'a d'autre justification et légitimité que lui-même. (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Autocratie)

 
Aurore L., AS. Bib.

 

 

 


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commentaires

le masque masqué 16/12/2015 21:33

merci beaucoup c’était très bien. un peut plus de détaille serait parfait ( comme se qui leur fait étudier ) si non très bien.

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