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4 octobre 2012 4 04 /10 /octobre /2012 07:00

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Tore RENBERG
Charlotte Isabel Hensen
traduit du norvégien
par Carine Bruy

Mercure de France, 2011

Le Livre de Poche, 2012


 

 

 

 

 

 

 

Tore Renberg est un auteur norvégien né en 1972. Il se fait connaître en 1995 avec son recueil de nouvelles Sleeping Tangle, qui obtient le Prix Tarjei Vesaas des débutants. L' Homme qui aimait Yngve sort en 2003, et l'installe comme une figure littéraire populaire de son pays. En 2004, il est considéré comme l'un des dix meilleurs écrivains norvégiens âgés de moins de 35 ans par le Festival de littérature de Norvège et l'hebdomadaire Morgenbladet ; sa suite, The Orheim Company, reçoit aussi un très bon accueil. Son troisième roman, Charlotte Isabel Hansen, sorti en 2008, installe le personnage de ses deux précédents livres, Jarle Klepp, dans une saga littéraire. Un quatrième volet, sorti en 2009 dans son pays, Pixley Mapogo, met encore Jarle Klepp en scène. Charlotte Isabel Hansen permet à Tore Renberg de remporter le prix des libraires norvégiens.



Jarle Klepp, chercheur en littérature, spécialiste de l'onomastique proustienne (l'art du nom propre) est un étudiant de 24 ans qui prépare une thèse tout en consacrant beaucoup de temps à sa vie de débauche en fin de semaine. Après avoir été forcé de se soumettre à un test ADN par une lettre de la police, il apprend qu'il est le père de Charlotte Isabel, une fillette de 7 ans.

Le jeune homme n'a aucun souvenir de la nuit de sa conception ni de la mère mais se voit tout de même obligé d'accueillir la fillette pendant une semaine. Ces quelques jours seront lourds de conséquences et bouleverseront à jamais la vie de Jarle Klepp mais aussi de ses camarades de l'université. Charlotte Isabel Hansen est un roman illustrant une opposition entre deux mondes totalement différents, qui a pour fil conducteur un événement connu de tous et qui sonne comme un récit initiatique pour l'étudiant.

 

 

 

Le roman met avant tout en scène la confrontation majeure de deux mondes jusqu'alors opposés : celui d’un étudiant et celui d'une fillette. Jarle Klepp consacre beaucoup de temps à ses ébats sexuels et à ses compagnons de beuverie ; il mène une vie insouciante difficilement conciliable avec la paternité. L'arrivée de la petite fille bouleverse tout et tout le monde dans ce milieu universitaire puisqu'elle fait naître des sentiments de bienveillance et d'admiration partout où elle passe. La confrontation de ces deux mondes qui ne sont pas censés se côtoyer mais qui y sont forcés est riche de conséquences. En effet, elle ouvre de nouveaux horizons à Jarle et remet totalement en cause ses certitudes littéraires, elle le pousse également à une réflexion (certes tardive) sur les conséquences d'une nuit sans précaution. C'est grâce à Charlotte Isabel, surnommée Lotte, que les trois post-adolescents qui étudient la littérature et n'ont pas envie d'entrer dans l'âge adulte gagneront peu à peu en maturité.



Dès les premières pages, le lecteur comprend que le 6 septembre 1997 est un jour particulier. Mais pourquoi ? À l'échelle mondiale, c'est le jour de l'enterrement de la princesse Diana et à plus petite échelle c'est l'arrivée de Charlotte Isabel chez son père. Ces deux événements marquent un bouleversement à différentes échelles. La mort de la princesse Diana est comme un fil conducteur dans le roman puisque son évocation revient tout au long des 400 pages du récit. L'auteur montre ainsi que le jour du débarquement de la fillette dans la vie de Jarle Klepp n'est pas un jour comme les autres, et pour l'étudiant et pour le monde entier qui assiste à l'enterrement de Diana. Les principaux signes qui montrent que le lecteur assiste à une journée spéciale sont que l'épicerie habituelle du jeune homme est exceptionnellement fermée et qu'il n'y a personne dans les rues. L'auteur met donc un fait divers qui a bouleversé énormément de personnes en 1997 au cœur de son ouvrage et souigne ainsi le caractère exceptionnel de l'arrivée de la fillette dans la vie de Jarle Klepp.

 

 

 

Jarle Klepp a une semaine et 400 pages pour apprendre à être père et devenir quelqu'un de bien et de responsable. Dès les premières pages, le lecteur assiste à l'élaboration par l'auteur d'un portrait plutôt négatif et désagréable de Jarle. En effet, il est décrit comme un étudiant imbu de lui-même, égoïste, qui se pense supérieur aux autres, obnubilé par un article qu'il a envoyé à une célèbre revue littéraire et intellectuelle qui ne l'a pas encore publié et plein de préjugés : le métier de caissière de la mère est très fortement dévalorisé. Jarle Klepp peut être considéré comme un anti-héros. Le lecteur assiste à un amour naissant entre une adorable fillette et son père, post-adolescent égoïste. C'est ainsi que le personnage de Jarle, pas très aimable, connaît une évolution positive au cours du roman. Le lecteur suit presque heure par heure et jour après jour cette rencontre ainsi que ses conséquences sur la vie et le comportement du jeune homme. L'auteur nous livre beaucoup de moments d'introspection et montre à quel point il est dans les habitudes de Jarle Klepp de tout analyser. Lotte bouleverse à la fois sa vie personnelle et universitaire. Jarle Klepp, vieil adolescent en perpétuelles études, doit devenir un adulte responsable, mais voir débarquer une fillette dans sa vie le rendra-t-il vraiment adulte et responsable ?



Tore Renberg aborde le sujet sérieux de la paternité tout en le traitant avec humour. Il a recours à l'écriture de l'oralité puisque les conversations des personnages sont omniprésentes dans le roman, transcrites non pas sous la forme habituelle mais au discours indirect libre. Bien que la fin se devine aisément et qu'une suite soit envisageable, le roman reste agréable à lire.


Morgane, 1ère année éd.-lib. 2011-2012

 

 

 


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