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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 07:00

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Truman CAPOTE
Monsieur Maléfique et autres nouvelles
Éditions Gallimard
collection « Folio 2€ ».















Biographie

Truman Streckfus Pearsons est un écrivain américain né à la Nouvelle-Orléans en 1924. Ses parents se séparent durant son enfance et sa mère, ne pouvant l'élever seule, le confie à sa propre famille adoptive. Lorsqu'elle se remarie en 1932 à un Cubain, Joseph Capote adopte Truman qui devient ainsi Truman Capote. Après avoir suivi les cours de différents établissements, il quitte l'école à 17 ans, puis se met à travailler au New Yorker en tant que copyboy. Ce seront deux magazines féminins, le Harper's Bazar et Mademoiselle, qui publieront ses premières nouvelles.

Durant toute sa carrière, Truman Capote ne publiera qu'une quinzaine de nouvelles. Cependant c’est grâce à elles, notamment « Miriam », publiée dans Mademoiselle en juin 1945, qu'il est reconnu par le milieu littéraire new-yorkais. Son premier roman, Les domaines hantés, est publié en 1948 par Random House. Il rencontre un succès vif et immédiat. Un peu plus tard, c’est De sang-froid qui constituera le sommet de son œuvre littéraire. Dans cette œuvre publiée en 1959, Truman utilise le meurtre d'une famille de fermiers du Kansas pour écrire un  roman de non-fiction. Pour cela il noue une relation de confiance avec les deux assassins, Perry Smith et Dick Hickock. L'écriture de ce roman dure six ans ; Truman Capote ne sort pas indemne de ces échanges... Ce livre engendre une telle remise en question que, quelques mois plus tard, l'écrivain tombe dans une dépression dont il ne sortira jamais. Son dernier livre est  publié en 1977 ; Musique pour caméléons est un recueil d'articles et de nouvelles. Il meurt en 1984 à la suite d'une prise trop importante de médicaments mais aussi à cause d'un vie semée d’excès de drogue et d'alcool. Il a alors 60 ans.

Truman Capote reste dans les mémoires comme un écrivain américain aux propos corrosifs et au style inimitable.



Impressions d'ensemble

Gallimard, avec ce Folio 2€, nous propose trois nouvelles extraites du recueil A Tree of Night. Il est traduit en français, sous le titre Un arbre de nuit et autres histoires, par Serge Doubrovsky et Maurice Edgar Coindreau.

Ces nouvelles sont liées par un certain nombre de points communs. Relativement courts, une vingtaine de pages au plus, ces brefs récits mettent en scène des situations insolites et même parfois irréelles. En lisant les trois histoires à la suite, on remarque que les personnages fonctionnent par deux. Aucun protagoniste n'est solitaire. On retrouve systématiquement un lien entre le déroulement d'une relation et le mouvement de l'action. Le cœur de chaque récit est fondé sur les changements de rapports entre les personnages. Ces relations humaines sont caractérisées par un rapport de domination de l'un sur l'autre. Le dominé est sous l'emprise du dominant, il est en admiration complète devant lui.

« Pendant sa deuxième semaine à la K.K.A , Walter, qui avait été nommé assistant de Margaret, reçut un mémorandum de Mr. Kuhnhardt qui l'invitait à déjeuner. Cela naturellement le mit dans une agitation inouïe. » (Extrait de « Une dernière porte est close », page 81.)

La force de ce rapport est telle que, la plupart du temps, il mène à la rupture du lien qui unissait les deux êtres. Afin de plaire à Mr. Kuhnhardt, Walter quitte sa compagne et abandonne tout ce qui faisait qu'il était lui. Ce changement radical le mène à la perte de la maîtrise de sa propre vie. Une sorte de destin volé que l'on retrouve dans les trois histoires.

« Ainsi cette charmante enfant, - il s'avança entre les officiers et montra Sylvia, - est la dernière victime d'une vaste entreprise de vol : pauvre gosse, on lui a volé son âme. » (Extrait de « Monsieur Maléfique », page 33.)

Les personnages sont dépouillés : l'une de ses rêves, l'autre de sa vie et le dernier de toute prise sur les choses ; il est propulsé dans une fuite interminable. Cependant, les victimes de ces situations sont ceux qui, durant toute la nouvelle, exercent un rapport de domination sur l'autre. Une domination caractérisée par la méchanceté ou l'ignorance qui peut donner lieu à une sorte de punition ironique. Miss Bobbit dans « Tels des enfants, au jour de leur anniversaire », se fera écraser par un bus après avoir utilisé Billy Bob et Preacher Star de façon intéressée.

Dans ces trois nouvelles, les personnages se lient ou se séparent dans le but de s'enrichir. Le rapport avec l'argent les entraîne dans une sorte de destruction d'eux-mêmes. Par manque de capital, les protagonistes se retrouvent dans des situations où ils doivent céder quelque chose d'eux-mêmes. Sylvia vend ses rêves pour se payer un logement. Ne supportant plus le couple d'amis qui l'héberge, elle rompt définitivement son amitié avec Estelle. Walter, obsédé par ses rêves de gloire et d'ascension sociale, abandonne la femme qu'il aime. Il en vient même à se persuader qu'il la déteste. Miss Bobbit n'aspirant qu'à retourner vivre en ville pour devenir danseuse arbore une attitude condescendante envers beaucoup de gens. Tout ces changements entraînent la déconstruction irréversible de leurs personnalités.

« Deux garçons sortirent d'un bar et la dévisagèrent : il y a bien longtemps, dans un parc, elle avait vu deux garçons, et peut-être étaient-ce les mêmes. "Réellement je n'ai pas peur", se dit-elle, en entendant derrière elle leurs foulées neigeuses ; et, de toute façon, il n'y avait plus rien à voler. » (Extrait de « Monsieur Maléfique », page 41.)

Tous ces bouleversements ne semblent pas pouvoir être empêchés par les personnages livrés à eux-mêmes. Dans les trois récits, ils viennent d'arriver dans une nouvelle ville où ils ne connaissent personne ou presque. Le cercle familial est complètement absent ou alors il n'a aucune influence. Cette absence de cadre amène les personnages à s'entourer de gens qui ne leur apportent pas les conseils dont ils auraient besoin.

« Tout à l'heure, le morceau de sucre lui avait rappelé sa grand-mère, et voilà que, maintenant, en entendant cet air, elle pensait à son frère. Les chambres de la maison familiale tournoyèrent devant ses yeux, salles obscures où elle se glissait comme un rayon de lumière [...] "Tous partis", pensa-t-elle, citant leurs noms un à un, "et je suis seule, toute seule à présent". » (Extrait de « Monsieur Maléfique », page 29).

« Dit que son papa est le plus cher des papas et le chanteur le plus mélodieux de tout le Tenessee. Alors je lui demande : "Et où est-il maintenant, mon petit ?" Alors de l'air le plus détaché du monde, elle me dit : "Oh il est au pénitencier, et nous ne savons plus rien de lui." » (Extrait de « Tels des enfants, au jour de leur anniversaire », page 50.)

« Dans un autre rêve se trouvait mêlé son père, Kurt Kuhnhardt, un individu sans visage […] Désespérément, il héla la première limousine. Elle s'arrêta et un homme, son père, ouvrit la portière d'un geste accueillant : "Papa ! " hurla-t-il en se précipitant, et la portière claqua, lui écrasant les doigts, tandis que son père, dans un grand éclat de rire, lui lançait par la vitre baissée une énorme guirlande de rose. » (Extrait de « Une dernière porte est close », page 95).



Avec ces trois nouvelles, le lecteur est plongé dans un univers un peu mystérieux. Tantôt mal à l'aise, tantôt amusé, il découvre des personnages attachants et terrifiants. Teintée d'ironie, l'écriture de Truman Capote permet de se représenter avec précision les émotions des individus, ainsi que le triste destin qui les attend. Le vol, le vide, l'ambition destructrice et l'abandon sont des ressorts récurrents ; cependant, chacun à leur manière, les récits restent quelquefois drôles mais sont surtout surprenants.



Résumé de « Monsieur Maléfique »

Sylvia vient d'arriver à New-York. On ne sait pas bien pourquoi elle a quitté Easton. Ne connaissant personne, elle est hébergée par un couple d'amis, jeunes mariés et bien installés dans une vie caricaturale. Elle ne les supporte plus et rêve d'indépendance. Son contact prolongé avec Estelle et Henry semble difficile. « Bref, de quoi vous rendre fou. » Lorsqu'elle entend parler d'un certain Rivercomb et de son étrange commerce, elle n'hésite pas longtemps... Ses rêves contre une rémunération. Cela semble simple et puis, avec cet argent, elle pourra assumer un loyer ! La tête pleine d'ambition, Sylvia se prend peu à peu dans les filets de Monsieur Maléfique jusqu'au point de non-retour. Seul Oreilly, le clochard ivrogne, semble lui apporter un peu de joie éphémère.



Analyse

La nouvelle tourne autour de Sylvia et de sa rencontre avec Monsieur Maléfique. Le récit est écrit à la troisième personne mais le narrateur n'est pas omniscient. Son sujet principal reste Sylvia malgré les vides qui s'installent peu à peu dans sa vie. Le lecteur subit avec elle la perte de matière et n'a pas accès à des informations de manière privilégiée. On est dans un récit lacunaire qui plonge peu à peu dans la folie de Sylvia. De cette manière, Truman Capote a installé un sorte de parallélisme entre le lecteur et elle.

« Monsieur Maléfique » offre un regard sur la vie qui oppose le bien et le mal sans juste milieu. Sylvia semble promise à un avenir lumineux, elle est belle, intelligente et ambitieuse. Pourtant ce personnage va faire des choix qui modifieront de manière irréversible sa vie. On assiste à une véritable dégradation de sa personnalité et de son hygiène de vie. La nouvelle commence sur la première visite de Sylvia à Monsieur Maléfique. On sait déjà qu'elle est prise dans un cercle vicieux qui l'amènera à l'autodestruction. Le premier contact avec Rivercomb a introduit un poison en elle qui va la ronger peu à peu. Elle est envoûtée par Monsieur Maléfique et ses sbires. Sylvia symbolise une pureté presque enfantine. Capricieuse et impulsive, elle est incapable de prendre sur elle afin de continuer à cohabiter avec Estelle et Henry. Elle ne comprend pas leur façon de vivre et ne manifeste aucune tolérance. Telle une enfant.

Monsieur Maléfique est le mal suprême, une réincarnation de Dracula, soumis à un régime alimentaire différent. Il aspire les rêves de ses « clients », sans limite, ne laissant qu'une coquille vide. Comme le Comte de Bram Stoker, il exerce une attraction malsaine sur les personnages. Silhouette sombre et inquiétante, il hante les rêves de Sylvia. Rivercomb, et ne laisse aucune possibilité de rédemption.

Truman Capote crée une opposition manichéenne. Sylvia ressemble à une enfant perdue, sans guide, qui n'est pas réellement responsable de ses actes tandis que Rivercomb n'offre aucune échappatoire, vidant Sylvia de son essence sans remords.

La plongée de Sylvia dans la mort psychologique est irréversible. La seule lumière qui l'accompagne quelque temps est son amour pour Oreilly, un clochard qui lui aussi a vendu ses rêves à Rivercomb. Même cet amour est lié à Monsieur Maléfique. Suite à sa rencontre avec le voleur de rêves, Sylvia rompt avec Estelle et Henry. Ainsi les seules personnes avec qui elle reste en contact ce sont celles qui fréquentent le cabinet de Rivercomb. La seule chose qu'ils ont en commun est ce lien avec lui. Ils se sont rencontrés chez lui et passent beaucoup de temps ensemble à parler de lui. Sylvia lui avoue qu'elle l'aime et qu'il est son seul ami.

La relation amoureuse entre Sylvia est Oreilly est viciée. Elle ancre les deux personnages dans leur situation de dépendance et ils sont incapables de s'en tirer mutuellement. Le piège de Rivercomb est parfait. Isolées, ses victimes se regroupent, ce qui lui permet d'être au centre de leurs vies.

Cette nouvelle montre la perversité de l'argent facile. Ce troc est à double tranchant ; plus que de simples rêves, il faut léguer sa liberté. La relation entre le bourreau et la victime est extrêmement insidieuse du fait qu'elle se fait de manière inconsciente. Sylvia pense qu'elle est libre de ne pas retourner voir Rivercomb. Hélas, cela est faux, elle est complètement hypnotisée par lui. La force de cette nouvelle réside dans le fait que le lecteur est sans cesse entre fiction et réalité. Évidemment, on ne peut pas céder ses rêves ainsi. Cependant on peut sacrifier ses ambitions pour un modèle de position sociale que la société nous fait miroiter comme un idéal à atteindre. Truman Capote semble nous mettre en garde contre le fonctionnement pervers de ce système.

Truman Capote nous invite à réfléchir sur la condition humaine et à distinguer ce qui peut être vendu de ce qui ne peut l'être. À travers un univers mystérieux et envoûtant, le lecteur découvre cette femme, ses peurs et ses faiblesses. Il assiste à sa  lente descente aux enfers sans pouvoir espérer une amélioration. Malgré le caractère tragique de cette histoire, certains éléments restent drôles, notamment la description de la vie d'Estelle et Henri par Sylvia ou encore l'altercation entre Oreilly et la police. Entre fiction et réalité ce récit met en scène des personnages véritablement humains confrontés aux épreuves de la vie condensées dans Rivercomb.


Margaux, 2e année éd-lib.


Sources de la biographie

 www.evene.fr
 www.wikipédia.org

 

 

 

 

Truman CAPOTE sur LITTEXPRESS

 

Truman Capote La traversee de l ete 2

 

 

 

 

 

 

 

Article de Marie-Aurélie sur La Traversée de l'été

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Couverture de De sang-froid


 

 

 

 

Article de Maeva sur De sang-froid.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 



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