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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 07:00

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Valerio EVANGELISTI
Tortuga
traduction de Sophie Bajard
éditions Payot & Rivages, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Valerio-Evangelisti.jpgÀ propos de l’auteur

Né en 1952 à Bologne, diplômé de sciences politiques, Valerio Evangelisti a fait ses débuts d'auteur avec des essais historiques avant de passer à la littérature fantastique avec son célèbre cycle de l'inquisiteur Nicolas Eymerich qui s'est vu récompenser par le Grand Prix de l'Imaginaire (1998) et le Prix Tour Eiffel de Science-Fiction (1999). Il s'est depuis essayé avec succès à une veine plus noire. Collaborateur régulier du Monde diplomatique, il est aujourd'hui considéré en Italie comme l'un des maîtres du roman moderne.



À propos de Tortuga

En 1685, les jours des pirates regroupés dans la confrérie des Frères de la Côte, aux ordres du roi de France, sont comptés. Louis XIV a fait la paix avec son traditionnel ennemi, l’Espagne, et les attaques des flibustiers des Caraïbes à partir de l’île de la Tortue, désormais sous la coupe d’un nouveau gouverneur, ne sont plus les bienvenues.

C’est dans ce contexte qu’un ancien jésuite portugais de trente-deux ans au passé mystérieux, Rogério de Campos, va faire le dur apprentissage de la vie dans la piraterie du XVIIème siècle. Capturé par les pirates sur le vaisseau espagnol Le Rey de Reyes où il s’était enrôlé, il est contraint de jouer les maîtres d’équipage pour le capitaine Laurens de Graaf surnommé Lorencillo à bord du Neptune.

Quelques semaines plus tard il se retrouvera sous les ordres du cruel et diabolique capitaine De Grammont. Sa passion pour une esclave africaine l’entraînera dans une véritable descente aux enfers, au contact d’une société dont il découvrira, non sans une certaine fascination et horreur, la barbarie et les codes rigides. Devenu l’un des leurs, il participera à la dernière grande aventure des Frères de la Côte : la prise sanglante et audacieuse de la ville de Campeche sur la côte sud-est du Mexique.

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Les personnages

– Rogério de Campos : il est le personnage principal de l’histoire. Il nous raconte son itinéraire au sein des Frères de la côte, confrérie des pirates dans laquelle il se retrouve enrôlé de force. C’est un personnage dont on sait peu de choses et qui garde le silence sur son passé en tant que jésuite.

Au fil du roman, on va le voir évoluer. Alors qu’il ne comprenait pas la sauvagerie dont les pirates font preuve à l’égard de leur victime, il va finir par se rendre compte que cette cruauté est commune à tous les hommes, quelles que soient leurs motivations.

 

« Malgré la profonde foi chrétienne des pirates, ces derniers ne plaçaient pas leurs trafics de marchandises ou d’hommes sous la protection de Dieu. Ils vendaient de tout et acquéraient toute chose. N’importe quel Espagnol aurait, après avoir commis des crimes atroces et d’innombrables cruautés, imploré l’aide de la foi pour justifier ses actes, accomplis dans la perspective d’un bien supérieur. Sur l’île de la Tortue, nul n’aurait songé à invoquer Dieu pour se faire pardonner ses actes. L’or était là et la loi naturelle exigeait que l’on s’en empare. Dieu était, certes, parfois loué mais davantage comme complice que comme Seigneur. »

 

À bord du Neptune, premier bateau où il a été enrôlé, tout comme à bord du Hardi, navire du chevalier de Grammont, il va jouer un rôle de directeur de conscience auprès des pirates, grandissant ainsi dans leur estime car l’on a souvent tendance à oublier que la majorité des pirates étaient croyants.

Il obtiendra également la reconnaissance de la confrérie lors de l’assaut mené contre la forteresse de Campeche qui fut une réussite. Même si le butin fut assez maigre, la gloire retirée de cet épisode fut totale.


– Laurens de Graaf, surnommé Lorencillo. C’est le capitaine du Neptune. C’est lui qui enrôla de force Rogério de Campos en tant que maître d’équipage dans son navire.


Il est très connu et sa légende le précède sur terre comme sur mer. En effet, il a participé à la prise de Véracruz en 1683 avec le Chevalier de Grammont. Ce fut un véritable massacre.


– François le Bon est le maître d’équipage du Neptune. C’est lui qui initiera Rogério aux codes de la piraterie aux antipodes de ceux que connaissaient Rogério, quand il était dans la Marine.

À ses côtés, Rogério découvrira également la philosophie des pirates et cet instinct de survie qui les anime et qui finira également par s’emparer de lui : « Lorsque vous vivez dans un monde de brutes, vous devez en devenir une vous aussi pour survivre, se justifia Rogério. »


– Le Chevalier de Grammont est un autre grand nom de la piraterie. C’est un ancien officier qui servait dans l’armée royale sous les ordres de Louis XIV. Il a quitté de son plein gré sa fonction pour s’enrôler dans la confrérie des Frères de la Côte. La mort brutale de sa sœur tuée par l’inquisition a fait de lui l’un des pirates les plus cruels et sanguinaires de la confrérie.

C’est lui qui prendra Rogério à son service et lui confiera le commandement d’une de ses frégates ainsi que l’expédition de Campeche.



– Docteur Exquemelin : c’est le chirurgien du Hardi. Tout comme François le Bon, il contribuera à la formation de Rogério aux codes de la piraterie. Très cultivé, il partagera avec le jésuite de nombreux débats et réflexions sur la condition de l’homme et son essence animale.



Les thèmes présents dans le roman

– La mort. C’est le thème dominant. La mort est devenue indissociable des pirates qui la côtoient constammment. Cette proximité avec la mort donne lieu à de nombreuses réflexions philosophiques et existentielles.

 

« Seules les tragédies ont une valeur véritable. On vous y raconte comment les hommes meurent, tuent, voient les autres s’entretuer ou permettent qu’un autre soit tué.

– Alors, selon vous, l’essence de la vie se trouverait dans le mal ?

– Non, dans la mort. Qui n’est ni le bien ni le mal : juste l’inéluctable ».

 

Tout comme Rogério de Campo, on comprend de plus en plus, au fil du texte, cet instinct de survie qui leur est propre et cette manière qu’ils ont de se jouer de la vie, un peu comme si le fait de tuer leur permettait de mieux appréhender leur propre mort.

 

« Pour la première fois, il sentait qu'il appartenait à une race d'hommes hors du commun, accoutumés à l'odeur enivrante de la mer, rassemblés sur de fragiles embarcations, prêts à semer la mort. Une élite libre et virile, qui jamais n'accepterait de limites à sa propre puissance ni à sa propre capacité de décider de son avenir. »

 

 

– La passion qui mène bien souvent à la folie est notamment l’amour que Rogério conçoit pour l’esclave noire et qui animera aussi Le chevalier de Grammont avec qui il se déchirera pour obtenir cette femme allant jusqu’à se mutiler ce qui, dans la piraterie, donne le droit de revendiquer un esclave.

– La violence et la cruauté semblent aller de pair dans ce roman. En effet de nombreuses tortures et crimes sont commis par les pirates au cours de scènes que Valerio Evangelisti n’épargne pas à son lecteur.

– L’amitié est quand même présente. L’auteur exploite les liens particuliers qui se tissent entre les pirates, qui savent que la mort veille et peut leur arracher à tout moment leur compagnon de fortune.



Mon avis

Valerio Evangelisti nous plonge dans un univers très différent de celui auquel on est habitué dans les romans de piraterie. Le ton employé par l’auteur est cynique et la description de certains passages peut se révéler très crue.

L’auteur s’est vraiment attaché à restituer dans toute son authenticité le monde de la piraterie sans aucun artifice. On y voit sous un jour nouveau les pirates, qui chantent la Bamba à chaque abordage, se battent pour la gloire et vivent sans le souci de l’existence des prochains jours. Cette quête de la vérité menée par l’auteur les rend ainsi beaucoup plus crédibles, mettant fin aux fantasmes développés sur ce mythe.


Enfin, cette plongée au cœur de la conscience des personnes peut cependant s’avérer déroutante mais une chose est sûre, Tortuga n’est pas le style d’ouvrage qui vous laissera indifférent.


Célia, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

Sources


http://payot-rivages.net/livre_Tortuga_ean13_9782743622251.html

 

 

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