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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 07:00

 

Gautier-Balmet-Les-zones-ignorees.jpg







Virginie GAUTIER
Les Zones ignorées
Vu par Gilles BALMET
éditions du Chemin de fer
mars 2010



 

 

 

 

 

 

Une collaboration

Cette œuvre est née d’une collaboration entre Virginie Gautier artiste plasticienne, écrivain, et Gilles Balmet également artiste plasticien qui accompagne de ses peintures le texte de Virginie Gautier ; elle prolonge ici son projet plastique sur le mouvement, le déplacement et le corps. Les illustrations à l’encre de Gilles Balmet sont caractéristiques de son œuvre graphique, il prend de la distance avec le réel, nous suggère des paysages, des formes abstraites à l’encre de Chine que l’on devine tels des tests de Rorschach.

Pour aller plus loin, on peut consulter les sites respectifs de  Virginie Gautier et de  Gilles Balmet.



L’œuvre

Tout au long de ce texte, nous suivons le parcours d’un vagabond errant dans la ville, en quête de quoi ? D’un café et de la soupe populaire ? Le récit est raconté d’un point de vue omniscient, avec une certaine distance et pudeur. Le rapport entre le narrateur et le personnage est ambigu. On le suit dans ses pérégrinations sans bien en comprendre l’objectif, s’il y en a un. « Tu comptes les bouches d’égout, les escaliers des commerces, trois marches, les portes cochères entrebâillées ».

C’est un personnage sans domicile fixe qui dort sous les ponts d’une route et qui remonte à la surface de la « vie » par une échelle qui mène à une voie ferrée. C’est cette voie qui va le mener à la ville. Le personnage doute de sa présence, ne sait plus s’il existe. L’auteur nous confronte à deux mondes distincts, celui de ceux qui savent où ils vont, qui marchent vite avec un but à atteindre, qui ont le ventre plein, et ceux qui sont seuls, sans but, errant, fuyant sans savoir précisément où aller. Règne dans ce texte une grande solitude, le personnage est toujours seul, perdu dans ses pensées ; il manque de se faire écraser.

Le livre est construit comme une sorte de séquence cinématographique qui suit ce personnage en mouvement, en faisant plus ou moins des zooms sur des détails urbains. D’ailleurs l’éditeur écrit que ce « long travelling vers l’avant […] semble ne jamais finir. Il ne pivote même pas à cent quatre-vingts degrés, ce qui est en arrière peut bien ne plus exister, pourrait d’ailleurs s’effacer ».

Le texte est illustré par des peintures aux nuances sombres, grisâtres, bleues qui reflètent l’environnement dans lequel le personnage progresse. Elles ajoutent au livre une ambiance terne, une atmosphère lourde déjà suggérée par le texte, Ici, écrit et image se complètent, sans que ces dernières donnent à voir le réel puisque ce sont des illustrations abstraites. Elles sont là pour renforcer le texte avec des nuances de couleurs, des mouvements…



Les thèmes récurrents

 

 

  • L’espace urbain : le texte offre un lexique foisonnant de l’espace urbain : les trottoirs, les parcs, les pistes cyclables, les passages piétons, tout y est détaillé avec un point de vue particulier ; il y a une focalisation sur ces menues choses qui constituent une ville.


« Tu avances dans les bandes parallèles d’un circuit pour cyclistes. Jeunes arbres, lampadaires plantés en série, alternativement une avenue interminable cadencée par un mobilier strict. »

  • L’errance : Le personnage se lève et marche dans la rue en vagabondant ici et là à la recherche de quelque chose, ou non, il s’arrête prendre un café, puis repart s’assoit sur une marche, caché par un recoin puis repart, prend sa soupe, puis s’arrête et repart sans cesse.
  • La crainte : « […] les hésitations qui te trahissent, les tressaillements infimes qui te surprennent à la vue d’un uniforme, d’une voiture de police ». La crainte aussi de retrouver des lieux, des moments, des personnes qui lui sont familiers.
  • La solitude, et le dépouillement : « Au fond de tes poches un anneau de fer forgé, un fil de nylon noué en larges boucles, un petit couteau, quelques pièces et tout une collection de briquets ». Il ne parle ni ne communique corporellement avec les autres, il est en marge de cette société, on le ressent à chaque page. Il est déconnecté, n’est plus dans le même mouvement que ces gens actifs qui ont un but.

 

 

Les sens.

Les images du texte sont fortes, les cinq sens sont ici convoqués.

 

 

 

  • Tout d’abord la vue, avec la focalisation sur les détails urbains et un lexique très développé de la couleur, ainsi que de la géométrie avec la mention importante des lignes qui structurent la ville : tout est froid, dur et gris. « Noir sur noir » ; « Noirceur des espaces ».
  • Puis l’ouïe, tout ce bruit qui tourbillonne autour du personnage sans jamais vraiment l’inclure dans ce vacarme. « L’endroit résonne de bruits venus d’ailleurs qui choquent sur l’aplat du sol comme un écho sorti de terre, inversé ».
  • Ensuite l’odorat; « L’odeur âcre d’urine bloque la respiration » ; « odeur de corps qu’on emporte avec soi ».
  • Et enfin le toucher. Le personnage reste dans une bulle, il n’est pas réellement confronté aux autres mais il se cogne aux murs, on le rattrape par la manche, il sent la pierre froide, et la terre sous ses mains : « Tu ne sais comment, deux mottes grasses que tu serres, appréhendant leur résistance, leur texture granuleuse, t’emplissent les mains »

 

 

 

 Les éditions du Chemin de fer

Maison d’édition basée dans la Nièvre, elle édite depuis 2005 des petits ouvrages issus d’une collaboration entre un écrivain et un artiste contemporain. Leur but étant que chaque nouveau projet, chaque nouvelle rencontre sache enthousiasmer et participe à la réponse à ces questions : pourquoi des mots, comment des images, pourquoi un livre ?



Mot de la fin.

C’est un ouvrage novateur, écrit en prose mais qui peut paraître par  moments très poétique notamment par son absence, parfois, de ponctuation. La solitude et une impression de grisaille restent ancrées en nous tout au long du livre. On quitte le personnage à la nuit tombée sur une fin poétique et triste qui clôt ce livre. Dans ce texte il n’y a cependant aucun pathos ou pitié pour le sort de ce personnage, juste un regard.

Le texte peut être téléchargé dans sa première version sous le titre Les Sédiments à l’adresse suivante :  http://www.publie.net/fr/ebook/9782814501898/les-s%C3%A9diments


Charlotte, AS bib.-méd.

 

 


 

 


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